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Avertissement
Ce
document a été rédigé en novembre 2000 sur la base
d'une première version datant d'avril. C'est une note préparatoire
au livre destiné à préciser
mon projet de laboratoire de création et
d'expérimentation de futurs possibles. C'est donc une note de travail
qui montre le cheminement de ma recherche et qui n'est évidemment pas
aussi aboutie que le livre lui-même. Chemin faisant, mes idées se
sont notablement enrichies et précisées, et je suis parvenu à
les exposer de manière plus simple et plus claire. Mais la vision qui
sous-tend ma démarche et les idées directrices majeures sont déjà
présentes. Je vous livre cela "brut de fonderie", avec toutes
les imperfections d'un travail en cours, en vous souhaitant d'y trouver de quoi
nourrir vos rêves du futur...
D'autre part, j'adopte la
convention suivante :
- le terme 'homme' en minuscules et italique
désigne l'espèce humaine actuelle ;
- le terme 'HOMME'
en majuscules et italique désigne l'homme métamorphosé
;
- les termes 'homme' et 'femme' en minuscules désignent
respectivement les représentants mâles et femelle de l'espèce
humaine actuelle ;
- les termes 'HOMME' et 'FEMME' en majuscules désignent
respectivement les représentants mâles et femelle de la nouvelle
espèce.
Tout ça n'est pas parfait, mais ça a le mérite
d'être assez simple et facile à retenir. Il sera toujours temps de
remplacer ces mots lorsque le besoin s'en fera sentir...
L'alimentation est depuis longtemps un point de focalisation de problèmes
en touts genres, tant individuels que collectifs, au point qu'aujourd'hui la
planète entière est touchée :
- relations dégradées
avec la Terre en général, le Végétal et l'Animal en
particulier : herbicides, pesticides, pollutions, destruction des sols arables,
surirrigation, écobuage, déforestation, surpâturage,
surexploitation des ressources marines, braconnage, usines à viande,
usines à lait, usines à ufs, manipulations génétiques
-
problèmes politico-économiques : déséquilibres
entre pays riches et pays pauvres, et, à l'intérieur même
des pays, entre grands propriétaires et petits paysans ou paysans sans
terres ; famines et disettes provoquées et entretenues par des états
de guerre ou des politiques de développement inadéquates
-
problèmes sanitaires : alimentation de mauvaise qualité et régimes
inappropriés entraînant maladies et problèmes de santé
divers, autant chez ceux qui ont trop à manger que chez ceux qui n'ont
pas assez
- problèmes de psychologie collective : peur
ancestrale de manquer, superstitions et interdits religieux, vieilles inimitiés
claniques et tribales sur fond souvent de mentalités irréconciliables
entre pasteurs nomades et agriculteurs sédentaires
- problèmes
de psychologie individuelle : mauvaises relations avec soi-même (boulimie,
anorexie, alcoolisme
), mauvaises relations parents/enfants (" mange
ta soupe sinon
", " si t'es sage on ira chez MacDo "
),
etc.
Bref, l'alimentation est aujourd'hui un révélateur
impitoyable de ce que nous sommes, des peurs que nous entretenons, de la
mauvaise qualité des relations que nous avons avec tout-ce-qui-vit, y
compris nous-mêmes.
Face à ce constat peu réjouissant, la plupart des alternatives
élaborées dans et pour les pays développés, les
autres n'ayant pas ce souci, ne me paraissent guère satisfaisantes :
Le
couple végétarisme/agriculture biologique, porté par la
vague de scandales qui affecte la filière agro-industrielle classique,
est loin d'avoir fait ses preuves à grande échelle et sur le long
terme. D'une part, cette nouvelle filière est déjà entachée
de quelques scandales, et il est fort à parier qu'il y en aura de plus en
plus à mesure que des opportunistes se tourneront vers ce juteux marché.
D'autre part, rien n'étaye les prétentions de ces régimes à
garantir une meilleure santé sur le long terme, c'est-à-dire sur
toute une vie. Pour moi, ce système ne fait que prolonger l'actuel en un
peu moins mauvais. C'est tout au plus une rustine sur un monde en décomposition,
qui a certes son utilité, mais qui ne saurait être considérée
comme une voie d'avenir.
Quant aux pratiques plus extrémistes telles
que la macrobiotique (régime d'origine japonaise fondé sur la
'loi' de l'équilibre dynamique du yin et du yang, et qui a connu un
certain succès il y a quelques années avec la mode des
philosophies extrêmes orientales, notamment du zen), le végétalisme
(variante du végétarisme qui n'accepte que les produits d'origine
végétale et exclut tous les produits animaux, non seulement la
viande, mais aussi le lait, les ufs, le miel, etc.), le frugivorisme (régime
fondé uniquement sur des fruits, à l'image de certains de nos
cousins simiesques), l'instinctothérapie (régime où, comme
dans le monde animal, les aliments sont choisis à l'instinct, ceux-ci
devant être non dénaturés par quelque procédé
que ce soit, et donc en particulier restés crus), le régime paléolithique
(régime supposé de nos ancêtres du paléolithique
comprenant près de 50% de produits animaux), et beaucoup d'autres qui
portent souvent le nom de leur gourou-fondateur, elles sont encore moins crédibles
sur le plan collectif, tout en étant très difficiles à
suivre sur le plan individuel.
Mais laissons là la critique, et essayons d'être plus
constructifs.
Alors que faire ? Commencer par comprendre qu'il ne s'agit pas
d'un problème technique auquel il faut trouver des solutions techniques.
A voir la diversité des régimes alimentaires tout autour de la
Terre et tout au long de l'histoire, il semble que l'homme soit capable
de s'accommoder d'à peu près tout et n'importe quoi ! Certes, pas
toujours pour son plus grand bien ni celui de la planète. Mais le fait
est là : il a survécu, et même plutôt mieux que la
plupart des autres espèces à voir sa prolifération et tous
les bouleversements planétaires qui s'ensuivent.
Le fond du problème
ne consiste donc pas à décréter que certains aliments sont
bons et d'autres mauvais, que certaines pratiques agricoles sont bonnes et
d'autres mauvaises. D'autant que les critères servant à édicter
ces décrets sont éminemment variables. La biologie et la médecine
sont loin d'être des sciences exactes. Alors quand s'y ajoutent des
croyances religieuses moisies, des superstitions en tous genres, des intérêts
politico-économiques, voire des conditions de vie tellement abjectes que
plus rien d'autre ne compte que SA propre survie et celle de SA famille, vous
pouvez être sûr que le résultat n'a plus aucune valeur.
Pour
moi, il est clair que le fond du problème est celui du sens. Du 'bon'
sens, mais 'bon' non pas en tant que vérité scientifique
provisoire ni dogme religieux absolu, 'bon' simplement par rapport au degré
de compréhension et aux aspirations d'un individu ou d'un groupe à
un moment donné.
A partir de là, je puis poser clairement que
je ne me situe pas dans la perspective : " je suis ce que je mange ".
Je ne me situe pas non plus dans la perspective : " l'alimentation est mon
médicament ". Même si bien sûr je n'exclus pas que les
aliments soient aussi cela. Seulement, ils le sont comme une conséquence
d'attitudes plus profondes, et pas comme des propriétés intrinsèques.
Je
ne fais pas de l'alimentation un facteur d'identification sociale. Autant j'aime
la cuisine de mes ancêtres arméniens, comme le sou-beurek et le
manti que ma chère mère a perfectionnés à un point
difficile à surpasser, autant je n'en fais pas un acte de revendication
politique et territoriale. D'ailleurs je me garde bien d'apprendre à les
confectionner !
Je ne me préoccupe pas non plus de savoir quel était
le régime de l'homme primitif, croyant que retrouver un tel régime
auquel nous serions naturellement 'adaptés' du point de vue évolutif
suffira à nous garantir santé et bien-être.
Je me situe
dans la perspective : " je suis ce que je pense, je mange comme je suis, et
ce que je mange devient ce que je suis ". Ce sont les croyances que nous
entretenons à propos de nous-mêmes, de notre corps, de nos
relations avec l'univers, qui façonnent notre expérience de la réalité
physique. Et, tel un jeu de miroir, ces expériences nous révèlent.
Je
me situe dans la perspective où nous nous incarnons en hommes pour découvrir
qui nous sommes, des consciences créatrices inépuisables et éternelles,
et aspirer alors à le vivre pleinement, devenir donc des HOMMES,
joueurs de la création qui jouent en toute conscience avec leur fabuleux
pouvoir créateur.
Donc à travers ce que nous mangeons, nous nous révélons à nous-mêmes. Nous découvrons l'image du corps que nos entretenons, nous découvrons certaines de nos peurs, nous découvrons la nature et la qualité des relations que nous avons avec la Terre et tout-ce-qui-vit. Et puis, au-delà des couches superficielles de notre individualité, nous découvrons ce que la conscience collective des hommes projette depuis des millénaires, comme la haine du corps, ou dans le meilleur des cas l'ambivalence à son égard, la peur de manquer de nourriture, la prédation, l'avidité, la méchanceté, l'insensibilité, etc. Alors nous pouvons préciser nos intentions quant à ce que nous souhaitons ne plus être et ce que nous souhaitons être, pour ma part aspirer à devenir chrysalide dans son cocon qui s'apprête à muter.
Je signale en passant l'importance vitale de se nourrir de pensées appropriées avant toute autre chose. L'on ne saurait entreprendre un tel voyage si l'on baigne dans une ambiance trop éloignée de ces aspirations. Se lever chaque matin en se demandant si nos pensées créent bien le monde, si l'on est vraiment une conscience créatrice, un joueur de la création, si c'est aussi intéressant que cela de faire l'HOMME, et si l'on n'aurait pas plutôt intérêt à faire des sous pour préparer sa retraite, voilà qui n'est pas très favorable à la création et à l'incarnation d'un nouveau Rêve ! C'est tout l'enjeu de se retrouver entre individus qui partagent la même vision. J'y reviendrai.
Selon le tempérament plus ou moins aventureux de chacun, selon le
degré d'implication plus ou moins fort dans ce domaine particulier de
recherche qu'est l'alimentation (même s'il est important de toucher un peu
à tout pour comprendre que tout se tient, on a chacun ses domaines de prédilection,
les relations homme/femme pour certains par exemple, ou bien les relations avec
Gaïa
), les expériences pourront aller très loin ou bien
rester à un niveau plus superficiel. Il n'y a pas à porter de
jugement ; il n'y aura pas d'examen ni de notes à la fin ! Chacun est son
propre maître et sait ce qu'il a à faire ; chacun par ses expériences
apporte sa pierre à l'édifice.
Certains par exemple pourront
se sentir poussés à essayer de vivre uniquement d'air et d'eau. Il
ne s'agit pas de vouloir 'réussir' à tout prix, au risque de
transformer le jeu en ascèse morbide. L'expérience peut ne durer
que quelques semaines et être considérée comme un succès
si l'on est satisfait, authentiquement satisfait, de ce qui a été
vécu et appris.
Dans tous les cas, l'important est de se lancer avec
de bonnes raisons, c'est-à-dire avec l'envie d'explorer ici et maintenant
ses potentiels, le regard tourné vers l'avenir, dans l'accueil et le
respect de toute vie, et en cultivant la joie. Car c'est bien connu, la bonne
humeur aide à tout digérer, y compris les soucis ! Tandis que de
mauvaises raisons de se lancer dans de telles expériences sont : être
en réaction aux travers du monde, chercher la performance et la
reconnaissance, chercher des réponses toutes faites auprès de maîtres
à penser, ou encore fuir ses problèmes et ses responsabilités
Je qualifie ces raisons de 'mauvaises' parce qu'il est fort probable qu'elles
conduisent droit vers ce que l'on s'efforce de fuir et d'éviter. Le choc
risque de faire mal, très mal : on peut y perdre sa liberté, sa
santé, voire la vie.
Sur ce chemin, de nombreux aventuriers ont déjà placé
des balises. Depuis des décennies, les pratiques alimentaires
alternatives se multiplient un peu partout. J'en ai déjà citées
quelques unes. J'ajouterai la découverte ou la redécouverte des
graines germées, de la spiruline, l'invention de nouveaux modes de
cuisson ainsi que de divers procédés de 'vitalisation' des
aliments, et beaucoup d'autres choses encore.
Evidemment, si l'on regarde
tout cela d'assez près, on a l'impression d'assister au triomphe de la
confusion :
- toutes ces pratiques se contredisent les unes les autres :
certaines disent qu'il faut manger cru, d'autres cuit ; certaines disent qu'il
faut suivre un régime strict, d'autres qu'il faut se laisser aller à
ses envies ; certaines disent qu'ils ne faut pas consommer de produits animaux
tandis que d'autres le recommandent
- leurs fondements sont des plus
fragiles, souvent plus empreints de légendes que de faits avérés
: on raconte qu'il faut suivre son instinct parce que tous les animaux
fonctionnent ainsi, mais est-il légitime de nous comparer en la matière
aux animaux ? on prétend justifier le frugivorisme en affirmant que nos
ancêtre ne mangeaient que des fruits, mais que sait-on vraiment de ces
lointains ancêtres ?
;
- les effets de ces régimes ne
sont pas toujours ceux annoncés : beaucoup de pratiquants tombent
malades, y compris les gourous fondateurs de ces mouvements, même s'il y a
toujours quelques exemples spectaculaires de réussites qui sont
avantageusement mis en avant à titre publicitaire.
N'empêche,
je trouve que vues dans leur ensemble, ces démarches sont des plus intéressantes.
D'une part, elles témoignent de cet infatigable esprit de recherche et
d'expérimentation qui fait la grandeur de l'homme. Cette fois, ce
ne sont pas à des montagnes inaccessibles, des océans insondables
ni à des espaces interplanétaires qu'il s'attaque. C'est à
lui-même ! Et c'est là qu'il y a le plus d'interdits et autres
limites socioculturelles qui pèsent et entravent la démarche. Tout
ce qui permet de saboter des croyances limitantes est pour moi digne de considération.
D'autre
part, on voit vraiment émerger de cette multitude de régimes
nouveaux, ainsi que des régimes traditionnels de plus en plus étudiés
eux aussi, qu'au fond, notre rapport à la nourriture est essentiellement
une affaire de croyances. C'est donc en toute conscience que je place ma démarche
sur ce terrain. Je ne cherche pas La Vérité dans l'alimentation vu
qu'il n'y en a pas, car quasiment tout est possible, depuis se nourrir de rien
jusqu'à se nourrir exclusivement de viande, ou bien d'aliments
industriels, ou de n'importe quoi d'autre. Je cherche juste à établir
une cohérence entre une nouvelle vision du monde, une aspiration, le
monde tel qu'il apparaît, et ce que nous mangeons. C'est pourquoi avant de
parler des nourritures du corps, il me semble essentiel de dire quelques mots
des nourritures de l'esprit.
Lorsqu'on entend le mot nourriture, on pense automatiquement à des
substances matérielles que le corps s'approprie pour maintenir son
existence. C'est effectivement un aspect essentiel de notre incarnation, qui
renvoie à la façon dont nous nous relions à
tout-ce-qui-vit, physiquement, et aussi informationnellement comme je le
montrerai plus loin.
Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il existe d'autres
sortes de nourritures, en particulier des nourriture de l'esprit. Etant entendu
que je ne charge ce mot d'aucune connotation ésotérique, spirite
ou religieuse. Par esprit, je désigne simplement la dimension non matérielle
d'où émane notre univers physique, comme je le montre dans
l'esprit dans la matière,
nos pensées créent le
monde, et divers essais consultables sur la partie métaphysique et épistémologie
de mon site. Comme justement 'nos pensée
créent le monde', se nourrir de pensées appropriées est
capital. L'anecdote suivante l'illustre bien.
Pendant près de cinq ans, à partir du moment où nous
avons commencé notre collaboration Martine et moi jusqu'à mon départ
de Neuville-aux-Bois pour retourner travailler à Paris, nous avons baigné
continuellement dans une nouvelle vision du monde, celle de nos pensées
créent le monde et du jeu de la création. Notre quotidien était
plein de rencontres étonnantes, de synchronicités, d'événements
bizarres qui nous paraissaient tout naturels tant nous étions imprégnés
de cette vision. Tous ces événements, rencontres, lectures,
conversations, etc. nous confortaient dans notre conviction et nous faisaient
paraître dépassée voire étrangère la vision
dominante du moment, celle du matérialisme scientifique, économique
et social.
Du jour au lendemain, j'ai quitté ce monde magique (qui n'était
pas pour autant dénué de problèmes et de désagréments,
mais c'était 'mon monde' !) et je me suis retrouvé plongé
dans le 'vieux monde'. Même si j'avais les compétences, même
si j'étais entouré de quelques personnes très sympathiques
pour qui j'avais et j'ai encore beaucoup d'affection, ce travail n'était
pas vraiment fait pour moi. Et la vie parisienne, j'y avais déjà vécu
15 ans, n'était plus faite pour moi non plus. Alors pour tenir, j'ai cessé
de m'alimenter de toutes ces idées nouvelles qui avaient constitué
ma nourriture quotidienne pendant des années. Ma nature étant ce
qu'elle est, entière et profondément hors normes, je sais que si
j'avais gardé un pied dans 'mon monde', j'aurai été vite
tenté de tout envoyer promener, l'informatique, le travail et Paris.
Je
précise que pour diverses raisons j'ai choisi de m'imposer cette
contrainte. En particulier, je voulais me prouver, ainsi qu'à quelques
personnes de mon entourage, que j'étais capable de vivre une vie
'normale'. Examen réussi, mais non sans mal je l'avoue. J'ai pu tenir 18
mois en n'absorbant plus que des pensées émanant d'une vision du
monde que je ne partageais plus depuis longtemps : nouvelles technologies de
l'information, vie des entreprises, monde des affaires, etc. D'où un
renversement total puisque c'était désormais la vision ancienne,
celle du consensus dans lequel j'étais à présent immergé,
qui me paraissait 'naturelle', et la vision nouvelle, que pourtant j'avais
contribué à forger et que j'avais expérimentée
abondamment, qui m'était devenue étrangère ! Ainsi, pour
prendre un seul exemple de ce renversement, les synchronicités était
devenues tellement rares et insignifiantes dans ma vie, alors qu'elles étaient
auparavant mon quotidien, que j'en arrivais même à douter que 'nos
pensées créent le monde' ! Martine, à juste raison,
trouvait que j'avais 'trahi le Plan', pour reprendre ses mots, ou plus prosaïquement,
quand elle se laissait aller, que j'étais carrément devenu idiot !
C'était d'ailleurs l'opinion que j'avais de moi-même. Un vrai zombi
errant dans une sombre nuit, l'ombre de l'ombre du vrai Vahé que je
doutais même de revoir un jour !
Il est important de réaliser
que les nourritures de l'esprit ont une incidence très concrète
sur notre corps, qui, je le rappelle, est notre miroir le plus intime. Dans mon
cas, à force d'alimenter mon esprit avec des nourritures qui ne lui
convenaient pas, mon corps a fini par exprimer très clairement que
quelque chose n'allait pas. Cela a pris la forme d'une fatigue énorme et
persistante, que les week-end à la campagne ne parvenaient pas à
effacer. En plus, il m'est arrivé plusieurs fois d'attraper mal au dos,
sans raison apparente, sinon que j'en avais 'plein le dos' ! Parfois, je me
sentais tellement épuisé que je devenais totalement inaccessible à
l'amour de mon amie Laurence ! Dur, très dur, autant pour moi que pour
elle !
Les signes étant clairs, j'ai décider de quitter ce
monde qui n'était pas le mien. Terminé métro-boulot-dodo,
et, quelques mois après, exit Paris. Je suis retourné vivre à
la campagne avec mes amis. Et là, oh miracle !, la fatigue a disparu,
l'inspiration est revenue, et j'ai enfin pu reprendre mes recherches dont ce
livre est l'aboutissement. Ouf, Martine et moi étions rassurés, le
vrai Vahé n'était pas mort, juste endormi ! Mais je suis persuadé
qu'il serait mort si l'expérience s'était prolongée un peu
plus que nécessaire
Lorsque nous nourrissons notre esprit de significations (lesquelles, soit
dit en passant, peuvent prendre des formes variées : verbales, musicales,
visuelles, etc.), nous influons très profondément sur l'état
de notre corps. C'est en cela que les nourritures spirituelles sont aussi des
nourritures corporelles, car ce qui arrive dans le corps, bien-être autant
que mal-être, n'est que la forme matérialisée de ce que nous
avons dans l'esprit. Donc avant de nous préoccuper de ce qui va remplir
notre estomac, nous devrions être très vigilants sur ce dont nous
remplissons notre tête.
A ce propos, j'ai observé chez nombre
de personnes préoccupées d'alimentation biologique ou de diététique
le travers suivant. Elles ne se sentent en général pas très
bien, et elles croient qu'à travers l'alimentation elles vont parvenir à
trouver le bien-être. Alors elles lisent beaucoup de livres, d'articles,
visitent des praticiens, assistent à des conférences qui décrivent
des liens quasi mécaniques censés exister entre mauvaise
alimentation et maladies, et les vertus miraculeuses de certains aliments,
investis de la sorte du pouvoir exorbitant de guérir quasiment tout !
Convaincues, elles passent à la pratique et commencent à
surveiller étroitement tout ce qu'elles avalent ainsi que leur état
physique : " en prenant ceci au petit déjeuner je serai en forme
toute la journée, et en mangeant cela je donnerai un coup de fouet à
ma vie sexuelle, et en buvant ceci je diminuerai mon stress et je dormirai
mieux... " Résultat ? Il est rare que leur état s'améliore
vraiment, sinon de manière très passagère, quand il ne se dégrade
pas davantage. La raison principale en est qu'elles ont oublié que
l'essentiel se passe au niveau de l'esprit. Or tout ce qu'elles ont absorbé
dans ce domaine avait rapport avec des états morbides. Carences, déficiences,
déséquilibres, perturbations, voilà ce qui remplit leur tête.
L'éradication du mal-être devient prépondérante sur
la recherche du bien-être. Quête sans fin vu qu'à se regarder
continuellement à la loupe, il y a toujours de nouvelles carences, déficiences,
déséquilibres, et autres perturbations à trouver. Bref, à
trop vouloir se débarrasser du mal-être, on se concentre tellement
dessus, qu'on le nourrit et le fait persister !
Si l'on ne se sent pas bien,
aucune molécule ne pourra jamais combler le décalage entre ce
qu'on vit et ce qu'on est. Sinon en provoquant une anesthésie générale,
ce qui explique en partie le succès et l'emprise des drogues de toutes
sortes : " je bois ; je bois pour oublier ; pour oublier quoi ? j'ai oublié
! ". Ce n'est malheureusement pas de l'humour, c'est un vrai cri de détresse.
Multiplié par des millions et des millions depuis des siècles,
vous imaginez toute la force du poison qui imprègne la conscience
collective ; vous imaginez aussi la difficulté à s'en débarrasser.
Je dis bravo à ceux et celles qui uvrent à cela. Qu'ils
prennent bien conscience que ce qu'ils font pour eux-mêmes, il le font du
même coup au bénéfice de tous, et que cela leur donne un
regain de courage.
Le monde moderne fournit quantité d'autres exemples de nourritures
spirituelles empoisonnées qui contribuent à entretenir un mal-être
généralisé.
Voyez les personnes âgées en
Occident, qui se nourrissent presque exclusivement d'informations sur la
vieillesse, la dégénérescence, la maladie ; voyez ce
qu'elles lisent, ce qu'elles regardent à la télé, et
surtout ce dont elles parlent entre elles : de leurs maladies, de leurs médecins,
et encore de leurs maladies, et aussi de leurs médecins ! Cela renforce
leurs croyances en leur impuissance, et finit par leur faire paraître tout
à fait naturelle la dégradation physique et mentale. Et même
ce qui est présenté comme positif, je pense par exemple au Viagra
censé redonner un coup de fouet à la vie sexuelle, ne contribue en
fait qu'à révéler en négatif ce qui ne va pas, en
l'occurrence l'impotence sexuelle. Evidemment le processus est réversible
comme le montrent, entre autres, les travaux de Chopra (notamment dans un
corps sans âge un esprit immortel, Interéditions). Vieillir
n'est pas inéluctable, à condition de renverser la perspective, de
cultiver une nouvelle vision de la vie au lieu de cultiver la maladie.
Idem
avec la médecine préventive, une bonne idée en apparence
mais très mauvaise dans ses conséquences car cela conduit les gens
à fixer leur attention sur les maladies, ce qui contribue à les créer
: " il ne faut pas manger ceci parce que c'est cancérigène,
et il ne faut pas respirer cela parce que ça donne des allergies, et
qu'est-ce que c'est que ce point rouge ici ?, et il faut se faire vacciner parce
que sinon
" Où est la vie ? Où est la joie qui donne la
santé ? Bref, on entretient la peur, qui est à l'origine de bien
plus de maladies que tous les microbes de la planète réunis. Je
suis persuadé qu'à un niveau profond, nous sommes tous des
hypocondriaques qui nous fabriquons nos maladies !
Même chose encore
avec la violence qui déborde de partout, dans les films, les livres, les
journaux, les reportages télévisés, le sport, etc. Cela
contribue à entretenir un climat malsain auquel on finit malheureusement
par s'habituer : violence à l'école, violence dans les couples
(verbale et au-delà), violence au volant, violence dans les stades, etc.
Cela contribue encore à alimenter la peur dont se délectent
beaucoup d'hommes ainsi que tous les petits dieux.
Il est intéressant
de remarquer que nos sociétés jugent parfaitement convenable de
'nourrir' la population, enfants compris, avec des images de violence. Presque
plus personne ne s'offusque que l'on montre à la télévision,
à des heures de grande écoute, des scènes de combats réels,
et même de vrais cadavres en gros plan criblés de balles. Même
si cela représente un tout petit progrès par rapport au fait
d'aller en famille assister à des exécutions publiques ou des jeux
cruels, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux pour élever l'esprit. Il
serait par contre tout à fait inconvenant, et même carrément
inconcevable pour la plupart, que l'on montre en ouverture du journal télévisé
une femme en train de jouir ! Je dis bien une femme, car c'est encore plus
choquant et inacceptable dans un monde qui cultive les valeurs masculines, plus
précisément des valeurs masculines mal comprises avec atrophies de
certaines facettes et hypertrophies d'autres facettes. Je ne parle pas d'une
actrice qui jouerait un rôle. Je ne parle pas non plus d'exhibitionnisme
ni de voyeurisme, devenus si courant sur internet. Je parle juste d'un gros plan
sur le visage de madame-tout-le-monde, filmée en toute simplicité
en train de se donner du plaisir pour envoyer au monde une image de bonheur au
lieu d'une image de haine et de violence !
Je le répète, se polariser sur la qualité de son
alimentation n'est qu'une manière de plus de partager et de propager une
vision mécaniste de la vie. Ainsi nous ne serions rien d'autre qu'un
paquet de molécules agencées par des gènes, et toute
pathologie serait la faute à 'pas-de-chance' censée relever d'un
traitement par des molécules ?
Inévitable prolongement de
cette conception, l'idée selon laquelle " nous sommes ce que nous
mangeons ". Cela revient à croire que nous sommes à la merci
de conditions sur lesquelles nous n'avons pas prise. L'alimentation devient un
champ de batailles, où tout ce que nous rencontrons en fait, ce sont nos
peurs.
Mais nous sommes avant tout ce que nous pensons, pas ce que nous
mangeons. L'image, consciente et inconsciente, que nous avons de notre corps, de
sa santé, de ses maladies, nos états d'âme et nos émotions,
déterminent en grande partie comment les aliments sont utilisés,
comment notre chimie interne va, par exemple, métaboliser les graisses.
Le corps peut certes avoir besoin de certaines substances nutritives. Mais au
sein d'un cadre général, aux limites d'ailleurs assez floues, il y
a une énorme marge de manuvre. L'organisme a une capacité
extraordinaire à trouver des substituts. Le meilleur régime du
monde ne vous donnera pas la santé si vous cultivez des croyances en la
maladie. Tandis que des croyances en la santé peuvent vous aider à
utiliser un régime déficient avec une efficacité inouïe.
Cela
me fait penser à cette histoire de la " longue marche ", racontée
à Alain Guillo par Jonas Sawimbi, le chef de la guérilla angolaise
: " Talonnés par les troupes gouvernementales et les commandos
cubains, les débris de son armée fuyaient dans la forêt,
sans équipement et sans vivres. La faim au ventre, à bout de
forces, les hommes tombaient, et seule la perspective des machettes des
poursuivants leur permettait de tituber encore quelques mètres. La partie
était perdue. Alors des anciens se réunirent. Ensemble, ils annoncèrent
solennellement que les feuilles d'un arbre, d'une espèce assez commune,
pouvaient les sauver tous. Il suffisait d'en mâcher une feuille de temps
en temps pour récupérer de l'énergie. Une seule, trois à
quatre fois par jour. Ce que tout le monde fit. Ainsi toute la troupe parvint à
parcourir les quatre cent kilomètres qui la séparaient du camp de
base. Les poursuivants lâchèrent prise. " Pourtant, dit
Sawimbi, ces feuilles n'avaient aucune vertu particulière. Au camp de
base, on a essayé d'en manger, elles ne sont pas comestibles. " En
tout cas, les hommes y avaient cru suffisamment pour survivre. "
(communication personnelle)
Essayez, vous, de faire 400 km en mâchouillant
juste quelques feuilles même pas comestibles ! Il est probable que votre
conviction ne sera pas assez forte pour vous permettre d'aller au bout. Eux y
ont cru. C'est dire que la véritable puissance est celle de l'esprit.
C'est lui qui tient le corps, ou le fait lâcher.
Au bout du compte, il apparaît que se concentrer sur les bienfaits ou
la nocivité de telle ou telle nourriture matérielle est une
question secondaire. Non pas inintéressante ni inutile, juste secondaire.
Car je ne nie pas qu'au stade où nous en sommes pour la plupart, avaler à
la place de myrtilles un plein bol de belladone, même avec un peu de sucre
et de crème, ne nous fera pas grand bien ! Mais, comme dans l'histoire de
la " longue marche ", ce n'est probablement qu'une affaire de
conviction. Avec la multiplication d'expériences de ce genre, nous
finirons bien par accepter qu'au fond, il n'y a pas d'aliments intrinsèquement
bons ou mauvais. En revanche, tous nos états d'être contribuent à
transformer ce qu'ils touchent, dans un sens ou dans l'autre : la peur charge
tous les aliments de poison, tandis que l'Amour, et ses corollaires la Beauté
et la Joie, révèle le sublime en chaque chose.
Nous l'avons
oublié mais nous sommes CELA : des dieux en devenir qui ne pouvons
grandir qu'en absorbant et redonnant cette sublime nourriture que nous savons
tous fabriquer, l'Amour. Mais du fond de notre ignorance, nous sécrétons
des nourritures plus viles qui ont pour noms peur, haine, souffrance, etc.
Quelques uns s'en délectent, mais la majorité, comme droguée,
se retrouve prisonnière de mondes infernaux. Donc avant de poser des règles
quant à ce qu'il convient de manger ou non, et comment, il faut commencer
par regarder les pensées que nous absorbons et celles que nous envoyons
aux autres. Sinon nous aurons beau manger les nourritures les plus naturelles et
les plus saines qui se puissent concevoir, nous persisterons dans notre mal-être,
et nous projetterons notre caca sur le monde, au sens propre comme au sens figuré.
Songez aussi que ce caca n'est pas un simple déchet : c'est une
nourriture pour d'innombrables êtres vivants qui s'en délectent,
insectes, bactéries, champignons, qui mangés par d'autres, et mangés
encore par d'autres, finit par revenir dans nos assiettes, et de là passe
dans notre bouche et notre estomac ! Miracle de la nature !
Observez une eau qui coule, une rivière, un torrent, un caniveau
voire simplement un robinet. Sauf si l'écoulement est particulièrement
turbulent, vous devriez voir des formes relativement stables, c'est-à-dire
qui durent plusieurs secondes voire plusieurs minutes, telles que tourbillons,
vagues, ondulations, creux et bosses, etc. L'intéressant est que ces
formes n'existent que dans la dynamique qui les recrée en permanence.
Elles sont sans cesse traversées par un flux de matière, ici de
l'eau, et c'est la manière dont ce flux les traverse qui les rend
apparentes.
Considérez à présent un corps vivant, votre
propre corps par exemple. Selon la manière habituelle de le voir, il
n'est pas très différent d'un objet inerte, comme une table, un
vase ou un caillou, en cela qu'il semble façonné dans la matière,
'pétri dans l'argile' pour reprendre une vieille expression commune à
maintes traditions.
Point de vu très limité pourtant si l'on
songe que ce corps n'est pas un simple bout d'espace isolé dans l'instant
présent, mais que son existence s'étire dans la durée. Si
vous perceviez une année comme valant une seule seconde, comme dans un
film très accéléré, vous réaliseriez qu'il
est une recréation continue, à l'instar d'un tourbillon ou d'une
vague stabilisé dans un courant d'eau. Autrement dit, vu à une
autre échelle de temps que notre temps ordinaire, le corps paraît
tenir beaucoup plus des formes issues dynamiquement d'écoulements fluides
que des formes figées dans la matière. Pour preuve, tout au long
de ses 60 ou 80 ans d'existence, ce sont près de 50 tonnes de matières
solides et liquides (sans compter l'air que nous respirons), soit près de
800 fois son poids !, qui le 'traversent' et le reconstruisent sans cesse,
tandis que dans sa forme et ses dimensions il change assez peu, du moins une
fois passée l'adolescence. Certaines cellules sont entièrement
renouvelées en quelques heures, comme celles qui tapissent l'estomac,
d'autres en quelques jours, d'autres encore en quelques mois, jusqu'aux parties
les plus solides, les os, dont le calcium est continuellement dissout et redéposé.
Au bout du compte, un corps humain se reconstruit entièrement tous les 7
ans environ.
C'est une autre façon de prendre conscience de sa
fluidité, de sa malléabilité. Nous ne sommes pas
prisonniers d'une enveloppe charnelle donnée une fois pour toutes. Nous
disposons d'une certaine latitude pour le faire évoluer, et ce pas
seulement en nous faisant des maladies ou des muscles de sportifs aux hormones !
En
résumé, la forme d'un corps vivant n'est pas tant un bout d'espace
rempli de matière que la résultante de flux de matières
solides, liquides, et gazeuses qui le traversent continuellement. Pour être
même plus précis, je dirai que la forme, qui préexiste à
sa matérialisation, ordonne le flux de matières, l'informe, pour
devenir apparente dans la réalité physique.
Cette façon de voir donne un sens nouveau à l'acte de se nourrir. D'ordinaire, on insiste sur l'ingestion des aliments, comme s'il s'agissait de remplir un espace, SON espace qu'il faut faire exister et rendre impénétrable aux autres. C'est d'ailleurs la sensation que procure un estomac plein. Tout se tient évidemment. On mange deux ou trois fois par jour de grosses quantités de choses souvent lourdes à digérer qui donnent cette sensation de plénitude recherchée inconsciemment pour correspondre à nos croyances sur le corps. En outre, on mange comme pour s'approprier ce dont on croit avoir besoin, et on rejette ce qui est jugé inutile dans la grande poubelle Terre. Les mots fèces et fécal ont d'ailleurs pour origine le mot latin faex signifiant résidu. On prend, et on prend, sans avoir conscience d'avoir à donner en retour. Ou alors exceptionnellement, et presque toujours avec une arrière pensée intéressée : " récupérons le caca comme engrais, ainsi nos champs produirons plus " ! Bref, une fois de plus on nourrit ses peurs au lieu de se couler dans le flux de la vie.
La boisson permet plus facilement de se créer une expérience
différente. Il suffit de boire de grosses quantités d'eau tout au
long de la journée pour être conduit à faire pipi régulièrement.
Voilà qui permet de ressentir très concrètement l'idée
que nous sommes traversés par un flux de matières. Notons que le
liquide qui ressort n'est pas tout à fait le même que celui qui est
entré. Il est facile de s'en rendre compte à la couleur de
l'urine, à son odeur, et même à son goût.
Rassurez-vous, boire de l'urine est sans danger. Dans certaines traditions médicales,
indienne par exemple, c'est même une pratique tout à fait
recommandable. Pour information, l'urine est aseptique, contrairement aux fèces.
Bref,
le flux d'eau qui nous traverse nous transforme et se transforme d'un même
mouvement. Il y a au cours du processus renouvellement de nos eaux intérieures,
et le liquide qui ressort est chargé de matières nouvelles, ainsi
que d'informations nouvelles.
L'alimentation doit être considérée de même. Ce
n'est pas seulement l'acte d'ingérer qui compte, même si c'est sur
lui que l'on passe le plus de temps et que l'on met le plus d'attention. C'est
le processus global d'ingestion ET d'excrétion qui a un sens. C'est le
fait que nous soyons traversé par un flux de matières que l'on
transforme au passage, et qui nous transforme pour maintenir notre forme. Voilà
pourquoi je préfère introduire un nouveau terme et parler à
partir de maintenant de fluxion, du latin fluxio signifiant écoulement,
plutôt que d'aliment. Et sur ce nom, je construis :
- le verbe
fluxer, en remplacement de se nourrir ou s'alimenter ;
- les mots fluxage
et fluxation, qui désignent tous deux l'acte de fluxer ;
- le mot
fluxologie, qui est la science du fluxage.
Vous avez donc entre les mains le
premier traité de fluxologie ! Vous allez épater vos amis lorsque
vous ferez étalage de votre science au prochain dîner, tandis que
vous dégusterez une superbe tarte Tatin agrémentée d'une
boule de glace à la vanille et surmontée d'un soupçon de
chantilly
Miam, que c'est bon !
Imaginez une Terre où mort et fluxage seraient dissociés.
Facile : elle serait jonchée de cadavres puisque les corps morts ne
serviraient plus de nourriture pour construire les corps d'autres êtres
vivants. Les gisements de fossiles nous en donnent un avant-goût ; de même
que les grandes villes avec leurs bâtiments de béton et leurs
automobiles, qui sont autant de cadavres imputrescibles. Dans un tel monde, les
interactions seraient réduites, et donc aussi les possibilités d'évolution.
Manifestement,
nous ne sommes pas dans ce monde-là à voir la place qu'occupent
dans la nature et chez l'homme l'acte de se nourrir, celui de chasser ou
de se protéger, et l'acte de se reproduire. Les âmes qui jouent
ensemble sur cette planète ont donc fait le choix inverse de possibilités
d'évolution maximales, ce qui implique un lien fort entre mort et
fluxage. En d'autres termes, s'incarner dans cette réalité
physique, fluxer, et participer au corps physique de la Terre doivent être
considérés comme pratiquement équivalents.
Pour un être vivant sur Terre, fluxer est l'acte global d'ingérer,
de transformer et d'excréter des matières, tant solides que
liquides que gazeuses, tant Minérales que Végétales
qu'Animales. Or on sait maintenant que les rejets des uns sont la nourriture des
autres. Par conséquent, ce qui à l'échelle d'un individu
apparaît comme un processus linéaire ayant un début et une
fin, devient un processus cyclique à l'échelle de la Terre entière.
Cette idée est très bien rendue par le symbole
d'origine égyptienne du serpent qui se mord la queue. Repris par les
grecs sous le nom d'Ouroboros, qui signifie littéralement 'dévorer
sa queue', il représente la vie terrestre qui se perpétue en se dévorant
elle-même en un cycle sans fin (1).

Ce que l'on ingère est passé et repassé par
maintes bouches, maints estomacs, maints intestins, maints anus, appartenant à
des êtres que l'on aime et d'autres que l'on n'aime pas ; cet air que l'on
respire a été déjà respiré par d'innombrables
êtres vivants, certains que l'on aime, d'autres que l'on n'aime pas ;
cette eau que l'on boit a déjà été bue un nombre
incalculable de fois, par des êtres que l'on aime et d'autres que l'on
n'aime pas
On peut certes persister à ne pas aimer certains hommes,
certaines femmes, certains animaux ou encore certains insectes. Mais on est
obligé de reconnaître que l'on partage beaucoup avec eux : on porte
très concrètement dans son corps tous les autres, ceux qu'on
n'aime pas autant que ceux qu'on aime !
Il est important de saisir l'énorme portée de ce partage. Car
ce qui, en fluxant, relie véritablement tous les êtres vivants
n'est pas de la matière neutre. C'est de l'information, du sens. Nous ne
sommes pas dans un processus mécanique, tels un homme et un chien reliés
par une laisse. Nous sommes dans un processus d'échange de matière-informée,
comme si dans la laisse entre l'homme et le chien passaient les humeurs, les émotions,
les états d'âme, bref les pensées de chacun. Donc en
fluxant, un être vivant ne fait pas que prendre des calories ou des
vitamines et rejeter un tas de merde ; il capte de l'information sur l'état
de la planète et redonne de l'information sur son propre état.
Cette
information peut être véhiculée par des supports variés,
des plus solides au plus subtils, ou bien des plus matériels au plus
immatériels.
Par exemple un chien qui urine contre un arbre ne se
contente pas de vider sa vessie ni de rendre à la terre l'eau qu'elle lui
a donné. Il diffuse aussi un message disant en substance : " je suis
passé par là et je proclame ceci comme limite de mon territoire ".
Le message est ici porté par des odeurs, des molécules appelées
phéromones dont le sens peut être perçu par diverses espèces,
la chienne de la voisine comme le chat qui passe son chemin sans appartenir à
personne.
Je signale en passant que sentir, ce n'est rien d'autre que goûter
un petit morceau détaché et transporté par l'air. Entre
sentir, goûter, et manger, la distance est donc minime.
Il est des cas plus subtils où l'on peut dire
que la matière 'piège' carrément des pensées (2). L'expérience suivante a été réalisée
par un médecin spécialiste des cristallisations sensibles
(Dominique Guyot, communication personnelle). Il s'agit d'un procédé
de mesure qualitative très simple dans son principe, qui consiste à
faire évaporer une solution aqueuse d'un sel de cuivre préalablement
mélangée à une toute petite quantité de la substance
biologique à tester. Si c'est fait dans des conditions appropriées,
le sel de cuivre cristallise en formant des figures très riches, un peu à
l'image des arborescences de givre. Ce genre de cristallisation est dit
sensible, parce que des différences infimes dans la qualité de la
substance testée suffisent à produire des figures très différentes.
L'expérience
en question portait sur des pains préparés et cuits de la même
façon, avec les mêmes ingrédients, mais pétris par
des boulangers différents. Les figures de cristallisation se sont avérées
très différentes, l'une étant manifestement plus chaotique
que l'autre.
Attention, je ne conclus pas, comme font trop souvent les
adeptes des cristallisations sensibles, qu'à une figure subjectivement
plus harmonieuse correspond forcément un meilleur produit. Je me contente
juste de constater que, de par sa grande sensibilité, le phénomène
des cristallisations sensibles révèle des différences
subtiles. Il s'agit ici en l'occurrence de ce que chaque boulanger a projeté
en pétrissant la pâte, son savoir-faire bien sûr, mais aussi
ses humeurs et certainement plein d'autres choses.
Quoique ce soit, cela a
changé 'quelque chose' dans la matière du pain, à un niveau
certes subtil, mais suffisant pour que ce soit physiquement décelable.
Autrement dit, ces deux pains contenaient des messages différents
inscrits au cur même de la matière, messages qui émanaient
des boulangers. Sachant combien le corps humain lui aussi est sensible, en
particulier à travers l'eau qui le constitue, il est hautement probable
que les personnes qui les ont mangés ont capté cette différence.
Certes, la plupart d'entre nous ne sommes pas capables de conscientiser ces
informations, et encore moins de les verbaliser. Mais elles n'en sont pas moins
présentes et susceptibles de nous influencer.
La principale raison
pour laquelle nous ne percevons pas le corps comme lieu de projection de nos
pensées et organe de réception des pensées des autres est
que nous n'avons jamais appris qu'il est cela. N'y croyant pas, nous sommes
aveugles à cette dimension. Aveuglement somme toute excusable étant
donné que la plupart des changements physiques passent inaperçus.
Sauf cas extrêmes comme une colère qui fait monter le sang à
la tête ou des soucis qui font faire de la bile, l'on a affaire à
des variations électriques et électromagnétiques
imperceptibles, des modifications très subtiles de nos eaux intérieures,
qui provoquent d'infimes altérations de la chimie cellulaire.
Je
crois que plus nous apprendrons à jouer intelligemment avec notre
sensibilité, mieux nous saurons déceler ces nuances infimes et
capter les messages subtiles qu'elles véhiculent, moins nous serons des
marionnettes agitées de mouvements incompréhensibles par des fils
qui tirent dans tous les sens.
En attendant, comprenons déjà
que toutes les matières que nous absorbons, air, eau et aliments, sont
imprégnées d'informations de toutes sortes projetées par
d'innombrables êtres, qu'elles s'imprègnent en passant en nous de
nos propres états d'âme, de nos humeurs, de nos pensées les
plus intimes, et que ce que nous rejetons est porteur de ces informations
nouvelles qui vont nourrir à leur tour d'autres êtres, et ainsi de
suite. Nous ne vivons pas dans un monde matériel mécanique ; nous
vivons dans un monde de significations, où la matière n'existe que
comme porteuse de sens.
Le moment est venu de tirer quelques conséquences pratiques de toutes ces réflexions. Autrement dit : qu'est-ce qu'on mange ? Ma réponse est simple et tient en deux points : primo on mange quelque chose, et deuxio on peut manger de tout ! Vous me direz qu'on aurait pu s'épargner quelques détours fastidieux si c'était pour en arriver là ! Mais prenons la peine d'examiner ça d'un peu plus près, et vous verrez que c'est moins banal que ça en a l'air.
'Manger quelque chose' veut dire que l'homme, dans la mesure où
il veut jouer le jeu de l'incarnation, doit nécessairement se relier à
tout-ce-qui-vit en fluxant. Se nourrir de rien, ou bien juste d'énergie
cosmique, ou bien encore de prana, sans qu'on sache trop ce que tout cela veut
dire, ne me paraît pas présenter d'intérêt au stade
actuel d'évolution. Certes, je conçois qu'un corps puisse
subsister sans prendre aucune nourriture matérielle. Mais pourquoi faire,
alors que nous sommes déjà si peu incarnés ? Le seul intérêt
que je vois à de telles expériences est de témoigner que
notre nature véritable est spirituelle, et que nous ne sommes pas des
singes perfectionnés qui en sont venus à se poser des questions
parce qu'un pouce leur est poussé !
Hormis cela, nous avons encore
beaucoup à apprendre en nous incarnant davantage, et pas en nous désincarnant.
Ayant fait choix de vivre l'expérience de l'incarnation pour nous révéler
et nous accomplir, il nous faut l'assumer. Toute la difficulté est
d'apprendre à nous incarner d'une manière différente de ce
que nous avons connu jusque là. Dans ces conditions, fluxer apparaît
comme indispensable, au minimum à travers l'eau.
'Manger de tout' veut dire qu'il n'existe nulle part dans l'univers de loi
fixant les nourritures permises et les nourritures interdites. Les croyances
scientifiques et religieuses pèsent de peu de poids devant ce dont témoignent
les actes quotidiens des hommes, à savoir : les fluxions n'ont d'autre
pouvoir que celui dont nous les investissons par nos convictions.
Insectes,
pizzas, hamburgers, légumes, graines, viande,
on peut manger de
tout. Maintenant, il y a manière et manière ! Quand un fauve tue
une antilope et dévore sa chair fumante, il est dans l'acte juste ; quand
un homme tue un animal et le mange, il peut être dans l'acte juste
ou pas ! Chacun est son propre juge quant à la qualité de la
relation qu'il établit avec ce-qui-vit.
En tout cas ne confondons pas
encore une fois sensibilité et sensiblerie. Quand certains vont jusqu'à
prétendre que, par respect pour la vie, il faut exclure tous les produits
animaux de son alimentation et ne se nourrir que de végétaux, j'y
vois une mauvaise compréhension de ce qu'est la vie. D'une part, en quoi
les végétaux seraient-ils moins 'vivants' que les animaux ?
D'autre part, comme je l'ai déjà dit, nous sommes tous liés
par les fluxions. Et même si nous ne le consommons pas directement,
l'animal qui vient d'être tué et mangé par quelqu'un finira
par revenir d'une manière ou d'une autre dans notre assiette, sous forme
de matière, mais aussi, ne l'oublions pas, sous forme d'information.
Ne
confondons pas non plus dogme et action politique. En tant qu'habitants d'un
pays où les animaux ne sont considérés que comme des usines
sur pattes, nous pouvons très bien décider de ne plus consommer de
viande pour ne pas cautionner le système. C'est ce que j'appelle un acte
politique. En revanche, il n'y a pas de quoi faire un dogme. Transgresser la règle,
c'est-à-dire consommer de temps en temps de la viande, ne donnera pas
d'indigestion, ni n'attirera les foudres divines. Sauf si vous y croyez vraiment
Le
simple fait d'être incarnés sur Terre nous fait participer aux
grands cycles d'échanges de 'matière-informée' avec tous
les êtres vivants de la planète. Nous sommes dans un jeu collectif,
et, à moins de vouloir en sortir, la compréhension et le respect
de la vie passe par la possibilité de fluxer toute forme de vie. Je ne
dis pas qu'il faut absolument manger de tout, y compris de la viande, du poisson
ou des insectes. Je dis seulement que rien ne l'interdit.
Dès l'instant où l'on perçoit le flux
d'information-matière qui relie toute vie, on ne peut plus concevoir
l'acte de se nourrir comme un acte de prédation, comme si l'homme
était extérieur à cette planète, qu'il pouvait
l'exploiter jusqu'à ce qu'elle meurt étouffée dans ses détritus,
pour aller ensuite en conquérir une autre et recommencer. On ne vit pas
longtemps au dépens d'autrui. C'est possible bien sûr, mais ça
ne dure que le temps de rendre le monde impropre à la vie et rempli de déchets
inutilisables, bref un monde qui reflète au-dehors la montagne de détritus
nauséabonds et de poisons dangereux accumulés au-dedans des têtes.
De nouvelles pratiques agricoles sont donc indissociables de nouvelles pratiques
alimentaires. C'est l'objet de la note suivante.
Le
respect de la Terre et de toute vie est une évidence lorsqu'on prend
conscience que tout se relie par l'acte de fluxer. C'est ainsi que la bouche du
Serpent se referme sur sa queue pour faire de Gaïa Ouroboros. Et comme nous
portons tout au fond de notre être le serpent, et l'algue, et la fleur, et
le champignon, et la planète entière, nous sommes finalement
nous-mêmes Ouroboros qui nous dévorons pour renaître. En quoi
désirons-nous renaître ? Telle est la question de fond qui court
tout au long de ce livre.
Les fluxions sont un outil parmi d'autres nous
permettant d'explorer cette question. Puisque dans ce domaine pratiquement tout
est possible, c'est dire qu'elles sont un formidable révélateur de
ce que nous sommes. C'est dire aussi la liberté que nous avons pour
commencer à incarner de nouvelles aspirations. Dans ces possibilités
infinies et cette liberté se trouvent tous les futurs possibles. Se
trouve aussi la difficulté de construire un chemin vers celui de nos rêves.
Chemin qui sera facilité si nous parvenons à placer quelques repères.
Qui n'a pas vécu une expérience de ce genre : marchant dans la
rue, vous êtes assailli d'odeurs de mets plus ou moins délicats émanant
de divers restaurants ; si vous avez faim, elles vous semblent agréables
et vous mettent en appétit ; si au contraire vous venez de dîner,
elles vous semblent toutes aussi écurantes.
L'exemple est
grossier, mais il montre clairement que nos perceptions changent avec l'état
de notre corps, que nos envies reflètent ses besoins. Si nous l'habitions
mieux, nous serions capables comme les animaux de sentir ses besoins avec plus
de finesse, capables donc de nous orienter d'instinct vers les fluxions appropriées.
Sauf que nos papilles sont brûlées par la fumée de
cigarettes, l'alcool ou les épices fortes, et que notre goût est
perverti pas des substances telles que le sucre, le café, ou le chocolat,
qui engendrent des états de dépendance, sans parler des névroses
et autres dérèglements.
Le problème n'est donc pas
tant de manger selon ses envies que de retrouver des envies vraies. A condition
bien sûr que cela ait un sens de qualifier certaines envies de 'vraies',
et d'autres de 'fausses' ou 'artificielles'. Une soudaine envie de fraise, par
exemple, est-elle un besoin 'vrai' du corps qui sait que ce fruit contient des éléments
qui lui sont nécessaires ici et maintenant ? est-elle une projection
mentale, parce que les fraises, ça rappelle le printemps et qu'on est en
hiver ? est-elle un besoin 'artificiel' imposé de l'extérieur par
la publicité ? La réponse n'est pas évidente.
Elle
l'est d'autant moins que les sensations de plaisir ou de déplaisir procurées
par la satisfaction d'une telle envie ne sont pas des guides plus fiables, vu
que ces sensations, ce sont aussi nos croyances qui les engendrent !
Imaginez
que vous veniez de déguster un délicieux plat de petites choses
ressemblant à des crevettes. Tout se passe pour le mieux jusqu'à
ce que l'hôtesse annonce avec un grand sourire que ce n'étaient pas
des crevettes, mais des larves de termites ! Nul doute que cela suffise à
provoquer un haut-le-cur chez nombre de convives. Et que l'affirmation
soit vraie ou fausse n'a aucune importance. Il suffit d'y croire.
La leçon
de cette histoire est qu'il ne s'agit pas tant d'être attentif à ce
que l'on mange qu'à l'expérience dans son ensemble, y compris les
circonstances qui font que l'on se trouve à tel instant à tel
endroit à absorber telle nourriture de telle manière, et comment
l'on vit tout ça. Dans cet exemple, si l'on vomit avec dégoût
le plat que l'instant d'avant on trouvait délicieux, il y a indéniablement
une leçon à apprendre, concernant les croyances que l'on tient à
propos des insectes, et plus généralement des croyances de séparation
par rapport à tout-ce-qui-vit.
Le résultat de tout ça
est que la question des envies me paraît assez secondaire. Il est bien
plus important d'examiner ses croyances et d'éclaircir ses intentions,
car ce sont elles finalement qui créent les envies et la manière
dont elles sont satisfaites.
Autre problème. Lorsqu'on commence à travailler sur son
alimentation, en particulier lorsqu'on change radicalement de régime, on
se heurte fréquemment à une difficulté d'ordre psychique
qui consiste en une obsession pour tout ce qui touche à la nourriture, y
compris tous les à-côtés comme la façon de la préparer,
de la manger, etc. Mettre plus d'attention que d'ordinaire est normal dans une période
de transition d'un régime à un autre. Au bout d'un moment, cela
devient une nouvelle habitude, et l'on n'y pense plus.
Problème il y
a quand cette attention devient permanente. Voilà qu'on se surveille tout
le temps, qu'on surveille aussi les autres, parce que, forcément, ils ne
peuvent être bien s'ils ne font pas comme nous, et la vie devient un enfer
!
Or je rappelle que le but de cette démarche n'est pas de se créer
de nouvelles souffrances. Il est plutôt d'enlever les masques qui empêchent
d'être soi-même pour se rendre heureux ici et maintenant. Cela ne
peut se faire en mettant continuellement son attention sur ses problèmes,
mais en projetant l'intention de l'homme ou de la femme que l'on souhaite
devenir. Dans ce contexte, le fluxage n'est pas une ascèse ni un nouveau
désordre psychologique. Si ce chemin ne procure pas de plaisir, s'il ne réveille
pas nos sens, s'il ne réjouit pas le cur, alors il ne mérite
pas d'être suivi. Souvenons-nous que la peur, la haine et la souffrance
ont infiniment plus de morts à leur actif que tous les microbes et les
poisons. La nourriture ne nous apportera jamais la beauté, la bonté
et la joie que nous n'avons déjà dans le cur.
Le tableau a l'air de se compliquer terriblement et l'on voit de moins en
moins quoi faire en pratique. Je sens même une certaine confusion qui
gagne, au point que mon écriture en devient laborieuse ! Je vous avais prévenue
dans le prologue, la recherche suit parfois des chemins sinueux. En tout cas
nous ne l'avons pas fait pour rien. Il y a déjà une chose de sûre,
c'est qu'il n'existe pas en matière d'alimentation de solution toute prête-à-consommer.
Ceux qui en proposent sont des menteurs ou des ignorants. Nous commençons
à réaliser que nous nous trouvons face à un énorme
continent, qui n'est autre que nous-mêmes, où presque tout est à
explorer. C'est cette invitation au voyage qu'il faut retenir, un voyage au cur
de notre incarnation, et l'absence de chemin balisé qui fait le charme de
la quête. Et ce n'est pas grave si parfois l'on se perd, car c'est souvent
la voie la plus sûre pour dénicher les plus beaux panoramas. Se
perdre ainsi, n'est-ce pas au fond une manière de se retrouver ?
Une
autre chose est sûre, c'est que lorsque je qualifie cette démarche
de 'nouvelle', le mot n'est pas usurpé. Nous sommes vraiment face à
tous les possibles. Il n'y a rien de plus difficile ni de plus exaltant, à
l'instar d'un peintre devant sa toile vierge. Nous en sommes à ce point où
la création s'apprête à jaillir en un premier trait qui va
fixer une orientation. Car à force de prendre le sujet sous tous les
angles, et à force de clarifier ce vers quoi je désire aller, je
commence tout de même à voir émerger quelques lignes
directrices.
La première chose importante est de nous positionner DANS l'univers
avec confiance, notre corps étant partie intégrante du grand flux
qui fait Gaïa-Ouroboros, et pas comme un être séparé et
délimité, FACE à l'univers, en position de prédation
pour combler un manque et/ou préserver son bout d'espace.
Mettons-nous
un instant à la place d'une araignée. Nulle doute qu'elle est DANS
l'univers, en confiance totale. Elle ne se prend pas la tête à se
dire : " tiens, je mangerais bien un moucheron aujourd'hui, ou non plutôt
un papillon ; au fait, est-ce que pour attraper un papillon je dois positionner
ma toile en hauteur ou bien près du sol ? d'ailleurs, y a-t-il des
papillons en cette saison ?
". Parce qu'elle est ce qu'elle est et
que l'univers est ce qu'il est, un insecte finira par tomber dans son piège,
et ses besoins seront ainsi pourvus.
Mon idée est que nous devons créer
en nous ce même état de confiance et de lâcher prise total,
de sorte que : " chaque jour apportera les fluxions dont j'ai besoin ".
Ce qui se présente est ce qui est juste. Nous avons besoin de lumière
? Le Soleil se lève chaque matin pour nous en donner. Nous avons besoin
d'eau, de fruits, etc. ? Fondons-nous dans Gaïa, et nos besoins seront
pourvus.
Attention à ne pas confondre cela avec de la passivité,
ni comme une forme de rituel incantatoire à destination d'on ne sait qui.
C'est en fait un chemin de remontée vers la source de tous nos actes, à
savoir nos intentions. Et si je dis que c'est un chemin, c'est parce que nous
allons rencontrer en le parcourant toutes les croyances qui font qu'à cet
instant, nous ne nous sentons pas encore pleinement DANS l'univers, et les dépasser
si nous en avons la motivation. C'est donc retrouver l'essence du Jeu de la Création
dans notre peau d'homme ou de femme incarné(e) sur Terre.
Si se présentent plus de fluxions que nécessaire, alors exerçons notre intuition pour opérer une sélection, au besoin en nous appuyant sur quelques lignes directrices, comme celles exposées dans ces pages, ou bien d'autres. Un des buts de ces lignes directrices est de nous faciliter la vie en nous évitant d'avoir à repenser à tout tout le temps, sachant bien que ce ne sont que des croyances qui peuvent être remises en question à tout moment. C'est la manière la plus simple de nous préserver des dérives obsessionnelles.
S'il y a moins que ce que nous attendions, cela peut avoir toutes sortes de
significations :
- il peut y avoir une leçon à apprendre
concernant les a priori que nous portons sur les fluxions, jugeant certaines
convenables et d'autres non ; par exemple, nous pouvons être conduits
ainsi à déguster des insectes, ou des algues, ou des fleurs, et découvrir
que ce sont aussi des fluxions pour l'homme ;
- dans un autre cas, l'expérience
servira à révéler une peur de manquer toujours présente,
et alors apprendre à partager, ou à vivre de moins ;
- il
peut s'agir aussi d'un problème d'une toute autre nature, une
perturbation émotionnelle par exemple, transmise par contagion aux
plantes du jardin et conduisant à la perte de récoltes
Bref,
chaque cas est particulier et n'a de sens que pour celui ou celle qui le vit.
Mais dans tous les cas, il faut se dire que la difficulté d'une expérience
n'est là que pour dévoiler des croyances limitantes, et à
partir de là les dépasser, relancer le jeu avec son corps, avec
les autres, avec Gaïa. Ce ne sont pas des 'punitions', juste le reflet de
ce que nous sommes à cet instant, avec nos limites, mais aussi avec un
formidable potentiel pour incarner l'être plus grand et plus beau que nous
sommes tout au fond.
S'il me semble important d'être pleinement présent dans l'acte
de fluxer, d'être conscient que nous nous laissons traverser par un flux
de matière-informée, il est superflu d'en rajouter en fabriquant
des projections du genre : " en préparant et en dégustant
cette carotte, j'accueille son esprit, et je lui envoie mes plus belles pensées
d'amour ". Faisons-le si nous sentons vraiment que nous devons le faire.
Mais soyons bien conscients des risques que nous courons à projeter ainsi
à tort et à travers :
D'une part, la formule peut facilement
se transformer en rituel vidé de toute signification, comme tant de prières
dans toutes les églises du monde. Or, dans le Jeu de la Création,
les rituels laissent place à la liberté, à la spontanéité,
à la créativité, conditions sine qua non pour que les actes
soient authentiques, et donc chargés de sens.
Corollaire, il est
difficile de savoir quelles informations sont vraiment envoyées dans
l'univers en énonçant de telles formules, vue la propension que
nous avons à nous cacher à nous-mêmes. Mais rien n'est
vraiment caché, et le fait, par exemple, de nous focaliser sur l'amour,
d'être toujours en train de se dire qu'il faut penser à l'amour,
envoyer des pensées d'amour, peut témoigner justement d'un manque
d'amour. C'est donc le révélateur de notre quête et pas de
ce que nous vivons ici et maintenant. Alors de quoi vont se charger nos fluxions
si nous y projetons des pensées aussi peu claires et aussi peu distinctes
? De nos contradictions à n'en pas douter, un moyen infaillible pour
partager notre trouble avec toute la planète !
Enfin, en mettant trop
notre tête dans ce que nous fluxons, nous courons le risque de nous couper
de ce qui fait l'essence même du fluxage, la participation à Gaïa-Ouroboros.
En d'autres termes, c'est remplacer 'vivre le flux' par 'conceptualiser le
flux'. Et voilà comment nous nous retrouvons une fois de plus séparés
de notre corps et de tout-ce-qui-vit !
L'attitude juste selon moi est
l'attitude zen : être simplement présent à ce que l'on fait,
sans rien ajouter. Simple, mais pas facile ! Cela aussi fait partie de ce chemin
où nous avons à nous rencontrer nous-mêmes
On a vu que deux dimensions se superposent dans les fluxions : la dimension
matérielle (comprenant ce que la science actuelle dénomme
protides, glucides, lipides, vitamines, oligo-éléments, etc.), et
la dimension informationnelle (appréhendée par des personnes très
sensibles ou par des procédés tels que les cristallisations
sensibles). Or la plupart des modes de préparation des aliments destinés
à rendre assimilable la partie matérielle, en particulier la
cuisson, conduisent à une déstructuration de la partie
informationnelle. Autrement dit les messages initiaux sont brouillés, de
nouveaux sont surajoutés qui ne veulent pas dire grand chose, et tout ça
génère et propage des incohérences.
Inversement, ceux
qui ont conscience de l'importance de l'information et qui recommandent de la préserver
en mangeant cru butent sur un autre obstacle : la plupart des aliments ne sont
pas assimilables sous cette forme par notre organisme. Par exemple les céréales
et les légumineuses crues sont totalement indigestes pour l'homme.
Ce n'est pas pour rien que les animaux qui se nourrissent exclusivement de végétaux
(crus évidemment !) ont des systèmes digestifs compliqués,
pourvus souvent de plusieurs poches stomacales. Et ce n'est pas pour rien que
les hommes en sont arrivés à faire un tel usage de la
cuisson. Quant aux végétaux qui sont facilement assimilables par
l'homme, comme les fruits, ils sont assez peu nutritifs. C'est pourquoi
pour obtenir sa ration de matières indispensables il faut en ingérer
de très grosses quantités, trop, ce qui entraîne d'autres déséquilibres.
Remarquons dans ce même ordre d'idées que les herbivores, comme les
vaches ou les éléphants, passent quasiment tout leur temps à
fluxer, tandis que les carnivores comme les lions ou les serpents peuvent se
contenter d'un repas par semaine. J'avoue que passer trop de temps à ce
genre d'activité ne m'attire guère ; j'ai besoin aussi d'échanger
avec les gens, de me promener, de m'enivrer de musique
Comment concilier ces contradictions ? En remarquant tout d'abord que ceux
qui recommandent de préserver la dimension informationnelle des fluxions
ont probablement raison. C'est en tout cas cohérent avec la vision du
monde que je développe ici.
Toutefois, à l'expression 'manger
cru', je préfère 'manger vivant', car il est tout à fait
possible de manger cru des produits morts. Une banane cueillie verte et mûrie
artificiellement est un produit mort, même cru. Mais si ce qui est cru
n'est pas toujours vivant, ce qui est vivant est forcément cru !
Cette
idée de 'manger vivant' nous met sur une piste intéressante pour
rendre assimilable la dimension matérielle des fluxions. Il s'agit
d'effectuer une prédigestion par des moyens naturels, de sorte que le
système digestif se trouve soulagé d'une partie du travail (lequel
ne passe en général pas inaperçu : lourdeurs, flatulences,
constipation
), tout en préservant la vitalité des fluxions.
Exemples
de tels procédés : la germination et la fermentation. Les chinois
font germer des haricots mungo depuis des temps immémoriaux (communément
appelés germes de soja, mais ce n'est pas du soja). Quant aux
fermentations de type lactique (par opposition aux fermentation alcooliques qui
ne servent pas à rendre les aliments plus digestes mais à
fabriquer de l'alcool), elles remontent également à des temps
reculés : légumes fermentés (comme la choucroute), produits
laitiers fermentés (comme le yaourt), etc. Ces procédés
connaissent depuis quelques années un notable regain d'intérêt.
Une littérature assez abondante vante les mérites des graines germées
(blé, lentilles, luzerne, etc.) et des produits fermentés, et décrit
des méthodes simples pour les préparer chez soi. D'autres procédés
ne manqueront pas d'être découverts, si on se met à les
chercher.
Un bénéfice secondaire intéressant de telles
pratiques est de simplifier la vie : plus besoin de préparations longues
et compliquées, c'est la nature elle-même qui travaille, et en fait
pour elle il ne s'agit pas d'un travail ; plus besoin d'innombrables ustensiles
de cuisine, d'énergie pour la cuisson, plus besoin même de cuisine
! Nos habitations en seront toutes chamboulées
Le principe de la fermentation permet de voir sous un nouvel angle l'idée de fluxage. Il s'agit de remarquer que chez la plupart des êtres vivants pluricellulaires, l'assimilation de certaines substances nutritives se fait grâce à des microbes qui vivent en symbiose avec l'hôte. Chez les végétaux, ce sont en général des champignons qui vivent en symbiose dans les racines ; chez les animaux, ce sont des bactéries nichées dans les replis fractals des intestins (chacun connaît les ravages que provoque une cure d'antibiotiques sur la flore intestinale ). Donc en faisant fermenter au préalable les aliments, on reproduit en quelque sorte à l'extérieur les processus d'assimilation internes.
L'idée de 'manger vivant' conduit à une autre idée intéressante,
à savoir la co-évolution entre l'homme et ses fluxions. Je suis
convaincu que la communication directe entre les différents règnes
est non seulement possible mais aussi permanente, même si nous n'en
prenons conscience qu'à des moments très privilégiés,
sauf pour quelques personnes particulièrement douées chez qui le
canal est toujours ouvert. Les animaux et les végétaux peuvent être
de véritables éponges qui pompent nos émotions, et ils
savent aussi très bien capter nos intentions. Je développerai cela
dans une autre note. Ce qui m'intéresse ici, c'est de noter qu'en fluxant
des fluxions avec lesquelles on co-évolue, on se crée un miroir très
riche d'enseignements. On en arrive par exemple à 'goûter' très
concrètement ses états d'âme dans le yaourt que l'on vient
de préparer ou dans les graines que l'on vient de faire germer !
Cette
co-évolution existe évidemment dans toutes nos interactions avec
les êtres vivants. Seulement elle est beaucoup plus intense, et donc
constitue un miroir beaucoup plus réfléchissant, lorsque : d'une
part l'on interagit fortement avec ces être vivants, parce que ce qu'on
fait avec eux compte beaucoup, qu'on y passe du temps
; d'autre part ces êtres
se trouvent en phase de multiplication cellulaire. C'est pourquoi ce jeu de co-évolution
prend toute son importance avec la fermentation, la germination, et aussi la
fructification pour les végétaux ou le développement
larvaire dans le cas des insectes.
On voit qu'il n'est pas indispensable
d'avoir un jardin pour entretenir des relations de co-évolution avec sa
nourriture. Mais il va de soi que le fait d'interagir à tous les stades
de la croissance des animaux et des plantes offre de bien plus grandes
possibilités de co-évolution. Cela entrouvre une autre porte du
laboratoire de recherche et d'expérimentation de futurs possibles,
l'agriculture. Je l'ouvrirai en grand dans la note suivante. Pour le moment, il
m'importe juste de relever le point suivant : la nature n'est pas là pour
nourrir nos peurs et nos névroses, elle est un partenaire à part
entière du Jeu de la Création. Dans ces conditions, élever
des troupeaux pour s'approprier le lait, la viande et la peau, ou s'acharner à
gratter la terre pour lui faire rendre le plus de blé possible, ne présentent
guère d'intérêt. En tout cas, je considère que je ne
suis pas venu sur Terre pour ça, et qu'il y a mieux à faire
Je prends ici le mot fruit au sens usuel, à savoir la partie généralement comestible qui sert d'enveloppe aux graines : pommes, raisins, figues, fraises, cerises, mûres, concombres, tomates (tous les fruits ne sont pas sucrés), etc. Les graines quant à elles sont la partie reproductrice susceptible de donner naissance à une nouvelle plante. Les fruits en contiennent, qui peuvent être comestible (graines de concombre) ou non (noyau de pêche), et il y a aussi des graines sans fruit, comme le blé.
J'ai dans l'idée que, de toutes les fluxions, les fruits sont appelés
à occuper une place prépondérante :
- d'abord ils sont
pour la plupart délicieux et peuvent être consommés tels
quels sans aucune préparation ;
- il existe un moyen simple de les
conserver tout en préservant leur goût, c'est de les faire sécher,
au Soleil et à l'air bien sûr ;
- ce sont des concentrés
d'eau, de Soleil, ainsi que d'air ;
- les plantes fabriquent des fruits
pour qu'ils soient mangés, ce qui permet de fluxer sans avoir le
sentiment d'attenter à la vie, croyance qui mérite d'être
explorée ;
- de nombreux fruits sont donnés par des arbres,
ce qui permet de remplacer une agriculture fondée sur des plantes
annuelles par une permaculture fondée sur des plantes pérennes ;
-
la plupart des fruits produits aujourd'hui proviennent de plants sélectionnés
de manière inadéquate, d'où une grande fragilité qui
impose de nombreux traitements phytosanitaires, et beaucoup de travail pour les
rendre productifs, comme la taille ; il y a donc un nouveau jeu de co-évolution
passionnant à inventer avec Gaïa pour co-créer de nouvelles
espèces robustes et savoureuses
Je reviendrai ultérieurement
sur les deux derniers points.
Je précise que je ne suis pas en train de me faire le défenseur
d'un strict frugivorisme. A moins d'être des aventuriers de ce domaine de
recherche, la plupart d'entre nous ne sommes pas prêts à nous
contenter d'un régime entièrement constitué de telles
fluxions. D'une part il est difficile dans nos pays de nous approvisionner en
fruits de qualité en variété suffisante ; d'autre part, il
y a un gros travail à faire pour dépasser la notion de 'ration
alimentaire normale', avec son dosage calorique, protéique, etc.
Je
rappelle qu'elle a été établie pour des conditions de vie
très spécifiques et dans le cadre d'une vision particulière
de la vie qui est très réductrice. Or nous savons maintenant que
cette 'normalité' varie selon les circonstances. Sans aller jusqu'à
des expériences extrêmes comme celles que j'ai relatées plus
haut où des gens ont survécu en se nourrissant de rien, tous ceux
qui ont fait des retraites monastiques, des sessions prolongées de méditation,
et autres expériences du même genre, savent que les besoins du
corps ne sont pas les mêmes que dans la vie 'normale', et que l'on peut
vivre très bien avec moins. Ceci va de pair avec l'idée que je me
fais de la vie future, que je ne vois pas comme une vie de travail : travail de
la terre pour 'arracher' sa nourriture, travail à charrier des tonnes de
pierres pour élever des enceintes et des forteresses de protection,
travail pour 'gagner' sa vie sous la férule de petits chefs
Pour
en revenir et en terminer avec les fruits, je dirai que leur faire tenir un rôle
de plus en plus grand est un excellent prétexte pour nous alléger
davantage et nous préparer à rencontrer en conscience des fluxions
encore plus importantes que j'appelle les fluxions primordiales : le son, la
lumière, l'eau, et l'air. Ce sera le sujet du prochain chapitre.
Il nous faut maintenant boucler la boucle des fluxions. Après avoir abondamment parlé des matières qui rentrent dans le corps, le moment est venu de parler de celles qui en sortent. Quel traitement réserver à notre merde ? En fait, j'ai déjà traité la question dans la note 1.
Dans le cadre de la vision du monde prônée ici, il est évident
que chacun doit, autant que faire se peut, s'occuper de sa merde, au propre
comme au figuré.
Bien sûr, c'est difficilement concevable dans
un cadre urbain. Mais vous imaginez bien que tous ces jeux avec le corps, avec
Gaïa, avec les autres, ne vont pas se jouer dans les villes. Le passage de
l'homme à l'HOMME se fera en d'autres lieux que j'appelle
des cocréastères, véritables cocons pour des chrysalides
qui s'apprêtent à muter. Pour l'instant, nous apprenons à
filer cette soie merveilleuse qui relie le cur de notre être à
tout-ce-qui-vit, et qui permet de capter les ébranlements mystérieux
provenant des forces de transformation qui animent l'univers.
Nous avons tous appris que des vibrations de l'air produisent les sons que
nous entendons. Preuve en est que sur la Lune, où il n'y a pas d'atmosphère,
il n'y a pas non plus de sons. Même si aucun d'entre nous n'est allé
sur la Lune pour le vérifier, nous sommes disposés à le
croire.
Quoique ! Réfléchissons un peu
D'accord, ce
n'est pas très facile de réfléchir à cette heure-ci
de la journée. Alors, pour aider nos neurones à se connecter,
commençons par une petite expérience.
Si vous avez un
instrument de musique à portée, si possible à vent, jouez
une note, une seule, par exemple le la du diapason. Essayez de la tenir pendant
quelques secondes pour bien la fixer dans vos oreilles. Si vous ne disposez
d'aucun instrument, alors contentez-vous de chanter ou de siffler, une seule
note, j'insiste, et si possible la plus claire possible et en ne variant pas
l'intensité.
Qu'entendez-vous? Vous entendez un son bien évidemment,
c'est-à-dire quelque chose de stable et de continu. Vous entendez une
note, et pas du tout une oscillation, une vibration.
Bien sûr, ou plutôt
bien entendu, en plaçant devant l'instrument un microphone relié à
un oscilloscope, on se retrouve avec un autre système de perception que
l'ensemble oreilles-cerveau, et l'on observe forcément autre chose. C'est
ainsi que sur l'écran de l'appareil apparaît une courbe périodique
de fréquence 440 Hertz, c'est-à-dire montant et descendant 440
fois par seconde, qui traduit les variations de pression de l'air sur la
membrane du micro.
Mais ce n'est pas du tout cela que vous entendez. Vous
ne ressentez à aucun moment ces variations très rapides de
pression, plusieurs centaines de fois par seconde. Vous entendez un son, une
note. Il est certes possible d'apprécier qu'un cur batte au rythme
d'environ une fois par seconde, ou que les notes d'une musique s'enchaînent
à la vitesse de quatre ou cinq toutes les secondes, mais il est
totalement impossible d'entendre 440 changements d'intensité dans une
seule seconde pour dire qu'il s'agit d'un la !
Par conséquent, pour
la conscience qui le perçoit, un son n'est nullement un phénomène
vibratoire, une oscillation rapide, mais un phénomène continu
caractérisé par une hauteur, une intensité, et une durée.
Conclusion (4) : il n'y a pas à
proprement parler de sons dans le monde physique ; c'est l'esprit qui se sert
des ondes acoustiques pour construire des sons, grâce à l'entremise
du système de perception oreilles-cerveau. Il est donc important de bien
distinguer les ondes acoustiques, qui sont un phénomène physique
vibratoire, du son lui-même, qui est une expérience de conscience.
Il
est vrai que d'ordinaire les deux sont couplés, c'est-à-dire que
presque tout ce que nous entendons, bruits, paroles ou musiques, résulte
de vibrations transmises par l'air et captées par nos oreilles. Mais
n'oublions pas que nous sommes aussi capables d'entendre des sons sans aucune
contrepartie physique, comme certains musiciens qui ont un air 'dans la tête'
avant de le jouer ou de l'écrire, ou bien lorsque nous rêvons.
Une conséquence importante est que nous nourrir de sons et nous
nourrir d'ondes acoustiques sont deux choses très différentes.
Prenez par exemple les fameuses quatre notes introductives de la 5ème
symphonie de Beethoven : pa pa pa paaaam. Vous pouvez changer le diapason,
changer de tonalité, de timbre, d'intensité, ou de vitesse (l'expérience
est facile à réaliser en chantonnant), vous obtenez toujours une
phrase musicale parfaitement identifiable. Tous ceux qui connaissent l'air ne
peuvent que reconnaître le début de la 5ème de Beethoven.
Les
caractéristiques musicales d'un son sont donc largement dissociées
des caractéristiques de l'onde acoustique qui l'engendre (et aussi des
caractéristiques sémantiques s'il s'agit d'un texte chanté).
Le son est une nourriture spirituelle. Selon nos humeurs, notre état du
moment, nous nous sentons plus attirés par tel ou tel genre. Inversement,
un compositeur habile est capable de faire passer l'auditeur par toute une
palette d'émotions.
Notons que, bien en amont des compositions
musicales, il y a l'infinie variété des sons naturels, comme les
bruits de l'eau ou du vent, auxquels s'ajoutent les bruits artificiels, comme
les bruits de moteurs ou de conversations.
Une autre preuve de la
dissociation entre l'onde acoustique et le son se trouve dans la subjectivité
attachée aux notions de consonance et de dissonance. Certains ont cru, à
tort, pouvoir les ramener à des phénomènes physiques de résonance
: harmoniques, gamme pythagoricienne, etc. Comme le montre bien la musicologie,
il y a une éducation de l'écoute, et un goût qui varie d'une
région à l'autre, d'une génération à l'autre,
et même d'un moment à un autre de sa vie. Pour prendre un exemple
personnel, je trouve fort beau et pas dissonant du tout le début d'un
quatuor de Mozart intitulé 'les dissonances'. Quand, après cette
magnifique entrée en matière qui sort tout à fait de
l'ordinaire de ce musicien, il revient à une écriture plus
classique, je trouve cela peu agréable, alors que ce style est apprécié
par beaucoup comme le summum de l'harmonie !
Sortons des lieux communs : la
musique n'est pas un langage universel !
Se nourrir d'ondes acoustiques est évidemment très différent.
Cette fois, tout est affaire de résonance physique entre l'émetteur
et le récepteur. Pour que celle-ci se produise, il est indispensable que
l'onde émise soit accordée exactement aux caractéristiques
du récepteur. C'est le cas dans le fameux numéro où une
cantatrice brise un verre de cristal en chantant une note très aiguë.
Cela ne peut réussir que si la fréquence de la note émise
correspond très précisément à la fréquence de
résonance du verre, et à condition aussi que l'intensité
atteigne une valeur suffisante. Cette fois vous ne pouvez vous permettre de
modifier un tant soit peu les caractéristiques de la note, au risque de
ne plus produire aucun effet.
Les ondes acoustiques sont véritablement
des nourritures du corps et pas des nourritures de l'esprit. L'oreille n'est
plus le récepteur. C'est le corps entier qui est sensible à ces
effets, lesquels sont multiples, par exemple :
- certaines ondes provoquent
un véritable massage en profondeur du corps, toute l'eau qu'il contient
entrant en vibration ;
- d'autres semblent avoir une
action plus spécifique sur l'activité des cellules, de certaines
molécules comme des protéines, voire de l'ADN lui-même (5) ;
- d'autres encore semblent agir sur des points
particuliers du corps, points d'acupuncture ou chakras
Bien sûr, rien n'empêche d'associer nourritures sonores et nourritures acoustiques. Il convient juste d'être conscient que les effets vont porter sur deux plans très différent. Attention donc aux incohérences. De même qu'il ne viendrait pas à l'esprit d'un bien portant de prendre un cachet d'antibiotique en guise d'apéritif, l'on ne saurait absorber impunément certaines ondes acoustiques. Par exemple la pratique tibétaine du 'chant dans le corps' (6) doit être prise comme un véritable acte thérapeutique et pas comme de la musique à écouter pour passer le temps !
Il est important de réaliser que les ondes acoustiques sont véritablement
des fluxions.
D'une part, toute onde acoustique qui touche un objet est réémise
avec des caractéristiques différentes qui dépendent de la
nature de l'objet, de sa forme et de sa matière. Cela s'appelle la réverbération.
C'est ce qui permet aux animaux dotés d'un sonar comme les dauphins ou
les chauve-souris de se construire une image représentative de leur
environnement.
D'autre part, tout objet est sources de vibrations. Le simple
fait que la matière possède une température au-dessus du zéro
absolu (situé aux environs de -273°C) la rend 'animée'.
L'agitation des atomes et des molécules constitue pratiquement une définition
de la température. Autrement dit, la matière génère
en permanence une sorte de bruit de fond. Quant aux êtres vivants, leur
physiologie est tellement riche et leur aptitude à bouger tellement
grande, qu'ils génèrent des ondes acoustiques en pagaille.
En
conséquence, tous les êtres vivants fluxent des ondes acoustiques
et se relient ainsi entre eux. Certains en sont probablement plus conscients,
comme les insectes dotés d'antennes extraordinaires, que d'autres, comme
l'homme. Mais ne pas en être conscient ne veut pas dire y être
insensible. De nombreuses personnes ayant eu l'occasion de marcher la nuit dans
le désert rapportent un sentiment d'angoisse. Il est du pour une grande
part à une absence quasi totale de réverbération. Tous les
bruits qui sont d'habitude renvoyés à nos oreilles par
l'environnement sont ici absorbés ou se dispersent sans revenir. Or cette
réverbération continuelle de nous-mêmes, dont nous ne nous
rendons pas compte, contribue à nous donner le sentiment de notre
existence dans le monde physique. D'où cette angoisse en son absence.
Il est certainement possible d'aller beaucoup plus loin dans l'exploration
de l'univers acoustique pour dévoiler un univers invisible d'une richesse
inouïe (étant entendu qu'invisible ne veut pas dire ici
non-physique). Pour entrevoir cela, il faut saisir une propriété
fondamentale des ondes en général et des ondes acoustiques en
particulier. Un exemple simple rendra cela explicite.
Si vous jetez un
caillou dans une étendue d'eau calme, vous verrez se déployer à
la surface une superbe onde circulaire. Cette onde se déplace à
une certaine vitesse, qui dépend des caractéristiques du support,
ici l'eau. Observez attentivement les mouvements d'un petit objet flottant, un
bout de bois par exemple, au passage de l'onde. Vous noterez qu'il monte et
qu'il descend légèrement, mais, et c'est là l'important,
qu'il reste au même endroit et n'est pas entraîné par le déplacement
de l'onde. Il existe donc une différence fondamentale entre le mouvement
de l'onde et le mouvement de la matière qui lui sert de support. Cela a
pour conséquence qu'un nombre indéfini d'ondes peuvent passer
simultanément au même endroit. Pour preuve, jetez plusieurs
cailloux en même temps. Vous constaterez sans peine que, bien que
partageant le même support, les ondes créées par chacun des
cailloux se propagent indépendamment les unes des autres. Et, en certains
points de la surface de l'eau, plusieurs ondes passent en même temps.
Les ondes acoustiques se comportent à peu près
de la même manière mais à un niveau microscopique (7) : elles peuvent se superposer en nombre indéfini. Il
est facile de s'en rendre compte en écoutant le moindre morceau de
musique : une multitude de voix et d'instruments sonnent simultanément,
et toutes les ondes acoustiques passent en même temps en un même
point, ou plutôt deux, nos oreilles, pour devenir une seule musique.
Nous
avons vu que les ondes acoustiques fluxées par chaque être vivant
sont le reflet de sa forme. Par conséquent, l'interpénétration
des corps, qui n'est pas possible avec la matière dense, devient possible
avec leurs 'doubles' acoustique. Et comme, dans un va-et-vient incessant, ces
formes subtiles sont en retour perçues par notre corps, il s'instaure un
dialogue permanent avec tout l'environnement, une sorte de polyphonie qui modèle
localement l'espace !
Je pressens qu'il y aurait beaucoup plus à
dire, mais je crois que j'atteins les limites de mon expérience et de mon
entendement
De même qu'il a fallu distinguer les ondes acoustiques des sons, je
distingue à présent les ondes électromagnétiques, ou
photons, de la lumière proprement dite. Les premiers correspondent au phénomène
physique, et la seconde à ce dont nous prenons conscience. Un
raisonnement analogue à celui tenu pour le son va nous amener à
une conclusion similaire : la lumière n'est pas une caractéristique
des photons, c'est l'esprit qui se sert d'eux pour se construire des sensations
lumineuses colorées, grâce à l'entremise de l'oeil-cerveau.
Remarquons
tout d'abord qu'il est très facile de vivre des expériences du
type 'lumière' les yeux fermés et sans aucune excitation en
provenance de l'extérieur : les rêves nous en fournissent
quotidiennement la preuve.
Remarquons également que même
lorsque les sensations lumineuses proviennent de l'extérieur, il y a un découplage
très important entre lumière et photons. Sur l'énorme étendue
que couvrent les ondes électromagnétiques, qui vont des ondes
kilométriques (103 mètres et plus) aux ondes picométriques
(10-12 m et moins), la partie visible du spectre, celle qui donne naissance à
des sensations lumineuses, est extrêmement étroite, comprise entre
400 et 800 nanomètres (10-9 m). Je précise que, sur toute cette étendue,
il s'agit bien du même objet, et pas d'objets différents amalgamés
de force sous la même appellation de photons. Il n'y
a aucune différence de nature entre un rayon X qui sert à
radiographier une dent, un photon 'grandes ondes' qui véhicule une émission
de radio, et un photon 'visible' susceptible d'être capté par les
cellules sensibles de l'il (8).
Pour compliquer
encore les chose, à l'intérieur de l'étroite bande visible,
il n'y a pas stricte correspondance entre la longueur d'onde d'un photon et la
sensation lumineuse de couleur. Tous les peintres le savent, du violet s'obtient
en mélangeant du rouge et du bleu, de l'orange en mélangeant du
rouge et du jaune, et du vert en mélangeant du bleu et du jaune.
Autrement dit, des rayons lumineux ayant des longueurs d'onde différentes
ne sont pas perçus séparément comme tels, mais comme un
seul, d'une couleur complètement autre ! A l'extrême, mélangez
des photons de toutes longueurs d'onde, et vous obtenez une sensation unique,
celle de la couleur blanche. C'est sur ces principes que reposent la télévision,
où toutes les couleurs sont reconstituées à partir de trois
couleurs de base, que vous pouvez d'ailleurs voir en observant votre écran
à la loupe, et de l'impression en quadrichromie, où cette fois
quatre couleurs sont utilisées.
La conclusion s'impose d'elle-même
: les photons ne possèdent aucune couleur en propre, c'est l'esprit qui
se sert d'eux, du moins de certains d'entre eux, pour se construire des
sensations colorées. Il est évident que la nature vibratoire du phénomène
disparaît complètement en cours de route : personne n'a jamais vu
une couleur vibrer au rythme effréné d'un million de milliards de
fois par seconde !
Une conséquence est que se nourrir d'ondes électromagnétiques
et se nourrir de lumière sont deux choses complètement différentes.
L'importance
vitale du son et de la lumière peut être éprouvée
assez facilement grâce à un appareil appelé 'caissons de
privation sensorielle'. Ce n'est rien d'autre qu'une baignoire remplie d'eau
chaude salée et enfermée dans une boîte. Le sujet se trouve
ainsi isolé de toute stimulation, à la fois tactile (il flotte
dans de l'eau à la température de son corps), visuelle, et
auditive. Pour la plupart des gens, l'expérience est tellement éprouvante
qu'ils se précipitent hors de la boîte au bout de quelques minutes.
Certains pourtant arrivent à tenir des heures. L'intéressant est
que, pour ceux du moins qui ne s'endorment pas, le manque de stimulations extérieures
est souvent compensé par des hallucinations.
Que cela semble venir du dehors ou du dedans n'a pas grande importance
puisqu'en fait tout part et tout arrive au-dedans. Il n'y a aucune couleur, il
n'y a aucun son dans l'univers physique. Son et lumière sont des expériences
de conscience, des expériences spirituelles. La réalité
physique devient une création symbolique qui renvoie l'âme à
son propre univers de significations. Elle se construit un dehors pour mieux se
construire au-dedans. Et toutes les âmes qui partagent ce terrain de jeux
participent à la même quête, s'enrichissant et se fécondant
mutuellement.
Enfants de la Lumière, nous les hommes saurons un jour
revêtir un corps de lumière. Mais c'est pour plus tard, bien plus
tard. Nous avons au préalable à nous dépêtrer de la
matière dense où notre lourdeur d'esprit nous a englués, et
à nous imprégner de matière fluide en nous allégeant,
ce qui n'est déjà pas une mince affaire ! C'est cela jouer à
faire l'HOMME.
Se nourrir d'ondes électromagnétiques ou de photons, est très
différent. Cette fois le corps seul est concerné et plus l'esprit.
Les exemples les plus connus sont la photosynthèse chez les plantes, ou
la synthèse de la vitamine D chez l'homme par exposition au Soleil.
A
un niveau plus profond, des expériences ont montré dès 1923
que les cellules ont la capacité d'émettre et de recevoir des
photons. C'est ainsi que des cellules séparées par un écran
de quartz peuvent s'influencer dans leur processus de multiplication (expériences
d'Alexander Gurvich). On sait même depuis les années 80 que l'ADN
est une source de photons (travaux de Fritz-Albert Popp). On peut donc dire que
tous les êtres vivants fluxent des ondes électromagnétiques.
Ceci
nous rapproche de notions telles que le corps énergétique ou l'énergie
vitale. Mais avant d'aborder ces sujets, il y a encore un point important à
saisir à propos des ondes électromagnétiques.
Le monde vu par un photon est des plus étranges. En termes simples,
je dirai qu'il se trouve simultanément au début et à la fin
de sa trajectoire. Donc un photon émis par une source et capté par
un récepteur ne constitue pas tant un lien entre les deux qu'une
identification dans une dimension qui transcende notre espace-temps : ceci qui
est ici à un certain instant est aussi cela qui est là à un
autre moment !
Imaginez deux points sur une feuille de papier reliés
par un trait. C'est la représentation habituelle de la trajectoire d'un
photon entre la source et le récepteur. Imaginez maintenant que vous
repliiez la feuille pour superposer les deux points. Vous obtenez une représentation
de l'espace vu par le photon lui-même : les deux points coïncident !
Si
l'on note maintenant que les échanges photoniques sont incessants, autant
à très courte portée (à l'échelle des atomes,
des molécules, des cellules, etc.) qu'à très longue portée
(espace interplanétaire, espace interstellaire, espace intergalactique
),
on voit émerger une nouvelle image de l'univers, où l'infiniment
petit rejoint l'infiniment grand dans l'ici et maintenant d'un Point sans
dimension. Non pas un point dans l'espace, mais un Point qui contient toute la
matière, y compris l'espace et le temps !
C'est cela qui rend les
fluxions électromagnétiques aussi essentielles : elles relient
dans l'instant d'un temps replié sur lui-même tout ce qui fait
cette réalité physique. Elles relient donc, à un niveau
plus profond, tous les êtres incarnés dans cet univers, et les
renvoient à leur rôle de co-créateurs hors de cet
espace-temps.
Lorsque nous serons pleinement pénétrés
de cette réalisation, nous pourrons boucler la boucle de cet univers et
serons aptes à en engendrer de nouveaux. Mais nous en sommes loin, très
loin. Il suffit de voir déjà le peu de conscience que nous avons
d'être créateurs de notre corps et des événements qui
nous arrivent, qui pourtant sont spatio-temporellement bien localisés.
Raison supplémentaire pour laquelle nous n'avons pas fini de nous
incarner, dans la mesure où, justement, le jeu de l'incarnation tient en
grande partie dans cette localisation spatio-temporelle, simplification destinée
à faciliter l'apprentissage. Donc nous n'avons pas fini non plus de
fluxer l'air, et l'eau, et les végétaux, et les animaux
Sous des appellations diverses, la notion d'énergie vitale est un thème récurrent de philosophie, de la science, de la médecine... Remise au goût du jour à la suite de l'engouement pour les philosophies orientales, où elle est prise comme synonyme du chi des chinois ou du prana des hindous, elle commence à devenir un véritable fourre-tout. Alors de quoi s'agit-il ? La question n'est pas seulement théorique, car s'il s'avère qu'il y a quelque chose de tangible derrière cette notion, nous aurons trouvé une nouvelle fluxion primordiale qu'il nous faudra apprendre à fluxer
Il est indéniable qu'à travers des pratiques telles que le
yoga, le chi-qong, la méditation, l'hypnose, les arts martiaux, etc.,
sans parler de manifestations spontanées, le corps est sujet à des
phénomènes que l'on peut qualifier d'énergétiques :
picotements, tressaillements, sensations de chaleur, capacités physiques
multipliées, comme chez ces pratiquants d'arts martiaux qui cassent des
piles de briques d'un coup de tête ou ces yogis qui restent des heures
dans l'eau glacée...
En quoi cette énergie diffère-t-elle
de l'énergie qu'étudie la physique pour justifier une nouvelle dénomination
? En fait je crois qu'elle n'en diffère pas. Il s'agit de la même
chose parce qu'on a toujours affaire à des phénomènes
physiques dans cette réalité physique. Ces phénomènes
sont tout ce qu'il y a d'ordinaires, même s'ils prennent parfois des
proportions qui ne le sont pas. Il n'y a donc pas à inventer une nouvelle
catégorie d'énergie qui possèderait des propriétés
spécifiques. Grâce à certaines pratiques, l'on devient
capable de déclencher dans le corps des effets plus ou moins importants.
Ils empruntent des voies physiologiques connues (modifications hormonales,
modifications de la circulation sanguine, etc.), ou à découvrir
(libération d'énergie par des transmutations biologiques à énergie
faible, phénomènes électromagnétiques, etc.), mais
en aucun cas ne sont extra-ordinaires : un coup de poing reste un coup de poing,
et de la chaleur reste de la chaleur.
Le concept d'énergie vitale est aussi employé dans d'autres circonstances. Dans les relations humaines, il arrive que l'on dise de certaines personnes qu'elles nous pompent notre énergie tandis que d'autres nous revitalisent. Mais y a-t-il vraiment 'quelque chose' de nature énergétique qui circule d'une personne à l'autre, à l'instar de la chaleur rayonnée par un radiateur ou du froid émanant d'un bloc de glace ? Ne s'épuise-t-on pas plutôt soi-même en se mettant dans des situations inconfortables qui finissent par devenir intolérables ? Inversement, ne capte-t-on pas les bonnes intentions de son interlocuteur, ce qui nous met à notre tour dans de bonnes dispositions ?
Il me semble que le concept d'énergie vitale, et probablement
d'autres du même acabit, est employé pour palier à notre
paresse épistémologique, laquelle se manifeste principalement sous
deux formes.
Première forme : la projection du sujet dans l'objet.
Cela consiste à attribuer à un objet des qualités qu'il ne
possède pas en lui-même. On va dire ainsi d'un objet qui provoque
des réactions importantes chez les gens qu'il est 'chargé énergétiquement'.
Pourtant, personne n'irait dire d'un tableau très laid devant lequel tout
le monde a une réaction de recul qu'il contient l'énergie qui
alimente ces mouvements en arrière ! Ce sont les gens qui réagissent
à l'image. Ils captent une information, qu'ils interprètent et
traduisent par un mouvement en arrière. Tandis que la mouche qui est posée
dessus ou le chat qui somnole devant ne captent pas cette information et ne sont
de ce fait pas 'repoussés'.
Il en va de même avec beaucoup
d'objets qui provoquent des réactions importantes. L'information qu'ils
contiennent peut certes être plus subtile, comme par exemple des pensées
piégées dedans. Mais cela ne change rien : c'est d'abord un phénomène
informationnel avant d'être un phénomène énergétique.
L'aspect énergétique vient du sujet qui capte l'information et
accomplit un mouvement en réaction à sa signification, et pas de
l'objet. Si l'on ne décode pas correctement ce genre de phénomènes,
c'est-à-dire si l'on persiste à considérer que l'objet, la
brosse à dents de lama MachinChose ou de marabout MachinTruc par exemple,
est énergétiquement chargé, l'on court le risque de finir
en génuflexions, offrandes et sacrifices pour se préserver de ses
'énergies négatives' ou s'approprier son 'énergie
positive'.
Il est tout de même des cas où un objet semble posséder
en lui-même des propriétés 'énergétiques'. Je
pense par exemple à des eaux qui, chimiquement identiques, manifestent
des qualités différentes : propriétés
organoleptiques, capacité à 'revitaliser' les plantes, laquelle
peut être évaluée objectivement avec des critères
tels que la vitesse de croissance, etc. Dire simplement que l'une a de l'énergie
vitale et l'autre pas est une manière un peu rapide de clore le débat.
C'est aussi ridicule que de dire que l'opium fait dormir parce qu'il a des
'vertus dormitives'. C'est la seconde forme de paresse épistémologique,
qui consiste à inventer un concept fourre-tout, et considérer à
partir de là que tout est dit et qu'il n'y a plus rien à chercher.
Or,
dans la mesure où l'on a affaire à des phénomènes
parfaitement observables et répétables, les outils de la science
classique sont opérants. Pour rester sur l'exemple de l'eau, il n'est pas
forcément besoin de faire appel à des principes ésotériques
pour expliquer sa 'vitalité' : cf. la différence entre une eau
trimère et une eau pentamère que j'expliquerai plus loin.
Je
ne prétend pas qu'il n'y a que cela. Je dis juste qu'on aurait tort de ne
pas explorer toutes ces facettes du phénomène. Avant d'avoir
recours à des explications ésotériques qui sont toujours très
difficiles à valider, il faut avoir épuiser les autres voies.
Qu'il y ait des dimensions invisibles qui nous échappent, c'est certain.
Mais invisible ne veut pas toujours dire non-physique. Avant qu'on ne découvre
l'oxygène dans l'air en tant que matière, et son implication dans
la physiologie des êtres vivants, l'on ne pouvait que constater qu'il y a
avait 'quelque chose' de 'vital' dans l'air, bien qu'invisible. De même,
avant qu'on ne découvre le rayonnement infrarouge et qu'on comprenne sa
nature électromagnétique, la chaleur invisible rayonnée par
le Soleil ou un feu tenait de la magie. De là sans doute l'émergence
des concepts de pneuma, de prana ou de chi. Ils ont eu leur raison d'être.
Mais je considère comme une régression de les ressortir de leur
vieille boîte poussiéreuse, et tout ce qui va avec, comme les théories
des quatre ou des cinq éléments. D'accord, c'est plus facile à
comprendre que la physique quantique, mais ce n'est pas une raison pour s'y
raccrocher. Je ne vois pas en quoi cela peut encore nous aider dans notre quête,
nous aider à comprendre qui nous sommes. J'ajoute que la science moderne
ne détient pas plus l'explication ultime. En revanche, si nous savons la
prendre avec doigté, elle contribue : d'une part à démystifier
une partie de l'invisible en le rendant visible ; d'autre part à élargir
considérablement notre vision de l'univers, et donc de nous-mêmes ;
enfin, à mettre le doigt sur d'énormes et nouveaux mystères
comme celui de l'espace-temps. Cela donne le vertige, mais ce vertige-là
est une aspiration à nous dépasser, et pas une incitation à
la paresse devant ce qui nous dépasse.
Ma conclusion est que presque toutes les manifestations d'énergie
vitale, de chi, de prana, et autres, ne sont en fait que des manifestations de
la même énergie physique que la science actuelle étudie.
Cela ne ferme pas pour autant la porte à d'autres types d'énergie
(comme l'hypothétique orgone de Reich). Mais il
faut bien comprendre que si elles existent, elles sont forcément très
discrètes, sinon elles auraient des effets notables sur nos vies et ne
nous auraient pas échappé aussi longtemps (9).
Par
ailleurs, un autre ensemble de phénomènes que l'on qualifie d'énergétiques
relèvent quant à eux de l'information. Etant entendu que, pour
moi, l'information n'est pas une simple mesure de probabilité dénuée
de signification, comme dans la théorie malproprement nommée 'théorie
de l'information', qui n'est en fait qu'une théorie de la transmission du
signal. Au contraire, elle EST signification. Cela ne veut pas dire que ces phénomènes
restent dans des limbes éthérés et n'ont aucune conséquence
physique. Mais ces conséquences viennent du sujet,
et sont du même ordre que transformer une intention en acte, ou bien agir
sur de la matière à distance par psychokinèse (10).
Le résultat de tout ça est que la notion d'énergie vitale me paraît complètement vide ou dépassée. Ou bien l'on a affaire à des manifestations physiques, auquel cas c'est de même nature que l'énergie étudiée par la science (ce qui ne veut pas dire que l'on comprend tout : cf. les 'exploits' des yogis ou des guérisseurs par exemple) ; ou bien il s'agit d'information, auquel cas il convient de parler d'information et pas d'énergie (11). Dans un cas comme dans l'autre, c'est du déjà vu. Il n'y donc pas de quoi en faire tout un plat, façon de dire qu'il ne s'agit pas de nouvelles substances à fluxer.
Parvenu à ce point, je donne peut-être l'impression de retomber
dans un nouveau dualisme, celui de l'énergie et de l'information. Pour
qu'il n'y ait pas méprise, je rappelle :
- que la matière, l'énergie,
et plus généralement toute la réalité physique, sont
au fond complètement immatérielles et ont la consistance de pures
significations,
- que des âmes ont choisi de créer cette réalité
physique pour se donner un miroir où se révèlent quelques
unes de leurs facettes,
- que nous, les hommes, sommes des projections de
certaines de ces âmes dans cette réalité physique particulière,
-
que le jeu que nous jouons en tant qu'êtres incarnés consiste dans
un même mouvement à pénétrer l'esprit de la matière
et la matière de l'esprit, réaliser que l'un est l'autre, et
devenir pleinement ce que nous sommes : des consciences créatrices, des
joueurs de la création,
- que le moteur ultime est l'intention, et
le but la création consciente orgasmique !
A l'issue de cette réflexion sur l'énergie vitale, on pourra penser qu'on aurait pu s'en dispenser. C'est vrai, je reconnais qu'elle ne nous a pas menés bien loin ! Du moins en apparence, parce qu'elle a tout de même une vertu caché