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Avertissement
Ce
document a été rédigé en mars 2000 en tant que note
préparatoire au livre destiné à
préciser mon projet de laboratoire de création
et d'expérimentation de futurs possibles. C'est donc une note de
travail qui montre le cheminement de ma recherche et qui n'est évidemment
pas aussi aboutie que le livre lui-même. Chemin faisant, mes idées
se sont notablement enrichies et précisées, et je suis parvenu à
les exposer de manière plus simple et plus claire. Mais la vision qui
sous-tend ma démarche et les idées directrices majeures sont déjà
présentes. Je vous livre cela "brut de fonderie", avec toutes
les imperfections d'un travail en cours, en vous souhaitant d'y trouver de quoi
nourrir vos rêves du futur...
D'autre part, j'adopte la
convention suivante :
- le terme 'homme' en minuscules et italique
désigne l'espèce humaine actuelle ;
- le terme 'HOMME'
en majuscules et italique désigne l'homme métamorphosé
;
- les termes 'homme' et 'femme' en minuscules désignent
respectivement les représentants mâles et femelle de l'espèce
humaine actuelle ;
- les termes 'HOMME' et 'FEMME' en majuscules désignent
respectivement les représentants mâles et femelle de la nouvelle
espèce.
Tout ça n'est pas parfait, mais ça a le mérite
d'être assez simple et facile à retenir. Il sera toujours temps de
remplacer ces mots lorsque le besoin s'en fera sentir...
Mon idée est qu'actuellement, au sein même d'homo sapiens, une
nouvelle espèce d'homme est en gestation, que j'appelle tout
simplement l'HOMME, pour éviter de le réduire à une
seule caractéristique en lui adjoignant un qualificatif (homo quelque
chose !).
Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas seulement d'un
changement de civilisation, comme l'humanité en a connu un certain
nombre. L'enjeu n'est pas de bâtir une civilisation post-moderne qui succéderait
à la civilisation actuelle, laquelle s'est édifiée sur les
fondations de la civilisation médiévale
Les perspectives
sont bien plus grandioses et exaltantes, même si nous ne pouvons en saisir
que quelques bribes du fait que nous sommes nous-mêmes à l'intérieur
du processus. C'est vraiment une espèce nouvelle qui se prépare,
qui n'aura vraisemblablement plus grand chose à voir avec l'espèce
dans laquelle nous nous incarnons aujourd'hui sur Terre. La question de
l'apparence (cf. par exemple le travail d'Anne Dambricourt) est évidemment
secondaire par rapport à des transformations beaucoup plus profondes,
telles que :
- un rapport au corps complètement différent :
nous ne sommes pour le moment pas vraiment incarnés ; nous nous
fabriquons bien un corps-miroir, mais notre conscience descend à peine
dedans ;
- des sensations visuelles, auditives, tactiles et autres complètement
différentes, enrichissant la qualité de notre expérience
dans la réalité physique, autant par l'élargissement de la
palette perceptive que par le plaisir esthétique renouvelé ;
-
un corps porteur d'instincts différents, d'où d'emblée
moins de peurs et moins de prétextes à cultiver la souffrance
Mais pourquoi faut-il changer de corps et pas se contenter de changer des
croyances ? D'une part parce que l'un ne va pas sans l'autre. Chaque fois que
nous changeons nos croyances, notre corps change. Il est donc facile de
comprendre que si le changement touche des croyances collectives très
profondes chez un grand nombre d'individus, alors c'est le corps de l'espèce
qui change. Une conséquence importante de cette remarque est qu'il n'est
pas question de 'bricoler' une nouvelle espèce comme essaient de faire
les généticiens. Le travail porte uniquement sur nos croyances,
notamment les plus profondes qui constituent le cur de notre identité
d'êtres incarnés et que nous partageons tous. Le reste en découle.
D'autre
part, le corps actuel a emmagasiné trop de souffrances. Chacune de nos
cellules porte des traces profondes de meurtrissures, qui ne viennent pas
seulement de notre vie mais de toute l'espèce : dans les maladies et les
accidents que nous nous infligeons depuis des millénaires par incompréhension
de la règle du jeu ; dans les vieux conflits entre hommes et femmes,
entre parents et enfants ; dans la violence née des relations de pouvoir.
Trop
de souffrances et aussi trop de peurs, les premières découlant en
fait des secondes. Nous les portons profondément en nous, quasiment comme
des instincts. Bref, l'heure est venue d'une métamorphose par laquelle l'homme-chenille
hérissé de piquants va se transformer en
HOMME-papillon, plus aimant, plus léger, plus joyeux.
Il est clair que cet HOMME ne pas va sortir de rien. De même
que le papillon naît de la chenille, l'HOMME doit naître de
l'homme. Le préalable en est une phase de dissolution, la lyse, où
tout ce qui est devenu inutile pour le futur voyage du nouvel être disparaît,
à savoir le trop lourd fardeau de peurs et de souffrances, et où
seul subsiste le rêve de l'homme nouveau. Il en va en cela de
l'espèce comme de l'individu, c'est une fois le passé nettoyé
que le nouveau peut s'incarner (en comprenant bien que ce passé n'est pas
passé mais présent ; s'il était vraiment passé, il
n'y aurait pas de problème ; c'est parce qu'il est continuellement réactivé
que le présent se charge de fatras).
Ceci permet de comprendre des phénomènes
très divers que l'on observe aujourd'hui sur la planète :
-
un très grand nombre d'individus sont impliqués dans ce processus
de nettoyage du passé-présent à titre personnel : ils
commencent par nettoyer les problèmes de leur existence, et se rendent
compte souvent que cela contribue au nettoyage d'actes répétitifs
néfastes accomplis par des générations d'ancêtres,
avec pour conséquence la rupture de la transmission du problème à
la génération suivante ; et à un niveau plus global, ce
travail contribue à l'épuration des croyances de toute l'espèce
: le passé sort du présent et disparaît dans l'oubli.
-
un nombre au moins aussi grand d'individus, qui peuvent être les mêmes
mais pas nécessairement, explorent par ailleurs les potentialités
de l'homme, soit à travers des expériences spontanées,
soit grâce à toute une panoplie d'outils, certains très
anciens remis au goût du jour (chamanisme, méditation, etc.),
d'autres plus récents (LSD, respiration holotropique, etc.).
En
d'autres termes, certaines caractéristiques du futur corps sont déjà
présentes dans le corps actuel, d'une manière évidemment
pas stabilisée, mais suffisamment vivace pour laisser entrevoir de
fantastiques possibilités qui ne sont pas simplement des fantasmes, et
donner envie de poursuivre cette recherche, cette expérimentation, bref
cette exploration de notre conscience.
Ce sont quelques unes de ces expériences
que je vais relater dans la première partie, après quoi
j'essaierai de voir si des orientations émergent de cette exubérance.
Une dernière remarque avant de rentrer dans le vif du sujet. Ce que j'entends par 'corps', c'est un sous-ensemble créé par une âme pour agir et ressentir dans un ensemble plus vaste appelé réalité physique, qui est elle une co-création consensuelle de toutes les âmes qui jouent dans cet univers. Des découpages 'ésotériques', et selon moi artificiels, du genre : corps physique, corps énergétique, corps mental, corps émotionnel, corps spirituel, etc., n'ont donc pas leur place ici.
J'ai personnellement vécu les expériences relatées
ci-après. Elles ont donc pour moi un caractère de certitude
indubitable, et je n'ai nul besoin d'en jauger la crédibilité. Je
les transcrit telles que le souvenir m'en reste, dans un ordre approximativement
chronologique. N'ayant pas pour habitude de noter ce genre d'événements,
beaucoup de détails se sont évaporés, y compris les dates.
Reste tout de même que l'essentiel est bien présent dans ma mémoire,
heureusement !
J'ajouterai que je suis persuadé d'avoir vécu
tout cela dans un but précis, qui est de me faire apparaître les
potentialités évolutive de l'homme, précisément
l'objet de cette note, et de tout le travail que je suis en train d'accomplir
1993 : Martine et moi avons décidé de travailler ensemble à l'écriture d'un ouvrage de métaphysique. Elle est pour moi comme une sur, une sur jumelle même car nous vivons une expérience complètement fusionnelle. De jour comme de nuit, lorsque nous sommes ensemble ou à des kilomètres l'un de l'autre, nous nous sentons toujours reliés. C'est ainsi que prend forme petit à petit notre livre nos pensées créent le monde. Sans plaisanter, ou à peine, nous nous sentons comme des jumeaux cosmiques venus sur Terre pour donner aux hommes une nouvelle vision du monde. Et ce ne sont pas que des mots. Tout notre quotidien est rempli d'expériences plus bizarres les unes que les autres qui témoignent de notre symbiose, comme celle-ci :
Nous sommes dans la maison de campagne de Martine dans le Perche, pour
travailler sur notre livre évidemment. Le soir venu, elle et son mari
vont se coucher dans leur chambre, tandis que je vais faire ma méditation
dans la mienne, située un demi étage plus haut (c'est une vieille
maison plutôt biscornue !).
Je ne me souviens pas si nous avons prémédité
ce qui va suivre. En tout cas, depuis plusieurs semaines, Martine s'amuse à
un nouveau jeu : chaque fois qu'elle fait l'amour, elle se 'branche' sur moi et
s'efforce de m'envoyer son énergie. Cela semble donner quelques résultats
car à plusieurs reprises j'ai ressenti des 'choses', comme un réchauffement
au niveau du plexus. Mais cette fois cela va aller beaucoup plus loin, peut-être
parce que je suis en méditation, peut-être parce que le travail
accompli ce jour-là nous a mis particulièrement en phase. En fait
je vais vivre dans mon corps son orgasme !
Qu'est-ce qui me permet
d'affirmer cela ? D'abord mon intime conviction. Nous avons déjà
eu plusieurs expériences de télépathie et nous savons
reconnaître lorsque nous sommes 'branchés' l'un à l'autre.
D'autre part, la discussion que nous avons eu Martine et moi le lendemain
confirme la synchronie de ce que nous avons vécu. Enfin, pour en avoir vu
un certain nombre et lu quelques livres qui traitent de la question, j'ai une
petite idée de ce que peut être un orgasme féminin
comparativement à un orgasme masculin.
J'ajouterai, pour que les
choses soient claires, que pour moi cette expérience s'est déroulée
hors de tout contexte sexuel : j'étais simplement en zazen, je ne crois
pas avoir été en érection, et en tout cas je suis sûr
de ne pas avoir éjaculé.
Je tire deux leçons de cette expérience. La première
concerne ce que j'appelle faute de mieux la télépathie. Il apparaît
possible, dans certaines conditions, de communiquer d'une personne à une
autre un vécu global, et pas seulement des banalités du genre "
la carte est-elle noire ou rouge ". De plus, cette transmission peut être
extrêmement précise et ne pas se limiter à une vague
impression : je ne me suis pas contenté de 'capter' qu'elle avait un
orgasme, je l'ai vécu avec elle.
La seconde leçon concerne le
corps. Car j'ai bien dit que j'ai vécu cet orgasme dans mon corps. Il y
avait des frissons, des tremblements, des contractions, et toutes sortes de
sensations. Il ne s'agissait donc pas d'une simple mentalisation, ou d'une
visualisation. Cela signifie que l'homme (au sens ici d'individu de sexe
masculin) porte en lui toutes les caractéristiques de la femme. Et je
pense que la réciproque doit être vraie aussi : la femme porte en
elle toutes les caractéristiques de l'homme (mesdames, entendez ceci
comme un appel à témoignage : à vos claviers
).
Qu'il
soit clair que je ne me contente pas d'affirmer que l'homme a des qualités
féminines et la femme des qualités masculines, le fameux principe
de l'équilibre anima/animus (ou autres
). Ça, c'est acquis.
Ce que j'affirme va beaucoup plus loin. Je prétends en effet que dans son
corps l'homme est aussi une femme, et la femme est aussi un homme. La division
entre sexes est beaucoup plus superficielle qu'on ne croit. Et si chacun se sent
tellement étranger à l'autre, c'est uniquement à cause des
croyances entretenues à ce propos depuis quelques millénaires. En
fait, derrière les deux, il y a une entité qui les synthétise,
le même être à la fois homme et femme, ou ni homme ni femme.
J'aimerais revenir sur cette aventure qu'a été pour Martine et
moi l'écriture de nos pensées créent le monde. Lorsque nous
nous sommes lancés là-dedans, nous étions tous les deux
convaincus que nous tenions quelque chose d'unique. Et il fallait que nous le
soyons pour avoir l'envie et l'énergie de mener à bien une tâche
aussi folle ! Nous en étions tellement persuadés que le livre
devait s'intituler à l'origine : trois outils pour refaire le monde. En
toute modestie !
Et puis au fil du temps, nous avons
rencontré des tas de gens qui par des itinéraires très différents
arrivaient aux mêmes conclusions que nous, à savoir que la pensée
est créatrice (1).
Passé le choc que nous n'étions que des messagers parmi
d'autres, nous avons pu prendre un peu de hauteur pour comprendre que l'humanité
vit un moment très singulier de son histoire. Concernant cette métaphysique,
notons :
1. que ce message est vraiment nouveau ; à ma connaissance
on ne le trouve clairement exposé dans aucun écrit du passé,
même relativement récent (comme la théosophie ou
l'anthroposophie) ;
2. ces dernières années, des milliers et
des milliers de gens qui ne se connaissaient pas et ne se sont pas lus les uns
les autres sont parvenus à cette conclusions que nos pensées créent
le monde ;
3. cette base métaphysique peut être considérée
comme acquise : de nombreux livres l'exposent, appuyés par une foule
d'expériences ; beaucoup d'idées nouvelles qui arrivent
aujourd'hui s'appuient là-dessus.
A côté de cela, notons une foule de phénomènes,
en apparence sans rapport, mais qui pourtant vont dans la même direction
d'une évolution collective :
1. des vagues d'étranges 'épidémies'
telles que : NDE, OVNI, channelling, présences angéliques,
synchronicités, expériences avec des hallucinogènes, etc.,
qui forcent beaucoup de gens à remettre en cause leurs croyances sur la
nature de la réalité ;
2. un travail de nettoyage en
profondeur de comportements destructeurs transmis depuis des temps immémoriaux
d'une génération à l'autre ; ce sont majoritairement des
femmes qui le font, souvent à travers un vécu douloureux comme la
maladie, et des expériences libératrices telles que celles qui
viennent d'être mentionnées ;
remarquons que tous ceux qui sont
malades ne mutent pas nécessairement, et que ceux qui vivent des expériences
extraordinaires ne se libèrent pas toujours ; ce n'est pas si simple
3.
des expérimentations en tous genres ont lieu un peu partout sur la planète
et dans tous les domaines : agriculture (Findhorn, Fukuoka, permaculture
),
alimentation (instincto, vegan, fruitarisme
), santé (médecine
énergétique, sophrologie
), etc.
En général,
chacun est convaincu de détenir la vérité qui va changer le
monde. Et c'est parti pour la croisade : " mangez des fruits cultivés
avec mon procédé et le monde changera ", " prenez mes
pilules miracles et le monde changera ", " adoptez ma métaphysique
et le monde changera ", " faites des SEL et le monde changera "
Résultat : toute communication est impossible, et rien ne change en
apparence. Mais ce n'est pas forcément très grave ! Nous sommes
dans une phase exploratoire où tout ce qui est possible est testé.
Il faut des personnalités fortes et des convictions bien enracinées
pour avoir la force d'aller au bout de telles expériences, surtout quand
elles heurtent des consensus forts. Mais il est important de savoir aussi
prendre de l'altitude, pour réaliser que chacun ne tient qu'une petite pièce
d'un gigantesque puzzle multidimensionnel. Contrairement à la métaphysique
où l'on commence à y voir clair, les choses ici sont loin d'être
stabilisées. C'est ce qui fait que ça part dans tous les sens et
que bien peu de gens ont pleinement conscience des enjeux. Mais cela va venir,
et dès qu'on y verra un peu plus clair (c'est l'objet de mon livre !),
une action collective deviendra sérieusement envisageable.
Voilà un éclairage sur la partie qui se déroule en
toute discrétion derrière le rideau d'une aveuglante pensée
unique visant à faire de nous des consommateurs heureux car décervelés.
Il ne fait pas de doute qu'une évolution collective est en cours (dans
laquelle s'insère aussi l'explosion des outils de communication, ou
encore l'avancée des droits de l'homme
). Est-ce du à des
conjonctions cosmiques (l'ère du Verseau dont parlent les astrologues), à
des influences de plans de conscience supérieurs, à des présences
extraterrestres, à une simple poussée intérieure (6
milliards d'hommes et de femmes entassés sur un gros caillou, cela crée
une force évolutive sans précédent), ou à un peu
tout cela à la fois ? Difficile de dire. Quoiqu'il en soit, tout semble
se mettre en place pour que l'humanité accouche d'elle-même. Mais
l'histoire n'est pas entièrement écrite à l'avance. Nous
avons, à cet instant, notre libre arbitre pour décider si ce qui
va naître sera l'HOMME ou bien un avorton
Le moment qui
se présente est unique. C'est une ouverture sans précédent,
incroyablement riche de possibilités. Si l'humanité ne saisit pas
sa chance, il est fort probable qu'un nouveau cycle évolutif sera nécessaire
avant de retrouver une telle ouverture. C'est un peu comme avec les plantes : si
l'on rate le bon moment pour les mettre en terre, il faut attendre que les
conditions soient à nouveau favorables
Il y a quelques années, en 1995 je crois mais je n'en suis pas très
sûr, l'occasion s'est présentée de tester le LSD. J'avais lu
les livres de Grof, et je connaissais le potentiel de cette substance pour
explorer certaines parties de la conscience. Je n'ai donc pas hésité
une seconde, d'autant que toutes les conditions étaient réunies
pour faire de cette expérience un succès. De mon côté,
je me sentais suffisamment nettoyé pour ne pas craindre de me retrouver
enfermé dans des univers de souffrance. Quant à celui qui allait
diriger la séance, c'était un médecin américain très
expérimenté qui avait travaillé avec Grof. Lui aussi m'a
senti prêt et m'a donné une dose massive de LSD. Ensuite, il a
dirigé la séance de main de maître, ce qui m'a permis de
vivre pendant des heures toute une série d'expériences
transpersonnelles, plus extraordinaires les unes que les autres. J'étais
complètement immergé dans l'expérience, vivant ce que
j'avais à vivre sans la moindre retenue. Il y avait juste un petit bout
de ma conscience qui dépassait pour observer tout ça, et qui se
marrait, mais se marrait, au point que mon rire traversait les murs et
s'entendait de loin !
J'ai oublié la plupart des expériences
que j'ai vécues cette nuit là, d'autant qu'elles se succédaient
avec une incroyable rapidité, et qu'elles étaient d'une richesse
indicible. Heureusement, tout ne s'est pas perdu. Il me reste quelques
souvenirs, dont certains ont un rapport direct avec le sujet qui me préoccupe
ici.
Le premier concerne la nature des perceptions. Nous croyons vivre dans un
univers tridimensionnel alors que nos organes sensoriels, je pense surtout à
la vue et à l'ouïe, nous construisent une image du monde d'une
affligeante platitude. Preuve en est qu'avec un simple haut-parleur et un écran
plat on parvient à reconstituer une image de la réalité
tout à fait crédible (cinéma, télévision
).
Une
autre expérience simple permet de se convaincre de cette platitude de nos
perceptions. Il suffit de regarder fixement pendant un certain temps un paysage
immobile. On se rend compte que la sensation de profondeur ne résulte pas
d'une perception directe mais d'une reconstruction a posteriori à partir
de nos présupposés quant à la nature des objets que l'on
voit (un nuage est 'forcément' plus loin qu'un arbre, qui est lui-même
plus loin que notre pied
). Que l'on fasse l'expérience avec un seul
il ouvert ou bien les deux ne change rien. On comprend pourquoi, en
dessin, la représentation de la troisième dimension ne soit pas évidente
: cf. les dessins des enfants, cf. l'histoire de la perspective
En
comparaison, les animaux dotés d'un sonar comme les chauves-souris ou les
dauphins ont une perception directe de la troisième dimension.
Or en état
de conscience modifié (par le LSD dans mon cas, mais la même chose
a été rapportée par des gens ayant pris de l'ayahuasca, ou
bien pratiquant la sophrologie
), on a des sensations visuelles et
auditives qui sont véritablement en 3D et pas seulement en 2D.
En
outre, ces sensations sont qualitativement très différentes de ce
que l'on ressent habituellement. Pour la vue, c'est comme si la lumière était
émise directement par les objets, plus précisément par les
atomes et les molécules qui les constituent. Cela donne une luminosité
, une richesse de couleurs, et une sensation de profondeur exceptionnelles. Nous
pouvons nous faire une idée de cette différence en comparant une
vision directe du Soleil avec une simple photo, sur laquelle nous ne voyons
quelque chose que parce qu'elle réfléchit la lumière du
jour ou la lumière des lampes. Et bien il y a autant de différences
entre la vision en état de conscience modifié et la vision
ordinaire.
Pour le son, on a la même sensation incroyable de
localisation spatiale, ainsi qu'un accroissement qualitatif du même ordre.
On découvre une profusion de détails, qui conduit à une
toute autre conception de la musique où c'est désormais le son
lui-même qui est musique. Et ce son est véritablement un objet
tridimensionnel qui se déploie dans l'espace. C'est ce que certains
auteurs de musique contemporaine tentent de nous faire sentir : voir Scelsi, l'école
spectrale
; cf. aussi mon essai sur la
musique de demain
Il m'a même
semblé parfois que le son créait l'espace
Mais c'est une
autre histoire...
Une des expériences les plus spectaculaires que j'ai vécue
avec le LSD avait pour cadre l'Egypte antique. C'était sans doute plus
une Egypte mythologique qu'une Egypte historique puisque j'étais dans la
peau d'une gigantesque divinité féminine ! Une divinité qui
n'était pas simplement représentée par une statue mais qui était
bel et bien présente en chair et en os. Moi-elle étais allongée
sur un grand chariot plat tirés par une foule de petits bonhommes. Un
vrai péplum ! Le cortège avançait sur une immense allée
toute droite bordée de statues et de temples.
A un moment, j'ai cessé
de me laisser accaparé par tout ce décorum, et j'ai tourné
mon regard vers l'intérieur. J'ai vraiment senti le corps de cette
divinité féminine comme étant mon corps. J'ai réalisé
qu'elle était enceinte et sur le point d'accoucher. C'est alors que s'est
produite la chose la plus étonnante. Mon attention fixée sur la région
du ventre et du bas-ventre, je n'avais plus du tout mes sensations habituelles :
mon bassin était plus large, mes muscles étaient différents
et reliés à une ossature qui n'était pas tout à fait
la même que celle de mon corps d'homme. Sans aucune crainte, je me suis
laissé emporté par l'expérience. J'ai alors senti des
contractions pelviennes qui allaient s'intensifiant et s'accélérant.
Mon bas-ventre, d'où mon pénis semblait avoir disparu, était
comme tuméfié. C'était plutôt agréable et pas
douloureux du tout. Quelques instants plus tard, le bébé était
né. Ma conscience s'est déplacée une nouvelle fois, et j'ai
su que ce bébé, c'était moi : j'avais accouché de
moi-même !
Deux ans auparavant j'avais vécu un orgasme féminin. Cette fois je vivais un accouchement. Deux expériences qui sont on ne peut plus caractéristiques du corps féminin, je les ai vécues dans mon corps d'homme. Je retiens donc de cette histoire qu'elle confirme mon idée que nous portons tous en nous les deux sexes. C'est dire qu'à un niveau profond, hommes et femmes sont le même être !
Carpentras, été 1996. Survient un événement qui
en lui-même est insignifiant par rapport au sujet qui nous concerne ici,
mais qui, par une réaction en chaîne, va me conduire à vivre
une expérience très importante. Dans un premier temps, l'événement
en question provoque en moi un trouble émotionnel très profond.
C'est au point que le jour, la nuit, en marchant, en nageant, en mangeant
tout le temps mes pensées tournent autour de cela. Au matin du troisième
ou du quatrième jour, trouvant que cela a assez duré, je lance un
ultimatum au cosmos : " je veux des signes clairs indiquant que j'ai eu
raison d'agir comme je l'ai fait, et que cela mette un terme à cette
histoire ".
Sur ce je me lève, j'ouvre les volets, et dans un
sapin à une dizaine de mètres de moi, je vois un joli petit écureuil
occupé à prendre son petit déjeuner. Le spectacle est
inhabituel, et je me dis que c'est là le signe demandé. Mes pensées
se calment, et c'est l'esprit tranquille que je descends prendre à mon
tour mon petit déjeuner.
La paix est malheureusement de courte durée.
La machine infernale a vite fait de se remettre en marche dans ma tête.
D'une manière ou d'une autre, cela doit cesser. J'enfile mes tennis et
vais me promener.
La journée est magnifique. Je me sens dans un état
étrange, un peu flottant, pas complètement dans mon corps, et
pourtant très présent à tout ce qui m'entoure (je précise
que je n'ai absorbé aucune substance bizarre
) : le Soleil éclatant,
le ciel bleu, les arbres et leurs senteurs, et aussi les animaux. Levant la tête,
j'aperçois justement un écureuil. C'est le deuxième de la
journée, et je me dis que les événements prennent une
tournure encourageante. Dopé par cette pensée, il me prend l'envie
de jouer un peu avec lui. Pour l'instant, il s'agrippe au tronc, à un
endroit où plusieurs branches partent dans diverses directions. Je lui
demande en pensée de s'avancer sur celle qui vient vers moi afin que je
puisse mieux le voir. Ce qu'il fait ! Je précise que je ne suis pas spécialement
discret : je marche normalement, je suis bien en vu sur le chemin au pied de
l'arbre. Bref, je n'ai pas de doute sur le fait que l'écureuil sait que
je suis là.
Après quelques minutes, le jeu prend fin, d'un
commun accord serais-je tenté de dire, et nous partons dans des
directions opposées.
Une centaine de mètres plus loin, mu par
je ne sais quelle impulsion, je lève à nouveau la tête, pour
découvrir perché dans un arbre un autre écureuil, le troisième
de la journée. Je me sens gagné par une sorte d'euphorie. Je
marche, ou plutôt j'ai la sensation de flotter à quelques centimètres
du sol. Mes pieds choisissent eux-mêmes la route, tandis que ma tête,
enivrée de Soleil, de ciel bleu et de la senteur des pins, se sent à
présent totalement libérée. J'ai l'impression qu'il n'y a
plus de limites à ce que je puis accomplir. Je teste aussitôt cette
conviction en me disant : " ça suffit les écureuils, et si je
voyais plutôt un chien ". Aussitôt dit, aussitôt fait !
Quelques dizaines de mètres plus loin, je passe devant une propriété
dont le portail est grand ouvert. Un énorme chien se précipite sur
moi dès qu'il m'aperçoit. En temps normal, je ne me serais pas
senti à l'aise de voir débouler un animal pareil. Mais là,
je reste étonnamment calme. Il me monte dessus et je me laisse faire.
Dressé sur ses pattes arrières, ses pattes de devant sur ma
poitrine, il est aussi grand que moi. Il entreprend de me lécher
copieusement ! Au bout d'un moment, n'en pouvant plus de tous ces calins, je lui
dis d'arrêter. Il faut que je réitère ma demande avec plus
de force pour qu'il se décide à se remettre sur ses pattes. Je
reprends ma route, et lui, il continue de me coller ! Il me suit un moment,
jusqu'à ce que je lui dise fermement de retourner chez lui. Cette fois,
il a l'air de mieux comprendre mon dialecte chien puisqu'il fait demi-tour.
Je
suis plus euphorique que jamais. Une nouvelle pensée me vient : "
avec toutes les maisons qu'il y a par ici, ce n'est pas si extraordinaire de
rencontrer un chien ; ce serait plus impressionnant de voir un autre écureuil
". A peine ai-je pensé cela que quelques mètres au-dessus de
ma tête, un écureuil traverse la route en bondissant d'un arbre à
l'autre !
Cette fois, l'euphorie fait place à un étrange
sentiment : je me sens en possession d'un pouvoir extraordinaire, mais j'ai
quelques doutes quant à mon aptitude à en faire bon usage. Ce
doute suffit à rompre le charme. Mais l'atterrissage se fait en douceur.
Je vis encore une jolie petite aventure avec un autre chien qui croise ma route.
Et finalement, de retour à la maison, je me sens à peu près
normal. L'événement qui a servi de déclencheur à
toute cette histoire en provoquant un énorme remue-ménage émotionnel
appartient désormais au passé. Reste cette expérience hors
du commun.
Pour bien saisir le caractère extra-ordinaire de cette aventure, il faut dire que sur près de 10 ans, été comme hiver, j'ai parcouru des centaines de fois ces chemins, et j'ai le souvenir d'avoir vu seulement 3 écureuils. Autrement dit, en cette seule occasion, j'en ai vu plus qu'en dix ans de ballades ! Quant à la maison d'où est sorti l'énorme chien, je suis passé souvent devant, j'ai vu la grille ouverte la plupart du temps, et je n'ai en aucune autre occasion vu de chien !
Faut-il interpréter ces événements comme étant des signes 'prouvant' que j'avais raison ? C'est tout le problème des signes et des synchronicités. Pour moi, il n'y a pas de vérité quant à ce qui est juste ou pas juste, quant à ce qui est bien ou mal. La réalité physique n'est pas un univers de signes qui renvoient à des vérités absolues et éternelles. La réalité physique est un univers de signes qui renvoient à nous-mêmes, au tissu de croyances qui nous constituent à un instant donné. Elle reflète autant nos cohérences que nos incohérences, autant ce qui est bon pour nous que ce qui nous fait souffrir. C'est quasi mécanique : plus nos intentions sont claires, plus les signes renvoyés le sont aussi. Par conséquent il est aussi facile pour un criminel ou pour un saint, pour un salaud ou pour un gentil, de se fabriquer des signes qui le convainquent d'être dans l'acte juste. L'univers physique est un miroir qui reflète ce que nous sommes. Et c'est à partir de ce reflet que nous avons chacun à décider, en notre âme et conscience, ce que nous souhaitons cultiver, ce que nous souhaitons transmuter parce que cela ne nous satisfait pas, et ce que nous souhaitons créer.
Pour moi, l'important dans cette aventure est ce que j'ai vécu, pas des significations surajoutées. L'enseignement essentiel que j'en tire se résume à ceci : pour notre âme, le corps physique de la Terre apparaît comme une extension de notre propre corps qui nous procure des sensations et des capacités d'action. De la même manière qu'une intention comme celle de lever le bras s'incarne dans le fait que notre bras se lève, nous pouvons projeter nos intentions dans le corps physique de la Terre et les voir s'incarner dans des animaux ou des plantes. Dans quelles conditions et jusqu'où pouvons-nous aller sont évidemment des questions essentielles. Car nous ne sommes pas dans des interactions mécaniques, nous sommes dans un jeu de co-création auquel participent de nombreuses consciences. C'est la base d'une co-science sur laquelle je reviendrai dans une autre note.
J'ai vécu une autre expérience qui apporte un complément
intéressant à cette idée d'extension du corps physique. C'était
lors de cette fameuse séance de LSD dont j'ai déjà parlé.
A un moment, je suis devenu serpent. Je pèse mes mots. Je ne me suis pas
vu comme un serpent qui rampait au milieu des hautes herbes de la savane
africaine et qui se faufilait dans une case tandis que, dehors, les femmes
battaient le mil en chantant. Bien qu'étant dans un univers intérieur,
je dis que j'étais serpent parce que j'avais toutes les sensations d'un
corps de serpent et plus du tout celles d'un corps d'homme. Je n'avais
plus de bras ni de jambes. Je sentais des muscles différents accrochés
à une ossature différente. Je sentais leurs contractions et le
glissement de mon corps sur la terre sèche de la savane. J'habitais un
autre corps que mon corps habituel. C'était agréable, inhabituel
et en même temps familier, comme si c'était juste une ancienne mémoire
qui se réactivait. Pas de doute pour moi, j'étais serpent, de même
que les chamanes sont capables d'être jaguar, ou aigle, ou ours
Nous
avons déjà présentes en nous toutes les caractéristiques
du corps physique de Gaïa. De même que nous savons activer notre
propre mémoire corporelle pour transformer nos intentions en actes sans
connaître réellement les détails qui font que 'ça
marche', nous avons accès à la mémoire corporelle de toutes
les espèces, ce qui nous donne la capacité d'agir à travers
leur corps.
Ce rêve s'est déroulé au premier trimestre 1999. Je
travaillais encore à Paris, je préparais en fait ma sortie de
piste, et Laurence était ma partenaire du Jeu de la Création.
Quatre éléments de ce rêve m'ont particulièrement
marqué :
1. Je sens que mon corps est entièrement fait d'eau,
tout en ayant la même apparence que mon corps de chair habituel. On trouve
une belle illustration de ce que pourrais être un tel corps dans le film
Abyss. On voit à un moment une superbe créature liquide qui se déforme
pour prendre figure humaine
2. La scène se passe dans les
locaux où je travaille. Je suis assis derrière mon bureau et les
autres membres du service viennent s'asseoir à tour de rôle devant
moi. Je me penche en avant pour coller mon front au leur, et nous restons ainsi
quelques instants. J'ai le sentiment d'entrer en contact direct avec leur âme.
Ensuite je me redresse et leur demande : " as-tu vu qui tu es ? "
3.
La scène suivante se déroule toujours au bureau, mais nous ne
sommes plus que deux dans la pièce (je ne sais plus avec qui je suis). Je
suis debout. J'ouvre ma chemise, plonge mes mains dans ma poitrine au niveau du
sternum et écarte les deux bords. A l'intérieur, apparaît le
ciel, d'un noir profond, constellé d'étoiles, qui ne scintillent
pas, comme vues de l'espace.
4. Changement complet de décor. Je ne
sais plus où la scène se déroule. En tout cas ce n'est plus
au bureau. Je suis avec Laurence et nous faisons l'amour. J'habite toujours dans
mon corps d'eau, qui en la circonstance devient luminescent. Je suis dans
Laurence, et je sens un liquide qui s'écoule de moi en elle. Mais cet écoulement
n'a rien de comparable avec une émission de sperme. C'est la substance même
qui me constitue qui pénètre l'intérieur de ses cellules,
au point que son corps à elle devient aussi luminescent, en commençant
par le bas-ventre, puis le ventre
Je suis parfaitement conscient que par
une telle union je transmute le corps de Laurence pour le rendre fluide comme le
mien.
Fin du premier acte. Avant de passer au deuxième, je tiens à faire une remarque. Dans ce rêve, j'ai juste senti que j'avais un corps liquide, mais je ne suis pas allé plus loin. Je n'ai pas eu par exemple de sensations particulières me reliant à ce corps, à sa physiologie, à ses mouvements. Ce n'est donc pas tant une expérience vécue du corps-eau qu'une projection de l'imagination ouvrant sur cette possibilité. En ce sens, elle a joué un rôle déterminant dans l'évolution de ma pensée, préparant le terrain à une expérience plus complète que je relate plus loin.
Deuxième acte.
Le lendemain, je téléphone à
Laurence pour lui raconter ce rêve magnifique. Il faut dire que nous étions
à 100 km l'un de l'autre, elle à Neuville, moi à Paris. Or
cette même nuit, elle aussi a rêvé : que nous étions
ensemble, que nous faisions l'amour, que notre façon de faire l'amour n'était
pas ordinaire, et que nos corps en étaient transformés
Pour
moi, l'élément le plus 'objectif' de ce rêve, c'est qu'il a été
partagé. Pour bien saisir ce point, il convient de préciser que :
1.
même si nous appréciions beaucoup de faire l'amour, Laurence et
moi, nous n'étions pas obsédés au point d'en rêver
chaque fois que nous étions séparés ; cela arrivait bien sûr,
mais plutôt lors de séparations longues de plusieurs semaines, ce
qui n'était pas le cas à ce moment là ;
2. d'autre
part, lorsqu'il nous arrivait ainsi de rêver que nous faisions l'amour,
cela n'avait pas le caractère extraordinaire des rêves de cette
nuit là, ni d'ailleurs la synchronie (je n'ai pas souvenance d'autres
nuits où nous ayons rêvé de la même chose) ;
3.
enfin, nous n'avions jamais parler auparavant du corps-eau.
Il est donc
clair pour moi que nous avons bien partagé le même rêve, et
que ce ne sont pas des circonstances comme un état de manque ou une préoccupation
commune qui nous ont conduit à vivre la même chose au même
moment.
Septembre ou octobre 1999. On me propose de faire une expérience avec
de l'ayahuasca. Les conditions ne sont pas idéales : pas de temps pour se
préparer, cocktail d'énergies contradictoires avec des personnes
qui ne partagent pas nos idées, et en plus j'ai moi-même la tête
prise par mon livre sur les cybermondes
Mais l'occasion est unique et je
compte bien la saisir pour obtenir des réponses sur l'eau, autour de quoi
je commence à sentir que tournent tous mes travaux.
Je connais un peu
l'univers chamanique, et je sais qu'il peut être peuplé autant de
visions merveilleuses de la nature (dialogue avec les plantes, etc.) que d'entités
aussi puissantes qu'incompréhensibles (cf. Castaneda). Je pressens le décalage
qu'il risque d'y avoir entre mon désir d'expérimenter du nouveau
et l'irrésistible transfert dans l'univers des chamanes provoqué
par leurs chants. C'est pourquoi, dès que j'ai absorbé le
breuvage, je m'installe en posture de méditation, et je rentre en moi-même,
m'isolant le plus possible du contexte cérémoniel. Bien sûr,
je ne puis me fermer aux chants des chamanes (enregistrés sur une
cassette) car, sous l'effet de l'ayahuasca, les vibrations pénètrent
profondément dans le corps et l'esprit. Ce sont elles en fait qui font 'décoller'.
L'effet de coupure est d'ailleurs très net lors des quelques secondes
d'interruption entre un chant et le suivant.
Quelques minutes me suffisent pour 'partir'. Je sens mon corps qui se
transforme, devient liquide. Cela n'a rien à voir du tout avec la
sensation d'être plongé dans l'eau ni de flotter Mon corps est eau
; il n'est plus muscles ni os. D'ailleurs je ne sens plus du tout mes membres et
suis incapable de bouger.
En revanche, ce corps d'eau est d'une sensibilité
extrême, ce que je ressens avec une acuité extraordinaire. Les
ondes acoustiques le pénètrent et le font vibrer, et je sens le
moindre ébranlement qui se propage. C'est à la fois de l'ordre du
toucher, de l'audition, et de la vue. C'est évidemment très
difficile à décrire.
Pour essayer de vous en faire une idée,
supposez tout d'abord que l'on touche une partie quelconque de votre corps. Vous
allez avoir une sensation précisément localisée, et puis
c'est tout. Imaginez à présent une étendue d'eau calme, une
piscine par exemple, que vous effleurez de la main. Vous allez constater que la
'sensibilité' de l'eau est telle que la 'sensation' ne reste pas localisée
à l'endroit où vous avez posé la main mais qu'elle se
propage à toute la surface. Considérez maintenant que votre corps
est fait à 80% d'eau. Vous pouvez imaginer que le moindre effleurement va
se propager partout dans cette substance liquide. Et bien, sous l'effet de
l'ayahuasca, j'étais dans un état qui me permettait de
sentir-voir-entendre la moindre vibration dans la moindre parcelle de mon
corps-eau. Et pour provoquer de telles sensations, pas besoin d'effets physiques
de grandes envergure comme le toucher (je dis de grande envergure car cela
implique des déplacements de corps massifs) : de simples vibrations
suffisent.
Un aspects très importants de ces sensations est qu'elles sont extrêmement
agréables. Pour moi le lien avec l'orgasme est évident.
A ce
propos, il est important de ne pas confondre orgasme et sexualité :
1.
il semble que la plupart des animaux vivent une sexualité sans orgasme ;
je ne dis pas qu'ils n'éprouvent pas de plaisir ; mais ce plaisir selon
moi s'apparente plus au relâchement d'une tension, du même ordre que
celui que l'on éprouve à vider une vessie pleine ;
2. tous les
êtres humains ont vécu des expériences similaires ;
attention, je ne parle pas d'expériences ratées ou forcées
; je parle d'expériences où l'homme éjacule, où la
femme éprouve quelque chose de plutôt agréable, mais où
ni l'un ni l'autre n'ont le sentiment de 'monter' ;
3. inversement, il est
possible de vivre de véritables orgasmes hors de tout contact sexuel (ce
dont je parle là va au-delà du fait que l'homme est capable de
jouir sans éjaculer) ; c'est précisément ce que j'ai éprouvé
en sentant mon corps-eau parcouru de vibrations sonores (cf. aussi l'expérience
relatée plus haut : un orgasme féminin dans un corps masculin).
Bref,
avec le corps actuel, la sexualité est le moyen privilégié
d'accéder à l'orgasme. Mais ce n'est pas le seul. On peut imaginer
que dans un corps futur, ce sera beaucoup plus facile à atteindre dans
d'autres contextes. J'y reviendrai.
Toute cette expérience du corps-eau n'a vraisemblablement duré que quelques minutes. Ensuite, j'ai été pris par la musique et emporté dans d'autres directions. La suite de l'expérience a consisté surtout en hallucinations visuelles. J'ai bien essayé de les diriger (j'aurais aimé pénétrer l'univers des plantes), mais je n'ai rien pu faire. J'ai poursuivi pour voir où ça me menait, mais rien de bien intéressant n'en est sorti, peut-être à cause des mondes virtuels et autres technologies dans lesquels j'étais immergé depuis des semaines pour mon livre sur les cybermondes. Au bout d'un moment, les chants ont commencé à provoquer des sensations franchement désagréables, et j'ai décidé d'arrêter. Quelqu'un m'a aidé à me coucher. Les hallucinations visuelles et auditives se sont poursuivies quelques temps. Leur contenu était toujours aussi peu intéressant. Et puis elles se sont estompées et j'ai fini par m'endormir.
Avant que j'aille me coucher, je me souviens à un moment avoir vomi, réaction habituelle à l'ayahuasca. Quand j'ai senti que cela commençait à monter, j'ai entrouvert les yeux. Incapable de parler, à peine capable de bouger, j'ai vaguement esquissé un geste. Quelqu'un a compris que je demandais un verre. J'ai vomi dedans. Ce qui est sorti était l'ayahuasca que j'avais bu, à vu d'il la même quantité !
Je ne concentre pas sur ma petite personne toutes les expériences de l'humanité ! Beaucoup de gens ont certainement vécu des choses intéressantes révélant des potentialités du corps humain insoupçonnées. A travers lectures et discussions, il me vient quelques idées de sujets qui pourraient être abordés :
La marche sur le feu
C'est un exercice pratiqué un peu partout
sur la planète. Un état de transe relativement léger suffit
pour marcher pieds nus sur des braises assez chaudes pour faire griller un steak
!
Tumo
C'est la capacité à produire intérieurement
une énorme chaleur (2). Il s'agit d'une pratique tibétaine
ancestrale qui demande un long apprentissage, et dont l'examen de passage
consiste à s'asseoir dehors et à faire fondre la neige autour de
soi, ou bien à faire sécher sur soi le plus grand nombre possible
de draps qui ont été préalablement trempés dans
l'eau des torrents !
Contrôle conscient de fonction corporelles habituellement
inconscientes
Cela demande là aussi un long apprentissage, mais il
est établi que certains yogis parviennent à contrôler, par
exemple, les battements de leur cur.
Hypnose
De nombreuses expériences réalisées sous
hypnose révèlent que les relations que nous entretenons avec notre
corps sont beaucoup plus profondes qu'on ne le croit. Un cas classique consiste
à demander au sujet de tremper le doigt dans un verre d'eau froide en lui
faisant croire qu'elle est très chaude. Cela suffit parfois à
faire apparaître une ampoule !
Laurence m'a raconté l'histoire
suivante qu'elle a vécu du temps où elle avait ses problèmes
de dos. Grâce à la sophrologie, qui n'est rien d'autre qu'une
auto-hypnose, elle était devenue capable de faire intérieurement
un véritable scanner de sa colonne vertébrale. Elle voyait les
points de blocage, et était même capable de les dénouer. Et
ce qu'elle avait vu et fait était ensuite confirmé par le scanner.
Vivre sans manger
Si les pratiques précédentes peuvent être
considérées comme sérieusement établies, il n'en va
pas de même de la capacité de vivre sans manger, voire sans boire
non plus. Les sujets semblent rares, et, cela se comprend, pas forcément
désireuses (ce sont presque toujours des femmes) de se soumettre à
des études poussées. Aymé Michel dans son livre métanoïa
en citent quelques unes qui semblent crédibles. Alain Guillo a bien vécu
une expérience de ce genre, mais elle n'a duré que 10 jours sans
manger ni boire, ce qui est un peu court pour tirer des conclusions. Il y a
actuellement une femme qui se nomme Jasmuheen et qui prétend vivre depuis
des années sans manger. Elle écrit des livres, organise des
stages, et a même un site internet baptisé avec humour CIA pour
Cosmic Internet Academy, ce qui n'est pas sans rappeler la Centrale
d'Intelligence des Anges d'Alain : http://www.selfempowermentacademy.com.au/ .
Tout un mouvement semble se développer autour de cette idée de
vivre sans manger, parfois avec des excès puisque plusieurs personnes
sont mortes! Il y a pas mal de matière sur internet, en cherchant
breatharian ou breatharianism (ainsi se nomment ceux qui ne se nourrissent que
d'air). J'ai suivi quelques temps des discussions sur des forums, et cela
m'incline à un certain scepticisme : la plupart de ceux qui font des jeûnes
prolongés développent les symptômes des gens qui meurent de
faim ; quant aux autres, impossible de savoir s'ils disent la vérité
ou s'ils trichent. Dans le cas de Jasmuheen, une expérience a été
faite en 1999 dont le résultat n'est pas à son avantage: au bout
de quatre jours seulement, elle montrait des signes sérieux de dégradation
physique (http://www.gospelcom.net/apologeticsindex/b12.html). Je précise
que mon scepticisme porte sur les expériences que je trouve relatées
ici ou là, et pas sur l'idée même de vivre sans manger. Sur
le principe, cela me semble réalisable, et même souhaitable.
Le tantra de la naissance
Les expériences de Katia et Volodia
Bagriansky portent sur l'accouchement dans l'eau (Katia a mis au monde cinq
enfants de cette façon). Derrière cela, il y a en fait beaucoup
plus qu'une simple technique destinée à faciliter l'accouchement.
C'est toute une préparation à la naissance, une forme de tantra
comme ils le disent eux-mêmes, dont le but est de renverser le vieil adage
" tu enfanteras dans la douleur " en " tu enfanteras dans
l'orgasme " !
Dans les sections précédentes, je n'ai pas cherché à
faire un catalogue de phénomènes bizarres. Cette notion est
d'ailleurs toute relative. Le bizarre, l'anormal, le paranormal dans la culture
occidentale d'aujourd'hui peut être le normal d'autres cultures, et
inversement. La télépathie par exemple, dont beaucoup de
scientifiques nient l'existence, dont quelques uns s'échinent malgré
tout à vouloir prouver l'existence, est vécue par beaucoup de
peuples au quotidien, d'une manière aussi naturelle que parler ou
marcher.
Mon idée est que beaucoup de phénomènes qui
sont vécus aujourd'hui comme exceptionnels finiront par devenir demain
complètement naturels. Ce sont quelques unes de ces directions d'évolution
que j'aimerais dégager dans cette section.
Auparavant, il me semble important de souligner une fois de plus que le fond
du travail s'effectue sur les croyances. Plus précisément, c'est
un va-et-vient entre croyances et expériences.
Pour ce faire, il y a
déjà une première croyance à dépasser qui est
celle que nous sommes impuissants face à notre propre destin. Je pense
que nous sommes aussi sur Terre pour écrire le futur. Pour écrire
notre futur parce que c'est notre âme qui se déploie dans les méandre
du temps, un temps lui-même créé et expérimenté
pour gagner en conscience. Donc ce futur est d'une certaine manière déjà
présent. Une part du renversement que nous avons à effectuer se
situe là : le présent n'est pas seulement la résultante du
passé ; le présent n'est pas seulement ce qu'il est parce que
tout-ce-qui-est maintenant est ce qu'il est ; le présent est aussi le
fruit du futur.
C'est ce niveau-là de compréhension que l'espèce
humaine est en train d'atteindre : que la pensée est créatrice,
que nos croyances créent nos expériences. Cela même est une
nouvelle croyance métaphysique que nous devons immédiatement expérimenter
dans la matière avec un projet tel que celui de nous changer nous-mêmes.
C'est ainsi que nous allons devenir des incarnations plus parfaites (au sens
'qui révèle mieux' et pas au sens 'qui est achevé') de ce
que nous sommes : des joueurs de la création.
Ce à quoi nous
allons assister au niveau de l'espèce est analogue à ce à
quoi l'on assiste déjà chez beaucoup d'individus : la prise de
conscience que nos limites se situent au-dedans de nous-mêmes, dans des
croyances qui nous entravent, leur dépassement, et la renaissance qui
ouvre de nouveaux champs d'expériences, débarrassée
notamment des peurs anciennes.
J'ajouterai que lorsqu'on a nettoyé
les premières couches, dures et épaisses de tant de peurs et de
souffrances, on atteint des niveaux plus subtiles où jouer devient plus
facile. Je ne dis pas qu'il est plus facile de dépasser ces nouvelles
limites que l'on découvre une fois parvenu là. C'est même
peut-être le contraire tant l'on a affaire à des croyances qui
constituent le cur de notre identité d'êtres incarnés.
Ce qui est plus facile en revanche, c'est de vivre cela comme un jeu.
Ceci est très important. Car cette transmutation n'est
pas un 'travail' (3) que l'on fait par devoir ou pour gagner
quelque chose (le pardon de dieu, le nirvana, le paradis, etc.). On est dans un
processus qui contient en lui-même sa propre récompense. Comme
l'enfant qui joue prend simplement son plaisir à jouer, tout en sachant à
un autre niveau qu'il se construit à travers ce qu'il apprend en jouant.
C'est aussi comme dans l'art du tir à l'arc zen où toute la
subtilité est de cesser de viser la cible pour pouvoir l'atteindre. De même,
ici, dans cet art de la transmutation corporelle (et tous les arts de la
transmutation en général), l'objectif véritable, tout en étant
très conscient, doit rester au second plan et ne surtout pas devenir une
obsession qui dévoierait le jeu en une ascèse. Car alors
reviendrait la souffrance, une des choses que l'on cherche justement à dépasser.
Tout
ceci n'est qu'un jeu, un jeu de la création, qui dans l'acte même
procure le plaisir qui l'alimente. Transmuter notre corps, c'est jouer avec les
relations que nous avons avec lui, c'est jouer avec les relations qu'ils nous
fait vivre dans le monde, c'est en quelque sorte apprendre à faire
l'amour avec Tout-Ce-Qui-Est.
Une dernière remarque. Ceci nous donne un petit avant-goût de la multidimensionalité du processus en uvre puisqu'on commence à voir se dessiner un plan dans le plan dans le plan... En effet, transmuter les croyances sur notre corps, c'est aussi un prétexte à réapprendre le jeu, le vrai jeu du je, le Jeu de la Création Intéressant n'est-il pas ?
Juste quelques remarques en vrac pour appuyer et compléter ce qui a été
déjà dit.
Tout d'abord je rappelle qu'avoir un corps-eau ne
signifie pas se transformer en bulle de liquide ni en dauphin. Cela n'impose même
aucun changement d'apparence puisque notre corps est déjà fait à
80% d'eau. L'idée est simplement de nous relier à cette matière
dont nous n'avons pour l'instant aucune conscience. Compte tenu de ce que j'ai vécu,
cela me semble tout à fait possible.
Ça l'est d'autant plus
que la manière dont nous créons et habitons notre corps n'est pas
aussi figée que nous le croyons. Deepak Chopra cite à ce propos un
exemple édifiant. Il s'agit d'un schizophrène dont l'une des
personnalités était daltonienne et allergique au jus d'orange,
tandis qu'une autre n'avait aucun problème de vue ni d'allergie. Ses
changements de personnalité, qui étaient toujours imprévisibles,
avaient un retentissement immédiat sur les caractéristiques du
corps. C'est dire la malléabilité des relations que nous
entretenons avec lui.
Mais pourquoi au juste être tenté de vouloir un tel corps-eau
et pas plutôt un corps plus musclé, ou bien un corps mi machine mi être
vivant, ou que sais-je encore ? Au départ, il n'y avait que mon
intuition, puis il y a eu mon vécu, et maintenant, à force de
creuser la question, je dispose de quelques arguments aptes à satisfaire
la raison.
Il faut comprendre tout d'abord que le but de cette démarche
n'est pas d'assouvir de vieux fantasmes tels que : avoir un corps parfait,
toujours jeune, jamais malade, ou bien rêver de recréer la vie,
etc. L'essentiel n'est pas là du tout. Un corps, c'est l'expression d'une
âme qui a envie et/ou besoin de vivre certaines expériences dans la
réalité physique. Or, comme je l'ai déjà dit, le
corps actuel semble avoir atteint des limites, tant il est pétri de peurs
et de souffrances. Donc de même que la mort apparaît comme une nécessité
pour un individu lorsque la mémoire cellulaire est trop imprégnée
de tout ce qu'il a vécu pour laisser la vie se déployer librement,
la mort est une nécessité pour l'espèce lorsque le champ
d'expériences devient trop rétréci et ne procure plus une
qualité de vie satisfaisante. Le but d'un nouveau corps est donc d'ouvrir
aux âmes qui s'incarnent de nouveaux champs d'expériences, leur
donnant plus de possibilités pour explorer leurs potentialités,
pour exprimer leur créativité, bref pour jouer le Jeu de la Création.
Evidemment,
il y aura toujours sur le parcours des accidents et des maladies qui refléteront
de nouvelles incompréhensions, des doutes, des incohérences. Mais
dans un tel corps-eau, elles seront ressenties moins douloureusement, et
laisseront moins de traces, ce qui permettra de tirer très vite les leçons
de l'expérience et relancer le jeu dans de nouvelles directions. Car
l'eau est une mémoire plus volatile que la matière solide. On
trouve dans la terre des traces de pas de dinosaures vieilles de centaines de
milliers d'années. On ne trouve pas dans l'eau la moindre trace des cris
qui ont été poussés, des animaux qui l'ont absorbée
ou qui s'y sont baignés. De même, la matière solide de nos
corps actuels fossilise les traumatismes et les rend quasiment indélébiles
(sauf en mourant, et encore !), tandis que l'eau s'imprègne de tout, et
puis redevient facilement vierge, comme une bande magnétique qu'on
efface.
Un autre intérêt de l'eau réside dans la qualité
des sensations qu'elle est en mesure de nous procurer. Je vais y revenir dans un
instant. Auparavant, j'aimerais faire une autre remarque.
Avec l'idée du corps-eau, nous vivons un retour aux sources, c'est le
cas de le dire, étant donné que tous les êtres vivants sur
Terre sont faits d'eau, autant dans leur matière que dans leur forme (à
propos du rôle de l'eau dans la morphogenèse, voir l'essai
vie des formes et formes de vie).
Voilà
qui semble être un principe dans cet univers (peut-être même
est-il plus général) : ce qui est vécu (à quelque
niveau que ce soit : par un individu, un groupe, l'espèce, etc.) dans un
premier temps dans l'ignorance est tôt ou tard revécu en pleine
conscience, d'une autre manière bien sûr. C'est ainsi que le futur
se replie sur le passé, que l'oméga rejoint l'alpha, que
ce-qui-ne-peut-être-nommé devient tout-ce-qui-est, ou que dieu
finit par accoucher de lui-même.
C'est pourquoi nous ne pouvons sauter
des étapes. Depuis longtemps les hommes rêvent de se désincarner,
de devenir de purs esprits qui baignent béatement dans une bulle d'amour
chamallo, parce que ce corps leur semble trop pesant. Ce n'est pas cela la
raison d'être de notre expérience dans la réalité
physique. Pour que l'âme atteigne la pleine conscience de ce qu'elle est,
il n'y a pas de raccourci, elle doit se confronter à la matière.
Il est donc nécessaire que nous nous incarnions davantage, mais aussi
différemment, en remontant vers la source, c'est-à-dire dans une
matière moins solide et moins pesante, l'eau en l'occurrence. Une fois
franchie cette étape, nous pourront songer à nous approcher de
quelque chose de beaucoup plus immatériel, la lumière, qui dévoilera
le mystère de l'espace et du temps, et bien d'autres merveilles encore
Les expériences en état de conscience modifié laissent
entrevoir des formes de perception encore inaccessibles à l'état
normal. Un des jeux à jouer dans le cocon vise justement à les
stabiliser, de sorte qu'elles deviennent naturelles chez l'HOMME.
Ces
perceptions se caractérisent notamment par :
1. Une extrême richesses quantitative et qualitative, avec des
sensations véritablement tridimensionnelles, un ressenti global qui
combine dans un même 'objet perceptif' des sons, des images, des
sensations tactiles, voire des odeurs et autres, tout en laissant apparaître
une profusion de détails avec la capacité de les distinguer très
clairement.
Remarque : je serais tenté de parler de perception
fractale en ce sens qu'une focalisation sur un détail fait surgir un véritable
univers riche d'autant de détails : un son dans un son dans un son
,
une image dans une image dans une image
; c'est en quelque sorte le début
d'un accès à la quatrième dimension ; donc de même
qu'aujourd'hui nous nous construisons une représentation de la troisième
dimension à partir de perceptions bidimensionnelles, nous serons en
mesure demain de nous construire une représentation d'une quatrième
dimension (je ne parle pas du temps) à partir de perceptions
tridimensionnelles.
2. Ces nouvelles formes de perception se caractérisent aussi par
l'intensité du plaisir qu'elles procurent. C'est cela aussi que signifie
pour moi nous incarner davantage. C'est descendre dans notre corps à un
point tel que toute relation dans le monde physique soit empreinte de sensualité.
N'est-ce pas la plus belle manifestation d'amour de Tout-ce-qui-est ?
Et la
douleur physique ? Son sort est réglé : elle n'est plus nécessaire
! Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura plus de sensations désagréables.
Elles restent nécessaires pour signaler à la conscience que le
corps est soumis à des contraintes qui risquent de compromettre son intégrité.
Mais de même que lorsqu'on sent une odeur désagréable on
pense juste " ça sent mauvais " sans éprouver de douleur
à proprement parler, le corps saura envoyer des signaux pour dire que
quelque chose ne va pas sans que cela soit douloureux.
3. Autre caractéristique fondamentale de ces perceptions, la subtilité. Pour faire sentir ce que j'entends par là, je vais emprunter une image à la physique quantique. On sait que dans la représentation quantique, la matière se manifeste sous deux visages, l'un corpusculaire, l'autre ondulatoire. J'oppose la 'grossièreté' de la matière corpusculaire, avec ses caractéristiques de densité, d'impénétrabilité, de localisation, à la 'subtilité' de la matière ondulatoire, avec ses caractéristiques d'étalement spatio-temporel et ses capacités de superposition illimitées. Je dirai qu'après avoir vécu pendant des millénaires l'aspect corpusculaire, le tour de la question est fait, et qu'il temps pour l'homme de commencer à vivre l'aspect ondulatoire (avant sans doute une grande réconciliation dans des siècles et des siècles !).
Ceci m'inspire une autre réflexion. J'ai souligné plus haut qu'une des différences entre perceptions visuelles ordinaires et perceptions visuelles en état de conscience modifié était que dans les secondes, la lumière semblait provenir du cur même des objets et pas d'une simple réflexion de la lumière ambiante. En y repensant, il me vient une autre image, les hologrammes. Tous ceux qui en ont vus, ou même seulement la lumière d'un laser projeté sur un mur, ont probablement perçu des scintillements assez particuliers. Ils sont dus à des interférences entre photons. Autrement dit, ils sont caractéristiques de l'aspect ondulatoire de la lumière. Or les perceptions en état de conscience modifié présentent des caractéristiques de luminosité qui les rendent assez semblables à ces hologrammes. Est-ce à dire que nous avons déjà la capacité de percevoir les ondes lumineuses (sachant que les cônes et les bâtonnets de la rétine sont sensibles aux photons dans leur aspect corpusculaire) ?
Pour suggérer la richesse qui se présente à nous dès
l'instant où nous changeons de regard pour passer d'une approche
corpusculaire à une approche ondulatoire, j'aimerais citer Theodore
Schwenk, qui, dans le chaos sensible, écrit :
" Les surfaces de
démarcation à l'intérieur de l'eau courante sont
'sensibles'. Elles réagissent aux moindres changements du milieu, tantôt
en s'écartant, tantôt en se rapprochant, tantôt en ondulant
selon des rythmes précis. L'eau est toujours prêtes à former
de ces surfaces en nombre incalculable ; elle n'est donc pas la masse amorphe et
inanimée qu'on y voit communément. Elle est subdivisée en
une infinité de membranes sensorielles mouvantes, aptes à
percevoir tout ce qui se passe dans leur entourage (j'ai bien senti cela lors de
mon expérience du corps-eau avec l'ayahuasca). Loin de s'enfermer en
elle-même, l'eau laisse accéder en elle toutes les impulsions du
dehors. Elle est le milieu impressionnable par excellence. Elle est même
si sensible qu'elle ne se borne pas à répondre aux modifications
de son entourage immédiat ; elle reçoit aussi les influences
subtiles, impondérables, en provenance des confins de l'univers. "
(63)
" Comme dans l'eau, il se forme dans l'air des tourbillons et des
chaînes tourbillonnaires, lorsqu'il est obligé de contourner un
obstacle. Le vent engendre des tourbillons autour des arbres, des branches, des
toits, des cheminées. Mais, en raison de la grande vitesse de l'air, ces
tourbillons se succèdent beaucoup plus vite que dans l'eau. A ces grandes
vitesses, l'air commence à révéler quelque chose de son être
propre : l'alternance des tourbillons, étant très rapide, produit
un son. La tempête hurle au-dessus des toits et des cheminées, elle
balaye la forêt en mugissant. Chaque aiguille de sapin, chaque brindille,
donnent naissance à des chaînes dont les tourbillons alternent si
vite qu'on entend leur sifflement. Une forêt de conifères dissocie
le vent qui la traverse en un nombre inimaginable de petits tourbillons ; il en
résulte des sommes gigantesques de ces 'surfaces sensibles' en lesquelles
nous avons reconnu déjà les organes réceptifs de l'eau. Les
formes du mouvement sont les mêmes dans les deux éléments,
mais aux grandes vitesses l'air se distingue de l'eau par ce caractère spécial
: il devient audible, sonore, alors que l'eau reste muette. Ce qui, dans l'air,
est un processus sonore, est ralenti dans l'eau et n'y crée que des
formes spatiales. " (102)
" Il se passe la même chose quand
un oiseau, un papillon ou quelque autre insecte vole dans l'air ; là
aussi l'air est scindé en innombrables surfaces. Que l'on se représente
ce phénomène, par un beau jour d'été, quand des
myriades d'insectes s'ébattent au-dessus d'une prairie. Il se crée
une autre prairie, invisible, faite d'air, qui naît à chaque
instant et s'efface aussitôt, due à ces ailes d'insectes. Ce ne
sont que des lamelles d'air tournoyantes, compliquées encore par l'effet
des antennes et du bord denté des ailes : lorsque l'air est ainsi
subdivisé et 'ouvert', il semble doué d'une sensibilité
subtile. En réalité, l'air ainsi sillonné de vibrations et
de bourdonnements devient 'sensible' ". (118)
Imaginez que nous puissions percevoir de tels reflets des prairies dans l'air comme nous voyons le reflet d'un arbre sur un étang !
Je terminerai en disant que tout ce qui vient d'être dit à propos de la perception s'applique autant aux perceptions que nous avons de notre corps qu'aux perceptions du 'monde extérieur'. J'ajouterai que le but n'est pas d'être submergé de sensations, même si elles sont agréables, comme dans un trip psychédélique qu'on ne peut arrêter et qui ne mène à rien. Il s'agit d'être capable de diriger par ses intentions son attention, avec un degré de précision voulu, sur tout objet intérieur à son corps ou extérieur, sachant en outre que la frontière intérieur/extérieur est des plus floue comme on va le voir à présent.
C'est une évidence, la communication chez l'être humain est particulièrement inefficace. D'où tant d'incompréhensions, de confusions, de frustrations. Le principal problème vient du fait que la communication n'est qu'exceptionnellement un contact direct d'âme à âme, et qu'elle a besoin pour passer de toute une série d'intermédiaires, des signes verbaux ou non-verbaux. D'où une grande pauvreté de contenu, un débit excessivement lent, et surtout, la possibilité d'exprimer le contraire de ce qu'on ressent. Le cas le plus fréquent est de dire 'oui' quand on pense 'non', ou l'inverse.
Cela n'empêche pas des bouffées de
communication directe (4) de passer de temps à autres.
Malheureusement, elles traînent elles aussi leur lot de problèmes.
Le premier vient de notre incapacité à focaliser précisément
notre regard intérieur. C'est comme si l'on écoutait simultanément
plusieurs émissions de radio. Difficile dans ces conditions de capter un
discours cohérent. La conscience se retrouve souvent face à un
embrouillamini de significations qu'il lui est difficile de démêler.
Le pire est lorsqu'on n'est même pas conscient de l'existence de cet
embrouillamini et qu'on croit puiser des informations à une source unique
et pure.
L'autre problème vient du fait que nous sommes tellement
habitués à la communication séquentielle symbolique que
nous avons du mal à intégrer des information non séquentielles
non symboliques. D'où notre empressement à vouloir les remettre
dans des cadres de référence habituels. Immanquablement,
s'introduisent des distorsions qui peuvent aboutir à de véritables
incohérences.
Voilà pourquoi même les personnes très
sensibles sont souvent aussi confuses que les autres, qu'elles communiquent
directement avec des vivants (voyants
), avec des morts (médiums
),
des 'entités' (channels
), voire avec la Terre elle-même
(chamanes, géobiologues
)
Tout ceci a deux conséquences :
La première est une
insensibilité croissante du regard intérieur chez beaucoup d'êtres
humains. Sauf à voir ou à entendre distinctement quelque chose
(comme des cris, des pleurs, du sang
), la plupart des gens ne ressentent
rien de ce que ressentent les autres êtres vivants. C'est ce qui permet à
l'homme d'exercer autant de violence sur tout ce qui l'entoure, ses
semblables, les animaux, les plantes, la planète. Si l'on avait mal au cur
chaque fois que l'on touche quelqu'un avec des paroles blessantes, si l'on
ressentait la douleur de l'être que l'on vient de frapper, si l'on sentait
mourir l'être que l'on vient de tuer, on changerait certainement
d'attitude. Mais comme l'homme n'éprouve pas directement cela, il
continue. Et même, sentant confusément qu'il lui manque quelque
chose, il fait des films dans lesquels il se projette pour essayer de ressentir
ce dont il s'est coupé !
L'autre conséquence est que même
lorsque le sens intérieur est ouvert, il y a tant de bruit, de filtres,
de projections, que l'on voit rarement émerger un consensus. Faites
passer 1000 personnes devant un arbre, elles diront toutes qu'elles voient un
arbre. Certes leurs perceptions divergent, c'est-à-dire leur vécu
propre de leur relation avec cet arbre, mais il y a au moins consensus sur un
point. Bandez-leur les yeux et demandez-leur ce qui se trouve devant elles, et
vous obtiendrez beaucoup de réponses différentes, trop. Or la réalité
physique est une création collective. Par conséquent, jouer sur ce
terrain de jeu exige un minimum de consensus. Sinon on risque de susciter des
incohérences entre nos intentions et la forme que prennent nos expériences,
rendant la vie incompréhensible et aboutissant à un renfermement
solipsiste.
Ceci étant, il ne fait pas de doute :
1. que
la communication directe est possible, que ce soit entre êtres humains,
entre membres d'espèces différentes (humains et plantes, humains
et animaux, animaux et plantes (5), voire entre particules élémentaires
(6) ;
2. que cette communication peut véhiculer
des contenus extrêmement complexes et précis ;
3. que ces
contenus sont compréhensibles en tant que tels c'est-à-dire qu'il
n'est nul besoin de les traduire en une série de symboles pour les rendre
signifiants.
Je suis persuadé que l'HOMME communiquera ainsi
directement de conscience à conscience, par des 'bulles de sens', et
qu'il ne se servira plus de la communication séquentielle symbolique,
sinon de manière marginale. Ce sera sans doute la coupure la plus visible
entre l'ancienne et la nouvelle espèce. Même si elles continuent d'être
semblables physiquement, elles ne pourront plus communiquer.
Il faut bien
comprendre que le changement de mode de communication ne sera pas la cause de
cette incommunicabilité mais la conséquence. En effet, les finalités
et les expériences chez l'une et chez l'autre seront fondamentalement
tellement différentes qu'il n'y aura plus grand chose à
communiquer. Est-ce que votre chat ou un extraterrestre est intéressé
par les résultats de football ?
Pour parvenir à une communication authentique, un certains nombre de
préalables sont requis, notamment :
1. l'authenticité, car il
est évident qu'une telle communication ne peut fonctionner si l'on triche
; penser 'non' oblige de communiquer 'non' et pas 'oui' ;
2. la compassion
et l'empathie pour être à même de ressentir ce que ressent
l'autre.
Il est important de comprendre là aussi que ce n'est pas
parce que notre sens intérieur est fermé que l'on est insensible
et que l'on peut se permettre de faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas
qu'il nous fasse. C'est au contraire parce que nous ne sommes pas dans la
compassion et l'amour, parce que nous avons peur d'affronter l'image de nous-mêmes
que nous renvoient les autres, que nous avons fermé notre sens intérieur.
En d'autres termes, l'homme ne va pas subitement devenir compatissant
parce qu'il disposerait d'un nouvel organe de perception lui faisant ressentir
ce que ressentent les autres ; c'est au contraire lorsqu'il aura compris que ce
qu'il fait aux autres il le fait à lui-même qu'il sera à même
d'ouvrir son regard intérieur. La croyance précède toujours
l'expérience, et non l'inverse.
A partir de ces bases pourra commencer le jeu devant conduire à stabiliser dans notre corps cette forme de communication, qui est en fait une forme de perception. Cela passera par la capacité de focaliser l'attention (pour être à même de bien différencier les sources, de même qu'on sait distinguer sans difficulté une sensation au bras droit d'une sensation au bras gauche), et le développement de la capacité à saisir globalement des 'bulles de sens', des eidos, d'une grande richesse. Il est à noter que ce second point va de pair avec le développement des perceptions : cf. le paragraphe précédent.
Tout ceci n'est pas sans conséquences sur nos relations avec le
corps. Car il est évident qu'à partir du moment où l'on
passe d'un mode de communication indirect à un mode de communication
direct, la frontière moi/les autres tend à s'estomper.
Paradoxalement, au moment même où nous allons créer et
habiter notre corps avec un degré de conscience inégalé,
nous allons nous sentir moins rigidement lié à lui. Cela va nous
ouvrir des champs d'expériences d'une richesse inconnue, que nous pouvons
à peine pressentir : faire l'amour deviendra un acte d'une portée
incroyable ; le corps physique de la Terre sera comme une extension de notre
propre corps ; nous pourrons jouer à des jeux collectifs inimaginables ;
nous pourrons facilement et sans crainte 'quitter' notre corps pour explorer
d'autres plans de conscience
Je n'énonce cela ni comme des
certitudes ni comme des développements nécessairement
souhaitables, car la plupart de ces expériences sont inimaginables pour
l'instant. Je veux juste souligner une nouvelle fois qu'on ne change pas de
corps pour rectifier le passé, essayer de vivre mieux ce qu'aujourd'hui
on vit mal, mais pour s'ouvrir de nouveaux champs d'expérience,
d'exploration de la conscience, d'expression de la créativité
Depuis des millénaires, les hommes et les femmes sont les uns pour
les autres comme des étrangers. Je crois que s'il n'y avait pas les
pulsions sexuelles pour provoquer des rapprochements de temps en temps, ils se
fuiraient et vivraient des vies complètement séparées.
C'est dire l'énorme travail qu'il y a à faire dans ce domaine.
Cela
semble énorme, mais peut-être que ça ne l'est pas tant que ça
si l'on se souvient qu'hommes et femmes sont au fond le même être,
que l'homme porte en lui la femme, que la femme porte en elle l'homme. C'est
donc là que, selon moi, doit se situer l'essentiel du travail, ou plutôt
du jeu : chacun a à réconcilier en lui-même ces deux
facettes, masculine et féminine. Le reste en découle
naturellement, en premier lieu des relations hommes-femmes rééquilibrées,
saines et harmonieuses, et en second lieu, des transformations plus profondes
pour donner naissance à une espèce androgyne.
Que signifie être androgyne ? Tout d'abord ça ne veut pas dire
la disparition des différences sexuelles. Pour moi, l'HOMME
androgyne reste un être sexué, et non pas asexué ni
hermaphrodite. Seulement, cette différenciation sexuelle n'est plus vécue
comme constituant le cur de son identité d'être incarné.
Elle est désormais vécue comme exprimant seulement une facette
parmi d'autres d'une identité plus profonde. Et les autres facettes de
cette identité ne disparaissent pas dans un obscur inconscient. Elles
restent au contraire facilement accessible à l'expérience, même
si ce n'est pas toujours de manière directe (comme l'accouchement pour un
mâle).
Il me semble important d'insister sur le fait que c'est parce
qu'on sent au fond de soi ces différentes facettes que l'on va pouvoir
les incarner dans le corps. Tandis que si des croyances de séparation
subsistent, elles tendront à recouper les êtres androgynes de la
nouvelle espèce selon les deux sexes, une nouvelle fois différents
en tout. Et ça repartira pour un tour de galère ! C'est toujours
la même chose, c'est la croyance qui crée l'expérience. Si
j'insiste tant, c'est que c'est une des leçons essentielles du Jeu de la
Création que nous avons à apprendre
Concrètement, l'androgynie va se traduire par un rééquilibrage
du fonctionnement du cerveau, une réconciliation hémisphère
droite hémisphère gauche dirai-je pour simplifier. Ce sujet a été
abondamment traité par d'autres, aussi je laisse chacun imaginer les conséquences.
Cela
va se traduire aussi par des modifications posturales et gestuelles, la force,
la fluidité et la grâce s'alliant et devenant une attitude
naturelle chez tous (regardez un tigre courir, particulièrement sur des
images au ralenti, et vous aurez une bonne idée ce que peut être
cette 'force fluide gracieuse').
Cela va se traduire encore par des
changements profonds de la sexualité. A partir de ce que j'ai vécu,
je crois entrevoir cette nouvelle forme de sexualité. J'imagine par
exemple l'union de l'homme et de la femme non pas comme un corps s'emboîtant
dans un autre corps et restant en quelque sorte en-dehors, mais comme une véritable
fusion. Ce sont deux bulles d'eau qui se collent et deviennent une seule. Ainsi
les deux corps vibrent à l'unisson. Ce que ressent l'un, l'autre le
ressent. En d'autres termes, chacun habite son corps et celui de l'autre en même
temps. C'est comme s'il n'y avait plus qu'un seul être spirituel incarné
dans un seul corps physique. Et lorsque survient l'orgasme, c'est la même
expérience qui est vécue par deux consciences réunies qui
partagent le même corps, lui-même résultat de la fusion des
liquides des deux corps. Je dis bien le même orgasme et pas deux orgasmes
simultanés. Il ne s'agit pas de deux consciences qui vivent des expériences
semblables en même temps. Il s'agit de deux consciences en communication
directe qui partagent la même expérience.
J'ajouterai que dans
cette nouvelle sexualité, l'éjaculation devient totalement
secondaire. Elle n'est en fait nécessaire que pour la procréation.
J'ajouterai
aussi que lorsque la femme porte un enfant, ce ne sont plus deux mais trois
bulles d'eau qui fusionnent sur le plan physique, et trois consciences qui
participent à la même expérience ! Quelle merveilleuse façon
d'être accueilli sur Terre !
J'ajouterai encore que cette sexualité
n'est pas 'mécanique' : " Wham, bham, thank you m'am ", comme
disent les américains qui ont l'air d'en connaître un bout sur la
question ! Toute union est d'abord la rencontre de deux âmes. Et c'est à
partir de là et de là seulement que cur, corps, et esprit
peuvent entrer en résonance.
Tout ceci rend le terme 'sexualité'
complètement obsolète. La sexualité proprement dite est liée
à la différenciation sexuelle, à la procréation, et,
à un niveau plus profond, à l'ADN. Tandis que l'orgasme est une
expérience spirituelle qui renvoie directement au principe de création.
Plutôt que de sexualité ou d'union sexuelle, il me semble plus
approprié de parler de noces
cosmiques, ou d'union créatrice.
Dans ces conditions, il m'apparaît
tout à fait envisageable, et même souhaitable, que, chez l'HOMME,
union créatrice et union sexuelle deviennent totalement distincts. Avec
des corps différents, les noces cosmiques peuvent prendre toutes sortes
de formes. Etant donnée l'extrême sensibilité de l'eau, le
corps, lorsqu'il sera en état d'excitation, sera dans son entier aussi
sensible que peuvent l'être un pénis ou un clitoris excités.
Quant à ceux qui craindraient que cela vire à l'onanisme forcené,
je répondrai en prenant l'exemple des chatouilles. Chacun sait qu'il est
impossible de se chatouiller soi-même et que pour obtenir l'effet recherché,
il faut que ce soit quelqu'un d'autre qui les applique ! Les noces cosmiques
restent une expérience qui se pratique de prférence à
plusieurs.
Une dernière remarque. L'orgasme qui nous vient
aujourd'hui grâce à la sexualité (quand il vient !) n'est
qu'un avant-goût de ce que sera l'orgasme vécu par un couple dans
son 'corps eau androgyne'. Certes, c'est déjà une expérience
forte (c'est pourquoi on en redemande !) mais elle reste relativement indifférenciée.
Tandis que demain, ce sera en plus une expérience riche de nuances
parfaitement perceptibles, je serais presque tenté de dire une expérience
multimédia !, et aussi un formidable outil de création pour
projeter des intentions dans la réalité physique, voire dans
d'autres réalités
Tout d'abord je tiens à rappeler que " nous ne sommes pas sur
Terre pour faire des hommes mais pour faire l'Homme " (dialogues avec
l'ange). Ceci pour dire que le temps de la femme poule pondeuse est révolu,
de même que celui de l'homme qui batifole ici et là pour s'assurer à
n'importe quel prix une descendance.
Un enfant, c'est
d'abord la manifestation du désir d'une âme de s'incarner. Les géniteurs
(7) ne font pas un enfant pour eux-mêmes (d'ailleurs
ils ne font pas grand chose si l'on y réfléchit bien ; c'est leur
corps qui, indépendamment de leurs décisions conscientes, fait
l'essentiel du travail !). Ils le font parce qu'il y a un être qui demande
à s'incarner. Non pas une personne quelconque de plus, mais un individu
unique qui sait pourquoi il vient. Ils le font parce qu'ils se sentent aptes à
procurer à cet être une descente dans la matière la plus agréable
possible.
D'où l'importance d'un 'tantra de la grossesse et de la
naissance' qui fasse que tout ceci soit vécu comme une extase. Quand on
sait tout le caca qui est projeté sur l'enfant à travers des
grossesses non voulues, ou bien voulues pour de mauvaises raisons (raccommoder
un couple qui bat de l'aile, transmettre son nom, ou encore procurer un jouet
affectif à une femme en état de manque
), quand on sait tout
le caca qui est projeté à travers la douleur de l'enfantement (cf.
les observation de Grof par exemple), on imagine la légèreté
de l'être conçu, porté et mis au monde dans un orgasme !
J'ajouterai
que dans un tel contexte le problème du 'contrôle des naissances'
ne se pose plus du tout de la même manière. En fait les femmes ont
plus de pouvoir sur leur corps qu'elles ne croient, notamment pour le mettre
consciemment en état d'être fécondé. Remarquons que
chez de nombreuses espèces animales on observe un contrôle des
naissances très poussé en fonction de conditions futures anticipées
: régulation du nombre d'individus par portée ainsi que de la répartition
des sexes. C'est dire que ce type de contrôle sur le corps est possible.
Certaines femmes parviennent effectivement à contrôler leur fécondité
en jouant seulement avec leurs croyances à ce sujet et leur désir
d'enfant.
Il ne faut pas nier toutefois que la douleur de l'accouchement n'est pas
seulement un problème de préparation psychologique ou de position.
Actuellement, deux évolutions tendent à la renforcer : la
modification du bassin chez les femmes modernes d'une part, qui est un phénomène
que je dirai conjoncturelle, et d'autre part une durée de gestation qui
chez l'espèce humaine est très longue, ce qui fait que les
nouveau-nés atteignent de plus en plus souvent des tailles qui dépassent
les possibilités de déformation élastique des organes féminins.
D'où de nombreux déchirements, et, pour éviter ce risque,
la multiplication des césariennes.
Pour moi, s'il doit y avoir une évolution
dans ce domaine, c'est pour aller en sens inverse vers un raccourcissement de la
durée de la gestation. A ce propos, il est intéressant de dire
quelques mots des bébés-kangourous.
La technique a été
inventée par des médecins et sages-femmes colombiens, confrontés
au problème d'un pourcentage très élevé de naissance
prématurées (je ne sais quel est ce pourcentage de naissances prématurée,
ni quel degré de prématurité présentent ces
enfants.) et au manque de moyens pour les mettre tous en couveuse. Le principe
est très simple : dès que le bébé est sorti, il est
plaqué sur le ventre de sa mère dans une position confortable et
tenu en place par une large bande de tissu élastique. Il ne peut quitter
le ventre de sa mère que pour aller sur celui de son père ! Avec
en plus des massages, des chants, etc., les résultats sont
spectaculaires. Ces bébés sont en bien meilleur état que
ceux qui passent en couveuse (au point que des médecins occidentaux
envisagent sérieusement d'importer la technique).
L'intérêt
de cet exemple est de montrer qu'une naissance prématurée n'est
pas nécessairement un handicap dans un contexte de rejet de la médecine
occidentale et de refus de toute technologie lourde. Certes, les êtres qui
naissent prématurés sont plus fragiles, mais ce n'est pas forcément
grave lorsque la 'lutte pour la survie' n'est plus considérée
comme un facteur déterminant de l'évolution humaine. Je n'ai pas
idée de ce que serait un degré optimum de prématurité.
En tout cas c'est une évolution de l'espèce tout à fait
souhaitable si l'on songe aux énormes avantages que cela apporte :
-
une naissance plus facile pour l'enfant ;
- un accouchement plus facile
pour la mère, ce qui veut dire pas de douleurs, plus de désordres
importants voire irréversibles dans les organes reproducteurs ou sexuels,
la possibilité de reprendre plus vite une vie 'normale', y compris bien sûr
sexuelle ;
- une relation intime qui se tisse en toute conscience entre la
mère, le père, et l'enfant ; en étant lui-même
kangourou, le père participe à sa manière à la
grossesse, qui cesse ainsi d'être une expérience exclusivement féminine,
ce qui va dans le sens de l'androgynie.
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1. J'en profite pour lever une confusion que beaucoup de
gens font entre 'pensée positive' et 'pensée créatrice'. La
pensée positive, c'est un outil de psychologie. En cela réside ses
limites. Car se dire le matin devant la glace " je suis en bonne santé
" quand on est malade ne va certainement pas provoquer la guérison.
Avant de guérir, il est indispensable de prendre conscience de
ce-qui-est, de notre état de malade. A partir de là, on peut
remonter aux croyances qui nous ont mis dans cet état, et les changer.
Tandis que si on refuse de les voir, on ne guérira pas, ou bien on
troquera une maladie pour une autre.
La pensée créatrice est
quant à elle une métaphysique. Elle ne dit pas seulement que notre
vécu subjectif est le résultat de nos pensées. Elle affirme
que tout-ce-qui-est est pensée, y compris la matière, l'espace, le
temps. La réalité est tissée par nos croyances.
2. Le phénomène est peut-être lié à la capacité d'activer des transmutations biologiques à énergie faible ?
3. Il me plaît toujours de rappeler l'étymologie de ce mot : trepalium, instrument de torture.
4. J'oppose la communication indirecte, qui est notre mode de communication habituel et qui passe par l'intermédiaire de signes, à la communication directe, dont la forme la plus commune est la télépathie, où l'information passe directement d'une conscience à une autre ; en fait je crois que le terme de communication est aussi inapproprié que celui de télépathie car, selon moi, rien n'est communiqué, rien n'est transmis ; j'imagine plutôt un processus de rapprochement de deux consciences, de fusion même qui les conduit à vivre la même expérience (c'est-à-dire non pas regarder une expérience selon deux points de vue, mais devenir une seule qui participe à la même expérience), après quoi les deux consciences se séparent et chacune revient riche de ce qu'elle a vécu avec l'autre ; en d'autres termes, l'un devient l'autre puis redevient lui-même.
5. Pour moi les coévolutions, par exemple entre fleurs et insectes, rentrent dans cette catégorie de communication directe entre espèces différentes.
6. Les forces qui s'exercent entre elles, comme la gravitation ou la force électromagnétique, ne sont-elles pas une forme de communication directe ? cf. aussi l'histoire des particules inséparables
7. Bien qu'il ne soit pas très joli, j'emploie ce terme pour distinguer cette fonction de reproduction de la fonction éducative, que l'on englobe aujourd'hui sous le même vocable de parents. J'en reparlerai lorsque j'aborderai dans une autre note la question des rapports parents-enfants