quatrième note de travail

de l'agriculture à la co-science

Vahé Zartarian



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Avertissement

Ce document a été rédigé en mai 2000 en tant que note préparatoire au livre destiné à préciser mon projet de laboratoire de création et d'expérimentation de futurs possibles. C'est donc une note de travail qui montre le cheminement de ma recherche et qui n'est évidemment pas aussi aboutie que le livre lui-même. Chemin faisant, mes idées se sont notablement enrichies et précisées, et je suis parvenu à les exposer de manière plus simple et plus claire. Mais la vision qui sous-tend ma démarche et les idées directrices majeures sont déjà présentes. Je vous livre cela "brut de fonderie", avec toutes les imperfections d'un travail en cours, en vous souhaitant d'y trouver de quoi nourrir vos rêves du futur...
Je ne m'occupe pas dans cette note de critiquer l'agriculture moderne, sujet à la mode et abondamment traité par les médias. Je cherche à poser les bases d'une approche résolument différente qui situe l'homme dans un tout autre rapport avec l'alimentation (voir note 3) et avec Gaïa.

D'autre part, j'adopte la convention suivante :
- le terme 'homme' en minuscules et italique désigne l'espèce humaine actuelle ;
- le terme 'HOMME' en majuscules et italique désigne l'homme métamorphosé ;
- les termes 'homme' et 'femme' en minuscules désignent respectivement les représentants mâles et femelle de l'espèce humaine actuelle ;
- les termes 'HOMME' et 'FEMME' en majuscules désignent respectivement les représentants mâles et femelle de la nouvelle espèce.
Tout ça n'est pas parfait, mais ça a le mérite d'être assez simple et facile à retenir. Il sera toujours temps de remplacer ces mots lorsque le besoin s'en fera sentir...




Prologue



Cette réflexion sur l'agriculture, ou plutôt la non-agriculture, est partie il y a quelques années de deux constats simples :
Comme tout le monde ou presque, je trouve les fraises des bois absolument délicieuses. Par rapport aux fraises cultivées, leur goût incomparable compense largement leur plus petite taille. Or les fraises des bois poussent toutes seules et ne réclament comme seul travail que de se baisser pour les ramasser lorsqu'elles sont mures ; tandis que les fraises cultivées imposent un travail de titan : achat des plants, labourage, mise en terre, arrosage, désherbage, etc., et en plus il faut recommencer tous les ans ! Pourquoi s'épuiser à vouloir faire ce que la nature parvient très bien à réaliser toute seule ?
D'autre part, j'ai toujours été choqué de voir l'allure que prend un jardin à l'abandon. Quelques semaines suffisent pour transformer un espace savamment élaboré par l'homme en un chaos qui n'a rien de l'harmonie que dégage un écosystème naturel équilibré. Ceci prouve selon moi que l'ordre établi par le jardinier est un ordre imposé qui ne respecte pas la nature. Dès qu'il relâche un tant soit peu son attention, elle reprend ses droits, mais conserve tout de même comme des cicatrices les marques de ce que l'homme a voulu lui imposer.

N'étant pas compétent dans ce domaine et peu désireux de le devenir, j'ai laissé à d'autres, dont c'est semble-t-il la vocation, le soin d'expérimenter. Et ils sont nombreux à proposer des alternatives au système actuel. Mon but n'est pas de les passer toutes en revues. Il est, guidé par mon intuition et les 'heureux hasards' qui ont fait venir à moi l'information, d'essayer de trouver des réponses satisfaisantes à la problématique soulevée par les constats précédents, réponses qui soient en outre cohérentes avec la vision qui sous-tend toute ma démarche. Trois approches retiennent mon attention : l'agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka, le dialogue avec les esprits de la nature tel que pratiqué à la communauté Findhorn, et la permaculture de Bill Mollison. Après les avoir présentées et critiquées, j'essaierai de construire une synthèse.
On notera que je n'évoque pas l'agriculture biologique, ni la biodynamie et autres avatars 'évolués' de l'agriculture, considérés pourtant par beaucoup comme la panacée. C'est qu'il n'y a dans ces pratiques rien de vraiment nouveau. La technique seule change, pas la signification de ce qu'est l'agriculture. C'est là pour moi la question essentielle : l'homme est-il vraiment sur Terre pour la gratter et en tirer laborieusement de quoi se nourrir ? La réponse traditionnelle consiste à dire qu'il n'a pas le choix. Mais si justement il a le choix ! Et pour le comprendre, c'est tout un itinéraire. Il s'agit d'abord de prendre conscience des limites que nous nous imposons à nous-mêmes, après quoi nous devenons aptes à comprendre ce que des pionniers hardis ont expérimentés, et à partir de là il devient possible de projeter l'intention d'un nouveau futur… Donc voyons ce que ces pionniers ont à nous apprendre du dépassement de certaines limites.






trois approches révolutionnaires



l'agriculture naturelle de Fukuoka (1)


philosophie

" The ultimate goal of farming is not the growing of crops, but the cultivation and perfection of human beings. "

" Pour organiser une humanité et une société dans lesquelles on n'ait rien à faire, l'homme doit considérer tout ce qu'il a accompli dans le passé et se débarrasser, l'un après l'autre, de tous les concepts et façons de voir erronés qui l'imprègnent, lui et la société dans laquelle il vit. Voici tout ce dont il s'agit lorsque l'on parle du mouvement du 'non-agir'. L'agriculture naturelle peut être considérée comme une branche de ce mouvement. Les connaissances et l'effort humain se déploient, s'étendent, deviennent de plus en plus complexes et sont à l'origine de gaspillages sans limites. Nous devons enrayer cette expansion, pour simplifier, réduire ces connaissances et cet effort et les rendre convergents. Ceci est en accord avec les lois de la nature. L'agriculture naturelle est davantage qu'une simple révolution dans les techniques agricoles. Elle est le fondement pratique d'un mouvement spirituel, d'une révolution capable de transformer la manière dont l'homme vit. " (30)


principes

" L'idée fondamentale de l'agriculture naturelle est que la nature doit rester libre de toute ingérence et intervention humaines. Elle s'efforce de restaurer la nature détruite par le savoir et l'action de l'homme et de ressusciter une humanité séparée de Dieu. " (9)

" Faire un avec la nature. L'agriculture est une activité dirigée par la main de la nature. Il nous faut regarder attentivement un plant de riz et être attentif à ce qu'il nous enseigne. Sachant ce qu'il révèle, nous sommes en mesure d'observer le 'comportement' du riz lorsque nous le cultivons. Cependant, 'regarder' le riz ne revient pas à le considérer comme un objet, à l'observer ou à y penser. Il faudrait surtout 'se mettre à la place du riz'. En agissant ainsi, le soi en train de regarder le plant de riz s'évanouit. C'est ce que signifie " voir et ne pas examiner, et en n'examinant pas, connaître ". (140)

Les principes : pas de labourage, pas d'engrais, pas de pesticides, pas de sarclage et pas de taille.
" Si c'est là tout ce qu'il faut pour cultiver du riz, alors les fermiers ne seraient pas ainsi à travailler si dur dans leurs champs ". Et cependant, c'est bien là tout ce qu'il est nécessaire de faire. En effet, grâce à cette méthode, j'ai conséquemment obtenu des rendements supérieurs à la moyenne. Ceci étant, la seule conclusion possible est qu'il doit y avoir quelque chose de radicalement faux dans les pratiques agricoles qui exigent tant de travail inutile. " " En y réfléchissant bien, si l'on dit " ceci est inutile, cela est nécessaire ", ou " il faut faire ceci ou cela ", c'est que l'on a créé les conditions préalables qui donnent à cette chose sa valeur. Nous créons des situations dans lesquelles, sans ce quelque chose dont nous n'avions jamais eu besoin en premier lieu, nous sommes perdus. Et pour nous sortir de cette situation fâcheuse, nous faisons ce qui semble être de nouvelles découvertes, que nous proclamons alors être le progrès. Irriguez un champ et retournez-le avec une charrue, et le sol 'prendra', devenant aussi dur que plâtre. Si la terre meurt et se durcit, il faut alors la labourer chaque année pour l'ameublir. Tout ce que nous faisons crée les conditions qui rendent la charrue nécessaire, et nous nous réjouissons alors de l'utilité de notre outil. Nulle plante à la surface du globe n'est faible au point de ne pouvoir germer que dans un sol labouré. L'homme n'a pas besoin de travailler et de retourner la terre car les micro-organismes et les petits animaux jouent le rôle de laboureurs de la nature. " (14-15)


pratique

" Mon champ est recouvert du vert tendre des céréales d'hiver. Ce champ n'a pas été labouré ni retourné depuis trente ans. Pas plus que je n'y ai épandu d'engrais chimiques, ni de compost, ni vaporisé d'insecticides ou autres produits chimiques. Je pratique ici ce que j'appelle une agriculture du non-faire. Et cependant, chaque année, je moissonne près de 50 quintaux de céréales d'hiver et 50 quintaux de riz à l'hectare. Mon but est d'atteindre par la suite 75 quintaux. Faire pousser des céréales de cette manière est très simple et sans détour. Je sème tout simplement à la volée du trèfle et la céréale d'hiver par-dessus les épis de riz mûrissants, avant la moisson d'automne. Plus tard, je moissonne le riz tout en marchant sur les jeunes pousses de la céréale d'hiver. Après avoir laissé sécher le riz trois jours, je le bats puis répands la paille sans la hacher sur l'entière surface du champ. Si j'ai quelque fiente de poule, je l'étends par-dessus la paille. Ensuite, je forme des boulettes d'argile contenant des grains de riz et éparpille les boulette sur l'ensemble avant le nouvel an. Maintenant que pousse la céréale d'hiver et que le riz est semé, il n'y a plus qu'à attendre la moisson de celle-là. Le travail d'une ou deux personnes est plus que suffisant pour faire venir les récoltes sur 1000m². Fin mai, en moissonnant la céréale d'hiver, je découvre le trèfle qui pousse, luxuriant, à mes pieds, et les jeunes pousses qui émergent des grains de riz contenus dans les boulettes d'argile. Après avoir moissonné, séché et battu le grain d'hiver, j'étale dans le champ toute la paille non hachée. J'irrigue ensuite le champ pendant 4 ou 5 jours pour affaiblir le trèfle et donner aux pousses de riz une chance de percer au travers de la couverture formée par celui-ci. En juin et juillet, je n'irrigue pas, mais en août je fais courir de l'eau le long des sillons de drainage une fois par semaine ou décade. Voici, pour l'essentiel, ce que recouvre la méthode d'agriculture naturelle que j'appellerai " à semaille directe, sans labour, avec alternance céréale d'hiver-riz dans un manteau de trèfle ". (13-14)

" Idéalement, on devrait confier les légumes aux soins de la nature et leur permettre de pousser dans un état presque sauvage plutôt que cultivés par l'homme dans des conditions artificielles et pour son propre usage. Les légumes savent où, quand, et comment pousser. En semant un mélange de nombreux légumes, en leur permettant de pousser naturellement, et en observant lesquels prospèrent et lesquels ne le font pas, on s'aperçoit qu'ayant poussé dans le sein de la nature, les légumes sont supérieurs à ceux que l'on aurait pu normalement attendre. Ainsi, lorsque les graines de différents légumes et céréales sont mélangées et éparpillées au-dessus d'herbes sauvages et de trèfle en train de pousser, certaines disparaissent et d'autres survivent. Quelques unes deviennent même florissantes. Ces légumes fleurissent et donnent une graine ; la graine tombe au sol et s'y enfouit, et là, son enveloppe se décompose et la graine germe. Le jeune plant pousse, en concurrence avec d'autres plants ou collaborant avec elles. Le processus de la croissance est un drame de la nature étonnant qui semble de prime abord désordonné, mais est en fait hautement rationnel et organisé. Il y a beaucoup à apprendre en observant l'œuvre prodigieuse accomplie par la nature. Bien que cette méthode de culture mélangée, semi-sauvage, puisse sembler aventureuse au premier coup d'œil, elle permet de produire plus qu'il ne faut à ceux qui cultivent un petit jardin naturel ou à ceux qui cherchent à vivre en autarcie en pratiquant la culture maraîchère sur des terres pauvres. " (247)


autres remarques

" L'homme essaie d'éliminer les mauvaises herbes mais jamais la nature ne considère arbitrairement une herbe comme mauvaise et n'essaie de la supprimer. " (10)

" Peu importe qu'il y ait des insectes nuisibles. Tant que leurs ennemis naturels y sont aussi, un équilibre naturel s'instaure de lui-même. " (19)

" Lorsqu'un insecte se pose sur un épi de riz, la science ignore immédiatement les relations existant entre la plante et l'insecte. Si l'insecte se nourrit des sucs contenus dans la feuille de la plante et que celle-ci meure, l'insecte est alors considéré comme nuisible. On effectue des recherches sur l'insecte, identifié par la taxinomie, et on étudie attentivement sa morphologie et son écologie. Ces connaissances sont par la suite utilisées pour déterminer comment le tuer. La première chose que fait l'agriculteur naturel lorsqu'il regarde ces cultures et cet insecte est de voir, sans pourtant voir, le riz ; de voir et cependant de ne pas voir l'insecte. Il ne se laisse pas égarer par les circonstances matérielles ; il n'applique pas de méthode scientifique de recherche en observant le riz et l'insecte, ou en enquêtant sur l'identité de ce dernier ; il ne se demande pas pourquoi, quand, et d'où il est venu, ni n'essaie de savoir ce qu'il fait dans le champ. Que fait-il alors ? Il dépasse le temps et l'espace en adoptant ce point de vue qu'il n'y a à l'origine dans la nature ni plante cultivée ni insecte nuisible. Les concepts de 'plante cultivée' et 'd'insecte nuisible' ne sont que des expressions forgées par l'homme et fondés sur des critères subjectifs enracinés en lui ; du point de vue de l'ordre naturel ils sont sans signification. Cet insecte est donc nuisible sans pourtant l'être. Ce qui revient à dire que sa présence n'interfère en aucune manière avec la croissance du riz, car il y a une façon de pratiquer l'agriculture dans laquelle le riz et l'insecte peuvent coexister harmonieusement. " (144)

" Pour que la volaille et le bétail soient d'un réel bénéfice, ils doivent être capables de se nourrir et de se débrouiller par eux-mêmes en pleine nature. " (50)

" Les plantes cultivées et les animaux domestiques ne font plus partie de la nature " (155)

" In arid areas, germination of seeds is often quite difficult. The wind blows seeds away from the site, rain washes the seed into arroyos, the desert heat diminishes the viability of seed embryo. Rodents, birds and insects consume much of the exposed seed. Seed Balls take care of all these problems. Appropriate seed mixtures are encased in a ball of red clay and soil humus. The clay protects the seeds from the drying sun, rodents, birds and insects until sufficient rains come. The rain melts the clay, allowing the seeds to sprout protected within a mini environment of nutrients found in the humus and clay. Although not all seedlings within a seed ball will survive to maturity, the appropriate species for each micro location will be there to survive. " (http://www.seedballs.com)


commentaires

Le grand mérite de Fukuoka est de prouver qu'une agriculture respectueuse de la nature est viable. C'est ce qu'il appelle l'agriculture du non-agir, à ne pas confondre avec le 'laisser faire', qui pour lui est synonyme d'abandon, comme un arbre fruitier taillé pendant des années qu'on laisse subitement à lui-même et qui se met alors à entortiller ses branches de manière disgracieuse.
L'autre mérite de Fukuoka est d'avoir osé remettre en cause un des grands dogmes fondateurs des civilisations, à savoir la nécessité du travail de la terre pour obtenir sa pitance (de là la propriété de la terre, la séparation de classes entre classes laborieuses et oisifs, etc.). C'est sans doute pourquoi, malgré sa réussite, il n'a pas la reconnaissance qu'ont acquis l'agriculture biologique ou la biodynamie, qui restent sagement sur le seul terrain de la pratique agricole.
J'en profite pour rappeler que les hommes du paléolithique (-30000 à -9000) qui pratiquaient la chasse et la cueillette avaient une vie meilleure que leurs suivants du néolithique qui se sont mis à l'agriculture et à l'élevage (2) : diminution de la taille, diminution de l'espérance de vie, apparition de nouvelles maladies, augmentation du travail (3)... Contrairement à une opinion répandue, les 'primitifs' qui vivent de la chasse et de la cueillette ne passent pas leur vie à la quête fébrile d'une nourriture aléatoire ! Quatre heures de 'travail' par jour suffisent amplement à leur assurer une vie confortable, étant précisé que ce 'travail' n'est pas des plus intenses et entrecoupé de pauses fréquentes.
L'agriculture naturelle du non-agir montre qu'il y a un chemin possible entre l'agriculture laborieuse et destructrice (pour la faune, la flore, le sol, la forêt...) telle qu'elle est pratiquée depuis des millénaires, et la pratique primitive de la chasse et de la cueillette, qui évidemment laissait entièrement la nature à elle-même mais qui est impraticable aujourd'hui pour cause de population trop importante et d'environnement dégradé.


critiques

Malgré ces avancées formidables, j'adresserai deux critiques à la démarche de Fukuoka.
La première est que son travail a porté sur des plantes qui ne sont plus naturelles (il le dit lui-même) car résultat de siècles de sélection par l'homme. C'est donc un vrai coup de chance que cela ait aussi bien marché ! En fait cela a mieux marché avec les plantes 'simples' comme les céréales et les légumes qu'avec les arbres. Son verger lui a donné beaucoup de travail, avec des résultats moins satisfaisants que ceux obtenus avec les céréales. Il serait donc intéressant d'étendre cette approche à des plantes qui sont moins marquées par l'homme, et surtout d'explorer les possibilités des plantes pérennes par rapport aux plantes annuelles.

La seconde critique concerne la philosophie de Fukuoka. Il considère a priori la nature comme 'parfaite' et l'homme comme un 'niais arrogant'. Les succès sont donc le fait de la seule nature, et les échecs proviennent entièrement de l'homme qui ne la respecte pas. Il n'envisage pas un seul instant que l'homme et la nature puissent interagir de manière positive et encore moins collaborer. Paradoxalement, le retour à la nature tel qu'il le prône conduit à exclure l'homme de la nature ! Et ayant exclu l'homme, il ne peut plus voir qu'il est un paramètre essentiel de l'équation. Or, quoiqu'il en pense, son jardin n'est pas indépendant de lui en tant qu'individu, ce qui explique sans doute la difficulté qu'ont certains à obtenir les mêmes résultats tout en suivant ses préceptes de l'agriculture naturelle.

La question soulevée ici n'est pas anodine. C'est même le problème épistémologique central de la biologie. L'anecdote suivante empruntée à Bird et Tompkins l'illustre bien (4).
George de la Warr, un ingénieur anglais, entre autres expériences, soumis de la vermiculite à des rayonnements et observa les effets sur des plantes. Leur croissance s'en trouva augmentée de manière spectaculaire. Un établissement horticole demanda à faire ses propres tests avec cette vermiculite traitée : résultat négatif ! De la Warr refit les expériences dans les mêmes conditions et sur le même terrain : la croissance des plantes augmenta ! Convaincu que le facteur humain jouait un rôle essentiel, il conçut une nouvelle expérience. Il dit clairement à ses assistants qui s'occupaient des plantes quels bacs contenaient de la vermiculite traitée et quels bacs contenaient de la vermiculite non traitée. Il apparut que les plantes poussaient mieux dans les premiers que dans les seconds. Or en fait tous les bacs contenaient de la vermiculite non traitée ! C'était donc leurs seules croyances qui avaient influé sur la croissance des végétaux.
Cela va même beaucoup plus loin. L'homme n'est pas seulement capable d'influer par ses pensées sur la pousse des végétaux, il peut véritablement collaborer avec les plantes, jusqu'à participer à de nouvelles créations. C'est ce qu'a magistralement démontré l'expérience de Findhorn.




le dialogue avec les esprits de la nature


Findhorn (5)

" Créer un jardin là, à Findhorn, semblait aussi absurde que la construction de l'arche de Noé avant le déluge ! Nous nous trouvions sur une étroite péninsule qui se lançait dans les eaux de la mer du Nord à l'estuaire de la Moray, presque en permanence exposée à des vents nous assaillant de tous côtés, uniquement protégés à l'ouest par l'abri qu'offrait une ceinture de conifères. Pis que tout était le sol : ce n'était que sable et gravier à peine maintenus par une légère couche d'herbe. " (16)

" Malgré tous les obstacles, le jardin devint prospère. Vers la fin de juin, il commença à attirer l'attention du voisinage. Des gens venaient pour le regarder, puis repartaient en hochant la tête, croyant difficilement que trois mois à peine s'étaient écoulés depuis que les premières graines avaient été semées. Comment se pouvait-il que tout ici soit vert et plein de vitalité alors que tout était mort et desséché autour ? Bien entendu, il était impossible de leur expliquer l'aide et la coopération que nous avaient offertes les dévas. Les gens nous trouvaient déjà assez bizarres comme cela. Au fur et à mesure que la force vitale se développait dans le sol, les plantes devenaient florissantes et résistaient aux maladies et aux parasites. Tous les processus vitaux avaient été accélérés dans le jardin. Les dévas nous dirent : En termes de forces vitales, l'amélioration du sol est immense. Non seulement vous avez travaillé comme peu d'humains l'ont jamais fait, mais nous aussi, nous n'avons cessé de laisser pénétrer dans la terre une pluie constante de radiations. Nos efforts se sont multipliés entre eux, et c'est à cause de cette 'pression' que vous avez obtenu des résultats plus rapides qu'habituellement. " (23)

" En 1964, notre seconde saison, le jardin était littéralement débordant de vie. Les dévas et les esprits de la nature s'étaient surpassés non seulement en qualité - la récolte était pleine de vitalité et exhalait un arôme stupéfiant - mais aussi en quantité. Au début de la saison, je fis une estimation du nombre de choux rouge dont nous aurions besoin pour l'année. Pour une moyenne d'un peu plus de 2 kg par chou, il nous faudrait 8 choux. Mais lorsque ces choux parvinrent à maturité, leur taille était si imposante que l'un pesait plus de 17 kg et un autre 19 kg. Ce fut la même chose avec les brocolis qui prirent de telles proportions qu'ils nous nourrirent pendant plusieurs mois. Lorsque finalement je voulus les arracher, ils étaient presque trop lourds pour être soulevés. " (26)


les dévas

" Nous savions que les dévas font partie de la hiérarchie angélique qui maintient le modèle archétypique de chaque espèce de plante et canalise l'énergie pour aider une plante à prendre forme sur le plan physique. Au cours de mon entraînement spirituel, j'avais pris conscience des formes de la nature, en particulier des 'élémentaux', ces esprits de la terre, de l'air, du feu et de l'eau. Pour moi [Peter], les dévas et les esprits de la nature faisaient intégralement partie du processus de la création ; ils étaient la force de la vie personnifiée. En fait, à un certain moment, le fait de pouvoir coopérer de manière consciente avec eux m'avait beaucoup intéressé. Et maintenant, voici que le déva des Pois offrait de nous aider dans notre jardin. Je sautais sur cette chance, n'ayant qu'une seule pensée : enfin, nous pouvions maintenant obtenir directement les réponses aux questions que nous nous posions sur le jardinage. Je me mis à poser toutes les questions qui nous avaient traversé au cours des semaines qui s'étaient écoulées tandis que le jardin commençait à se développer, et Dorothy les posa à son tour au déva de chaque espèce concernée. Aussi étrange que cela puisse paraître, il nous fut répondu. Des réponses pratiques à des questions pratiques. Les dévas nous expliquèrent à quelle distance les unes des autres devaient être plantées les plantes, la fréquence à laquelle il fallait les arroser, que faire et ne pas faire. Ce n'étaient que des réponses concernant le jardinage, celles que tout jardinier doit connaître. Mais le fait était que nous, nous les ignorions. De plus, les dévas nous dirent que cette sorte de coopération consciente entre l'homme et les forces de la nature constituait une expérience tout à fait nouvelle pour eux aussi. Nous avons alors découvert ensemble certaines méthodes de jardinage qui dépassaient de loin celles qui sont habituelles. Par exemple, après avoir semé nos premières graines de laitue, je suivis les conseils des livres de jardinage en éclaircissant les rangées de jeunes plants et repiquais chacune de ces rangées en cinq ou six autres. Mais la plupart de nos laitues ainsi transplantées se mirent à dépérir sans que nous sachions pourquoi. Lorsque Dorothy demanda au déva des Laitues ce qu'il fallait faire : (19-20)
Nous ne sommes pas pour le repiquage car il affaiblit la plante. Nous préférons la méthode naturelle : une grande quantité de graines dont seules les fortes survivent. Le mieux est de semer plus épais que nécessaire, puis d'éclaircir ensuite, en choisissant d'enlever les pousses les plus faibles. De cette façon, vous aidez la nature, et elle vous le rend en produisant des plantes saines. (le déva des Laitues, 29 mai 1963, p99)

" Peter vint me [Dorothy] trouver et me dit : " les taupes, faites quelque chose à leur sujet ". Ne sachant trop que faire, je décidai d'essayer d'entrer en contact intérieurement avec elles. En me concentrant sur l'essence de ce qu'est une taupe, je reçus l'image d'un grand Roi Taupe plutôt effrayant assis dans une grotte souterraine, une couronne sur la tête. Je commençai d'une manière mal assurée : " voilà, nous avons un jardin et vous les taupes vous le mettez sans dessus dessous, ne pouvez-vous pas y remédier ? " Je lui présentai seulement la situation avec honnêteté, suggérant leur départ pour un coin de terre voisin non cultivé. Je ne pouvais rien faire de plus. Je lui donnai ma parole que je ne lui ferais aucun mal ni à aucune des taupes. Il émit seulement une sorte de grognement, prononça un " hmmm ", et je restai incertaine du résultat de ma démarche. Mais pendant plusieurs semaines il n'y eut plus trace de taupes dans le jardin. Chaque fois qu'elles réapparaissaient, je répétais ma requête au Roi Taupe. A la fin de cette saison-là, elles eurent toutes quitté le jardin et ne revinrent pas. " (86)


Perelandra (6)

" Je suis rentrée dans le bois et j'ai déclaré à haute voix : je veux faire à Perelandra ce qu'ils ont fait à Findhorn ; je veux travailler avec les dévas est les esprits de la nature. Puis j'ai quitté le bois, je suis retournée à la maison, je me suis mise ne état de méditation, et j'ai attendu. " … Ainsi commença en janvier 1977 la collaboration entre Machaelle Small Wright et les membres du royaume de la nature. " On m'a donné des instructions. On m'a dit quelles graines acheter, quels engrais utiliser, à quelle distance les unes des autres je devais planter les semences, quand je devais tailler les plantes et dans quelles mesure. " (297-298)

" Pour cultiver ce jardin, j'emploie le principe de l'énergie. Cette technique de jardinage, ce travail d'énergie co-créatrice est une métaphore de la vie. Si vous changez d'attitude envers votre jardin, vous changerez, en même temps, l'essence même de votre approche de la vie. Le jardin de Perelandra, c'est ma vie, mon cœur, mon souffle. Il est mon ami, mon secours, mon père nourricier, mon maître qui m'enseigne qui je suis, ma planète, mon univers. Il m'ouvre la voie vers la vérité spirituelle, et la loi universelle de la nature contenue dans le flot universel. Il est la démonstration de ces lois et de ces vérités étalées devant mes yeux. Il est pour moi la preuve que la vérité spirituelle et la loi universelle s'étendent à la réalité toute entière, y compris un jardin. " (299)

" Tout peut aller très bien dans le jardin, et tout à coup, venue de nulle part, une horde de nuisibles dévore trois rangées de légumes. Si cela se produit trop souvent, c'est qu'un changement brutal est intervenu dans la pensée, les intentions ou les émotions du jardinier, de sa famille ou de la communauté en rapport avec le jardin. Quand il s'agit d'énergie humaine émotionnelle, secrète et crue, la nature joue le rôle d'absorbeur. Même si l'énergie émotionnelle est invisible, elle est néanmoins aussi tangible dans ses effets sur le monde de la forme que les insectes, les pluies diluviennes, ou la sécheresse… Depuis le début de mon aventure, j'ai payé ma dîme à la nature en lui rendant, par principe, 10% du jardin. Pour être franche, je n'ai pas vraiment accepté l'idée de cette dîme. Mais j'ai observé l'interaction entre les animaux et les plantes. Elle se passe de la manière la plus douce possible. Et, en même temps, j'ai perçu que l'atmosphère d'agression qui pesait dans le jardin se dissipait progressivement et finissait même par disparaître. C'est alors que je me suis rendue compte que j'avais perdu mon attitude agressive envers le monde animal en changeant d'état d'esprit. Ce qui, à son tour, a modifié les relations des animaux avec les jardin. Ils n'avaient plus besoin de se battre pour survivre. Ils pouvaient désormais exister dans leur environnement naturel sans peur des représailles. Bien mieux, un nouvel équilibre s'est créé, un équilibre où la quantité et la qualité d'activité se sont démultipliées. Inclure tous les membres de la chaîne de la vie qui appartiennent à l'équilibre environnemental du jardin encourage et magnifie la qualité et l'intensité de l'énergie vitale au sein de cette chaîne et au sein de l'environnement dans son ensemble. Lorsque mes choux ont souffert d'une invasion de vers du chou, un problème fréquent dans notre région, je suis entrée en relation avec le déva du ver du chou et lui ai annoncé que je souhaitais donner aux vers un plant au bout de chacun des quatre rangs. Je lui ai demandé en échange qu'ils ne touchent qu'aux quatre choux que je leur avais réservés. Le matin suivant, tous les plants de mes quatre rangées de choux étaient débarrassés des vers, sauf un chou au bout de chaque rang. Mais le plus étonnant était le nombre de vers sur les derniers plants. Ces choux ne portaient que le nombre qu'ils pouvaient tolérer, les autres vers avaient purement et simplement disparu. Les oiseaux, les guêpes, et autres créatures avaient festoyé avec les vers du chou. Et les choux eux purent se développer sans anicroche. En moins d'une semaine, les choux infestés étaient guéris, sans trace de trous dans les feuilles, et à la fin de l'été, même le plant choisi comme 'victime' avait pommé et pesait ses 2 kg. " (301-302)


commentaires

La question évidemment se pose de savoir ce que sont les dévas. Autrement dit, qui parle ? Laissons cela de côté pour le moment et bornons-nous à constater la cohérence de ces approches. D'une manière ou d'une autre, ces personnes reçoivent des informations dont la validité se vérifie : les plantes poussent mieux, au point d'atteindre des proportions inégalées, les maladies, les rongeurs et les insectes sont maîtrisés, de nouvelles méthodes de jardinage sont même inventées. Voici par exemple comment Machaelle fertilise sont jardin :" Elle a mis au point ce qu'elle appelle son 'kit d'équilibrage du sol', tout un assortiment de petits sachets de poudre d'os, de phosphate, de Nitro-10, de grès vert, de poudre de grains de coton, de calcaire magnésien, de varech, et d'essence de consoude, tout ceci sur ordre de ses amis les dévas. Elle présente dans la paume de sa main une pincée de chacun des éléments l'un après l'autre et demande quels sont les besoins du sol. Quand elle reçoit la réponse, elle demande à l'esprit de la nature approprié qu'il accepte l'énergie des éléments nutritifs qu'elle tient dans sa main, qu'il en prenne la quantité nécessaire, et qu'il la place à la profondeur appropriée, à l'endroit approprié du jardin. " (300)
Mais elle ajoute ceci : " S'ils le voulaient, les esprits de la nature pourraient facilement trouver et déplacer l'énergie sans notre intervention. Mais cela détruirait l'esprit du jeu. Ils ont besoin de nous autant que nous avons besoin d'eux. C'est une tentative de création en commun. Bien que la nature soit puissante au-delà de toute imagination, et que les humains soient eux aussi puissants au-delà de toute imagination, l'homme et la nature potentialisent ensemble leur énergie individuelle. L'une des réalisations possibles de cette union est la création du réseau d'énergie de guérison de la Terre par le système de jardinage sur toute la planète. " (300)

Les dévas de Findhorn suggèrent même carrément la co-création de nouvelles espèces : " Nous avons dit que les modèles des plantes se trouvent dans notre monde et que chaque détail est exécuté à la perfection. Vous nous demandez pourquoi des croissances anormales se produisent : parce que la vie n'est jamais statique ; il y a toujours place pour le changement, ouverture à la volonté divine, mouvement en avant de la vie. En toute création il y a un élément d'expérimentation, autrement elle se cristalliserait. Il ne s'agit pas d'un hasard aveugle. Nous agissons consciemment dans l'instant, en fonction des possibilités offertes. Nous ne pouvons pas changer un modèle instantanément - cela doit se faire selon les lois naturelles - à moins bien sûr que toutes les conditions soient propices. Ici les humains peuvent nous aider à contrôler ces conditions. Souvent, par le passé, une grande coopération naissait entre un jardinier et nous, lors de la création d'une jolie variété nouvelle. Un tel sens de la coopération a presque totalement disparu dans le monde actuel, où l'homme manipule le monde végétal à ses propres fins égoïstes, le considérant sous un angle commercial comme il le fait pour les pièces d'une voiture. On obtient de meilleurs résultats avec un enfant en utilisant l'amour plutôt que la force. Bien que la force puisse amener des résultats plus rapides, elle suscite des réactions en chaîne. Nous aussi sommes vivants, soumis aux mêmes lois. Vous nous avez standardisés et forcés à vous obéir : la réaction en chaîne se fait sentir dans le dérèglement de l'équilibre naturel. Il y a une autre façon de produire un changement et de nouvelles variétés, et nous espérons que dans ce jardin vous allez coopérer avec nous. " (le déva de la Digitale, 14 juin 1971, p102)

C'est cela la plus formidable leçon de Findhorn et de ses avatars, la découverte, ou la redécouverte, d'une possibilité de co-création consciente avec Gaïa. L'homme primitif est sans nul doute conscient de la possibilité de dialoguer avec tout-ce-qui-vit (cf. le chamanisme). Mais il n'est pas dans un rapport de co-création avec la nature. Il se situe entièrement au-dedans d'elle, position qui ne lui permet pas de percevoir le rapport entre ses pensées et les événements.
L'invention de l'agriculture et de l'élevage ont cassé cette intimité. Les plantes et les animaux domestiques sont des êtres contraints sur lesquels l'homme exerce un contrôle absolu pour exorciser ses peurs. Ce faisant il n'est plus dans la nature et ne travaille plus avec elle. Il se veut le maître dans les limites de son champ, et pour ce faire il déchire la peau de la Terre, la déforme, la salit, l'abîme, bref laisse sa marque comme un fer rouge sur un esclave.
L'heure semble venue de renouer le contact intime avec la nature, mais non plus dans une attitude passive, dans une attitude active de coopération, de jeu, de jeu de la création : " tel est le secret de la création : ce que vous pensez, vous le créez ". (guidance reçue par Eileen en juin 1963, p 21)


critique

La principale critique que j'adresse à ce mouvement est d'être trop volontariste, de ne pas aller assez loin dans le jeu avec Gaïa en restant bloqué sur la vieille croyance que l'homme doit travailler pour obtenir quelque chose (7). Peter reconnaît que la coopération avec les dévas n'a pas économisé sa peine : " Nous avons découvert que notre jardin ainsi agrandi et plus que florissant réclamait un énorme et difficile travail. J'y passais toute la journée, de l'aube au crépuscule, et, dans cette région si proche du soleil de minuit, les jours d'été étaient effectivement très longs. Dorothy travaillait avec moi le matin, et Eileen l'après-midi ; elles m'aidaient à retourner la terre, tracer des sentiers, fabriquer des barrières et des cadres, rendre le fumier liquide, le répandre, ensemencer, repiquer, affiner la terre pour la rendre plus légère, désherber, arroser, encourager les plantes de tout notre amour. " (25)
Je reste convaincu que l'homme n'est pas là pour s'épuiser à gratter la terre. Fukuoka a magistralement démontré que l'on pouvait s'économiser beaucoup de peine. On voit donc l'intérêt d'associer les deux approches. D'autant qu'il ne s'agit n'est pas seulement de tirer sa pitance de quelques mètres carrés de jardin, lequel, aide des dévas ou pas, reste une tentative de civiliser la nature en l'enfermant dans des limites géométriques. Il y a aussi le problème de l'eau, de l'air, des forêts, et encore au-delà, de l'expression et de l'accomplissement de Gaïa. A cette échelle-là, il n'est pas concevable de faire un travail de fourmi comme à Findhorn. C'est tout l'intérêt d'une troisième approche révolutionnaire :




la permaculture


définition

Permaculture est l'association de permanent et de agriculture. Le mot a été forgé par Bill Mollison en 1972. D'origine tasmanienne, après avoir pas mal roulé sa bosse comme bûcheron et comme pêcheur, il a pris conscience des destructions et gaspillages énormes qu'inflige l'homme à la planète. Alors il a décidé de réagir en développant le concept de permaculture et en le mettant en pratique. L'idée de base est de créer un environnement sustainable (8) pour l'homme et plus largement pour toutes les formes de vie. Il s'agit d'employer toutes les connaissances disponibles, qu'elles soient traditionnelles ou scientifiques, pour créer des écosystèmes autonomes du point de vue énergétique, recyclant tous les déchets, réclamant un minimum d'entretien, et suffisamment productifs pour satisfaire les divers besoins de l'homme et pas seulement ses besoins en nourriture. Cela revient à mettre beaucoup de travail et d'intelligence au départ, pour réaliser un site qui, au bout du compte, parvienne à fonctionner tout seul.
Concrètement, voici quelques règles à suivre pour faire de la permaculture, sachant qu'il ne s'agit pas de dogmes, mais plutôt de lignes directrices qui accompagnent un état d'esprit, et que chacun met en application à sa manière (9).


1. interconnexion des fonctions

Un site comprend toujours de nombreux éléments : maison(s), jardin(s), mares, serres, vergers, bois, haies, etc. Pas question de les placer n'importe où sur le terrain. Il est important de faire en sorte qu'ils fonctionnent en synergie. Par exemple, au lieu de construire une serre au milieu du jardin, il est préférable de l'accoler au flanc sud de la maison pour réaliser du même coup un habitat bioclimatique. Les avantages sont nombreux : cela remplace une véranda, et l'on peut y réserver un espace pour une cuisine d'été ; en hiver, elle chauffe la maison, et inversement, la chaleur accumulée par les murs durant la journée évite un refroidissement trop brutal de la serre la nuit ; la proximité de la serre et de la maison permet de s'occuper plus facilement des plantes ; l'eau du toit est immédiatement disponible pour l'arrosage et n'a pas à être transportée à de grandes distances…


2. chaque élément remplit plusieurs fonctions

Faire en sorte que chaque élément remplisse au moins trois fonctions permet de recréer un véritable écosystème qui assure notamment un recyclage efficace des déchets. Les poulets par exemple, appartenant si possible à des races anciennes assez robustes pour vivre en liberté : ils produisent des œufs, de la viande, ils débarrassent le jardin et le verger des mauvaises herbes et de nombreux insectes (de ce point de vue, les insectes ne sont plus des nuisances mais une ressource !), ils enrichissent la terre de leurs fientes, ils recyclent certains déchets de cuisine… Vivant en liberté, ils sont en meilleur santé et plus heureux. Ils peuvent même devenir des compagnons pour les enfants.


3. chaque fonction importante est remplie par plusieurs éléments

C'est le seul moyen de créer un système robuste, apte à résister à la défaillance d'un ou de plusieurs éléments. L'eau par exemple, élément vital par excellence, peut faire l'objet de diverses mesures de conservation : récupération des eaux d'écoulement des toits dans des bassins ; recyclage des eaux usées par lagunage et conservation dans des mares ; réseau de caniveaux et de fossés qui capturent les eaux de pluies et les concentrent dans des mares (lesquelles permettent à toutes sortes d'espèces végétales et animales de se développer : cf. le point précédent) …


4. découpage en zones

Les zones sont des anneaux concentriques qui s'étendent à partir du centre principal d'activité humaine du site. Dans un souci d'économie d'énergie, l'idée est de placer le plus près du centre les fonctions qui réclament le plus d'interventions humaines :
0. centre de l'activité humaine : maison, ferme, voire village selon la taille du projet ;
1. près de la maison : la serre, le jardin, le compost, les petits animaux… ;
2. verger, mares, brises-vents, haies, etc. ;
3. champs, pâturages, etc. ;
4. zone à demi sauvage réservée au ramassage du bois, à la chasse, à la pâture d'animaux laissés en liberté comme des cochons… ;
5. zone laissée à elle-même, où la nature a tous les droits.
Bien sûr il ne faut pas concevoir ces zones comme des cercles parfaits ! Leur délimitation est fonction du terrain, des voies naturelles de circulation, des habitudes, des microclimats, etc.


5. travailler avec la nature

La permaculture n'est pas censée être seulement un système de production sustainable. C'est une véritable entreprise de 'terraforming', pour reprendre un mot inventé par les écrivains de science-fiction. Je rappelle que le terraforming consiste à transformer une planète dans le but de la rendre habitable (cf. aussi l'expérience Biosphère). Ici, à échelle plus modeste, il s'agit d'enclencher un cercle vertueux qui soit bénéfique à la vie : la vie change le sol et le climat (10) qui à leur tour favorisent l'essor de la vie. L'expérience de l'association anglaise PFAF (plants for a future, http://www.scs.leeds.ac.uk/pfaf) est à ce titre intéressante.


PFAF

Elle est installée depuis 1989 sur un terrain d'environ 13 hectares en Cornouaille. Le propriétaire précédent, désireux de cultiver plus efficacement ses terres, avait fait arracher toutes les haies. Résultats : 1. n'étant plus protégées des vents marins extrêmement forts dans cette région, de nombreuses espèces animales et végétales ont disparu ; 2. les écoulements des eaux se sont trouvés modifiés à un point tel que les pluies ont emporté des centaines de tonnes de sol fertile, et du même coup les pommes de terre qui s'y trouvaient. Pour remédier à cette situation, 12.000 arbres furent plantés ainsi que 2 km de haies. Des mares ont aussi été creusées. Les papillons et les abeilles ont refait leur apparition, ainsi que toutes sortes d'insectes, d'oiseaux, sans parler des vers et des grenouilles. Chaque année, les arbres grandissent un peu plus, protégeant de mieux en mieux le site du vent et améliorant la circulation de l'eau, et créant de ce fait un environnement de plus en plus favorable à la vie.
Le site n'est pas une simple expérience de réhabilitation mais une véritable démonstration de pratiques nouvelles. Les promoteurs mettent notamment l'accent sur la diversité et la pérennité. Il faut savoir que les hommes connaissent plus de 20.000 espèces de plantes comestibles, mais qu'on en est arrivé au point où une vingtaine seulement fournissent 90% de l'alimentation. Pour renverser cette tendance, 1500 espèces de plantes utiles ont été plantées, la plupart comestibles, et les autres fournissant des médicaments, des fibres, des huiles lubrifiantes ou pour l'éclairage, des teintures, etc. L'association envisage d'étendre l'expérience. Dans ce but elle a déjà répertorié plus de 6500 plantes utiles cultivables en Angleterre (cette base de données est téléchargeable depuis leur site) !
Un autre aspect important de cette expérience est l'insistance sur les cultures pérennes. Par rapport aux cultures annuelles, les avantages sont nombreux : elles sont beaucoup plus productives (comparer ce que donne un seul arbre fruitier à ce qu'il faut planter comme fraisiers pour obtenir la même quantité de fruits) et variées (les arbres créent au-dessous d'eux des espaces 'climatisés' favorable à l'épanouissement de toutes sortes de plantes : arbustes, légumes, etc.), elles réclament beaucoup moins de travail (surtout si on ne rentre pas dans le cycle infernal de la taille : cf. Fukuoka), elles participent très efficacement à la régulation du climat et à l'écosystème en général (ce qui est le moyen le plus efficace de faire face aux maladies et aux 'nuisibles'). La plupart des plantes pérennes sont des arbres (qui donnent des fruits, des fruits secs, des châtaignes, etc.) et des arbustes (qui donnent notamment des baies), mais il y a aussi des plantes grimpantes (la vigne), et une infinie variété d'espèces qui vont de l'ail à l'ortie, sans parler de tous les légumes qui, laissés à eux-mêmes, finissent par redevenir pérennes (cf. à nouveau Fukuoka).


commentaires

La principale critique que j'adresse à la permaculture est de se donner un peu trop des airs d'ingénierie. On a l'impression d'avoir affaire à des ingénieurs-système qui cherchent à maîtriser tous les paramètres de leurs projets. Si cette approche convient bien pour construire des fusées, il faut reconnaître que ça n'a jamais bien marché avec la nature, surtout lorsqu'il s'agit de travailler sur le très long terme. Il y a toujours des paramètres importants qui échappent à l'analyse, sans parler des intentions des gens qui changent facilement. Résultat : ou bien ça ne marche pas vraiment comme on l'escomptait, ou bien tout est remis à plat à intervalle régulier, chaque génération cherchant à casser ce que la précédente a construit dans le but d'accomplir sa vision à elle.
Le seul exemple qui, à ma connaissance, puisse être qualifié de sustainable est le système chinois de riziculture irriguées. Mais à quel prix : depuis des siècles et des siècles, des millions de vies vécues en esclaves !
Donc sachons être plus modestes dans nos prétentions à vouloir faire du 'durable'. Je ne veux pas dire par là qu'il faut revenir à des raisonnements privilégiant le court terme, dont on connaît trop les effets pervers. Je veux dire que la pensée doit se projeter le plus loin possible, mais que la réalisation, elle, doit laisser une grande place à la spontanéité, au laisser-faire (à la manière de Fukuoka qui enferme des dizaines de graines différentes dans une boulette d'argile et ne se préoccupe pas de la suite : pousse ce qui pousse…), car c'est dans cet espace de liberté laissé à l'action que la nature va pouvoir jouer la part qui lui revient. L'important est d'être clair dans la vision, dans l'intention (11).

Un autre danger qui guette l'apprenti ingénieur permaculturiste est la dérive façon 'grands travaux impériaux' : " et rabotons cette montagne à coups de dynamite, et creusons là un lac à grand renfort de bulldozers, et apportons des millions de mètres cube d'eau et autant de terre… " , tout ça pour le plus grand bien de tous évidemment. Sans commentaire !

Pour moi l'enseignement le plus précieux de la permaculture est de montrer ce qui constitue le terrain de jeu de co-création le plus approprié avec Gaïa : ce n'est pas le jardin, ce n'est pas la ferme, c'est un espace plus vaste, quoique toujours à échelle humaine, celui d'une communauté, et beaucoup plus diversifié. Car il faut comprendre qu'il ne s'agit pas seulement de faire produire à la Terre de quoi nourrir l'homme, le vêtir, etc. Il s'agit de recréer un espace de coopération entre l'homme et Gaïa, un lieu où toute vie, l'homme y compris, se sente à sa place, un lieu beau et harmonieux qui soit favorable à l'éclosion de nouvelles créations, un lieu enfin assez étendu pour que son influence rayonne bien au-delà de ses limites physiques, contribuant au rétablissement des grands cycles, notamment de l'air et de l'eau. Ce seront autant d'oasis au milieu d'une nature déséquilibrée, des quasi déserts créés par l'homme, conséquence d'actions pour le plus grand bien de tous comme toujours, et vides d'hommes, retenus dans les pièges de la ville.




conclusion


Les trois méthodes qui viennent d'être passées en revue prétendent toutes revenir à la nature. Seulement, ce n'est pas tout à fait de la même nature qu'il s'agit ! Dans le cas de Fukuoka, c'est la nature du taoiste qui ne se dévoile à l'homme que lorsqu'il se résout à non-agir ; dans le cas de Findhorn, c'est une nature consciente et intelligente avec laquelle un dialogue est possible 'dans l'invisible' ; et dans le cas de la permaculture, c'est une nature proche de la conception qu'en a l'écologie scientifique, un vaste système d'éléments en interactions. Les visions qui sous-tendent ces approches sont tellement différentes que cela explique sans doute pourquoi elles ne se sont pas rencontrées. On a même souvent l'impression que chacun prétend détenir la solution aux problèmes écologiques et alimentaires de la planète. Je dirai que si c'était vraiment la cas, ça se saurait, et l'un de ces mouvements aurait percé à grande échelle !
En fait selon moi, ces trois approches ne sont pas tant des préfigurations d'une agriculture future que des laboratoires d'expérimentation où certaines croyances limitantes sont dépassées, et où sont testées de nouvelles croyances. En un mot, Fukuoka brise le dogme selon lequel l'homme doit gagner sa pitance à la sueur de son front ; Findhorn renoue le dialogue avec une nature consciente et intelligente, et pose les bases d'une coopération créative ; quant à la permaculture, elle nous fait dépasser les limites du jardin et du champ, et nous montre que l'espace de jeu est le corps physique de la Terre. C'est donc de leur synthèse que va émerger l'agriculture du futur, ou plutôt la non-agriculture, ou encore la co-science avec Gaïa






la co-science




un nouveau jeu de co-création


La Terre n'a pas pour fonction de nourrir nos peurs; nous ne sommes pas sur Terre pour la gratter et en tirer laborieusement notre pitance. Le corps de l'homme et la Terre sont les corps physiques d'entités spirituelles. Elles ont choisi de co-créer ce terrain de jeu pour se révéler et s'accomplir. Gaïa (12) est donc dans ce même processus que nos âmes, même si ses objectifs ne sont pas forcément identiques aux nôtres, et que son temps propre est différent.
Quoiqu'il en soit, du fait de l'incarnation, nos corps physiques sont partie intégrante du corps physique de Gaïa. Cela se voit en particulier à la manière dont nous sommes constitués (ADN, cellules, etc.) et au fait que nous participons au grand cycle des fluxions. Plus subtilement, nous portons en nous la mémoire de Gaïa comme en témoignent d'innombrables expériences en état de conscience modifié, notamment le chamanisme (voir aussi note 2).
Je ne saurais dire ce que, inversement, Gaïa partage avec les âmes multidimensionnelles dont nous sommes l'émanation. Ce qui me semble clair en revanche, c'est qu'elle manifeste actuellement une bonne volonté et une grande tolérance vis-à-vis de l'homme. J'interprète cela comme une phase d'observation avant de prendre une décision. Peut-être est-elle en attente d'une collaboration ? C'est probable si l'on songe que la présence de l'homme sur Terre est le fruit d'un accord entre les âmes multidimensionnelles et Gaïa. On voit d'ailleurs les résultats remarquables qui surviennent dès qu'un tel esprit de coopération s'instaure à notre niveau. Je ne pense pas seulement à Findhorn et autres Perelandra, mais aussi à toutes ces expériences que vivent au quotidien les jardiniers avec leurs plantes.
Question : cela est-il censé mener quelque part ? Voici mon opinion, en commençant par exprimer le point de vue de Gaïa.

Il ne fait guère de doute que Gaïa est une entité d'une puissance et d'une créativité extraordinaires. Elle a également un savoir-faire énorme pour projeter ses créations dans la réalité physique. Seulement, elle me semble tellement prise par le jeu de manipulation de cette réalité physique qu'elle a beaucoup de mal à prendre du recul et passer de la position d'acteur à celle d'observateur (au sens du Jeu de la Création). En cela elle n'est pas très différente de l'homme qui peine à se voir comme créateur de ce qu'il expérimente. D'ailleurs l'histoire de l'évolution (si l'on veut bien croire une partie de ce que raconte la science à ce propos) nous montre tant de revirements, d'explorations de voies sans issues et autres essais et erreurs, que l'on est forcé de voir en Gaïa un être immature qui ne maîtrise que très imparfaitement son pouvoir créateur : invention des algues vertes produisant de l'oxygène qui a 'empoisonné' l'atmosphère et relégué toutes les formes de vie antérieures dans des niches ; explosions soudaines de création de formes suivies d'extinctions massives, comme au cambrien, il y a 600 millions d'années environ ; changements brutaux d'orientation, comme celui conduisant à la disparition des dinosaures et à leur remplacement par des mammifères... Toutes ces catastrophes ne sont pas imputables à l'homme pour une fois ! Autrement dit, si on la regarde à l'échelle de temps convenable, Gaïa n'est pas cette terre-mère câline et protectrice tirée d'une imagerie New-Age lénifiante ! C'est un être qui est capable d'une extrême violence (cf. aussi les innombrables dispositifs, tous plus invraisemblables que les autres, élaborés pour tuer, en particulier chez les insectes), à la démesure de l'amour et de la coopération dont elle sait aussi faire preuve (car il ne s'agit pas non plus de revenir à l'imagerie darwinienne qui ramène tout à une lutte sans merci).
Si l'on accepte le Jeu de la Création, alors l'on doit admettre que, comme toute âme, ce que vit Gaïa dans la réalité physique est le reflet de ses croyances. Il est donc faux de considérer la nature comme parfaite et imputer à l'homme seul toutes les catastrophes. C'est comme les partenaires d'un couple qui expriment par la violence, verbale ou physique, ce qu'ils n'ont pas le courage et la lucidité de s'avouer chacun à eux-mêmes. On le sait bien, victimes et bourreaux sont le miroir l'un de l'autre. De même l'humanité et Gaïa sont en miroir. Et si elle adopte à notre égard son comportement habituel consistant à nous éradiquer parce qu'elle nous trouve soudain trop dérangeant, elle n'aura rien compris de ce qu'elle est, et retardera son accomplissement.
C'est donc là que l'homme intervient. Parce que l'homme est moins impliqué que Gaïa dans la réalité physique, qu'il est moins incarné, il lui est plus facile de percevoir les règles du jeu, à savoir : la croyance crée l'expérience, l'expérience reflète la croyance et la révèle. Il lui a tout de même fallu des milliers d'années et beaucoup de souffrances pour en arriver là. Et encore, seule une petite frange de la population a aujourd'hui conscience des règles du jeu de la création. Mais on sait qu'un cap est franchi, et on sait aussi que cette progression dépasse la dimension humaine. Gaïa est bien évidemment concernée par ce mouvement d'ensemble. Elle sent qu'elle aussi est à un tournant de son évolution. Voilà pourquoi elle manifeste intérieurement son désir de coopérer avec l'homme, et extérieurement en n'ayant pas provoqué de catastrophe majeure mettant en cause l'existence même de l'homme sur la planète.
Autrement dit, par cette coopération consciente, qui suppose ouverture, abandon des peurs, etc., l'humanité et Gaïa peuvent s'aider mutuellement à se réaliser, en particulier à dépasser leur violence.

Il y a deux autres bénéfices pour Gaïa à se lancer dans ce partenariat. Le premier est de multiplier les possibilités de création. L'homme va lui ouvrir la possibilité d'explorer des voies inédites comme des nouvelles plantes (voir plus haut), des nouveaux corps (voir note 2), des nouvelles formes architecturales (voir note 1).
D'autre part, à travers ces réalisations nouvelles, Gaïa va pouvoir prendre pleinement conscience de son pouvoir créateur. Car pour le moment, sa manière de créer s'apparente beaucoup à de l'exubérance onirique : les formes explosent en de véritables feux d'artifice, les changements d'orientation sont aussi soudain que brutaux... Autrement dit, si elle a bien le savoir-faire pour manipuler la matière, elle a besoin de prendre du recul pour se voir en train de créer, et ainsi finalement se voir elle-même. C'est cela que permet la création consciente en partenariat de formes nouvelles.

Quant à l'homme, les intérêts qu'il a à une telle coopération sont également multiples. Le premier est de lui permettre de renouer avec sa sensibilité, dont la coupure l'a conduit à commettre tant d'atrocités. Ce qu'il n'a pas voulu voir quand un homme et une femme se déchiraient, ce qu'il n'a pas voulu voir quand deux clans se tapaient dessus, quand deux nations se massacraient, quand deux blocs s'étripaient, il sera bien forcé de le voir quand il se rendra compte qu'il s'est rendu la vie sur cette planète impossible, sans échappatoire possible (13). Ce sera à proprement parler apocalyptique.
Ceci est en cours, même si c'est loin d'être gagné connaissant l'incroyable capacité de tolérance de l'homme et son obstination à refuser de se regarder en face dans le miroir de ses expériences. Cette réalisation est en tout cas le point de départ obligé pour rentrer dans un jeu de co-création avec Gaïa. Il va ainsi pouvoir enrichir considérablement son expérience en intégrant consciemment toutes les espèces vivant sur Terre. Chacune nous révèle une facette de tout-ce-qui-est, une facette de nous-mêmes. Et comme l'homme change, il est normal que de nouvelles espèces entrent en scène, tandis que d'autres disparaissent, qui correspondent à des leçons apprises ou des relations parvenues à terme.
Respecter la Terre, ne plus l'empoisonner, découle naturellement du fait que nous nous respectons. Si nous parvenons à nous aimer, alors nous n'avons plus de raisons de nous auto-détruire, ni de détruire les autres, ni de détruire la Terre.
Attention, quand je parle d'intégrer consciemment toutes les espèces, il s'agit bien de toutes, y compris les limaces, les serpents et les araignées ! On ne saurait engager une pleine coopération si l'on pose comme condition préalable que les seuls êtres aimables sont les dauphins parce qu'ils jouent à la balle et donnent toujours l'impression de rigoler ! L'autre bénéfice de cette coopération sera d'ouvrir à l'homme la possibilité de s'incarner différemment : cf. note 2. Chemin faisant, il acquerra plus de savoir-faire dans la manipulation de la matière et le processus de l'incarnation, en lesquels Gaïa est experte.

Voyons à présent la forme que peut prendre cette coopération.




coopération entre l'homme et Gaïa


Le premier point sur lequel il me semble important d'insister est que, comme dans tout partenariat créatif, tout doit partir du cœur, mais dans un respect total de la liberté de l'autre pour ne pas que cela dégénère en une forme de contrôle. Par exemple l'homme n'a pas à se prendre pour le gardien ou le sauveur de la Terre. La Terre est bien assez grande pour se sauver elle-même ! Et ce n'est pas, sous prétexte de sauver l'espèce, en enfermant le dernier couple de rhinocéros blancs dans un zoo, ni même dans un parc naturel, que l'on manifestera un véritable esprit de coopération ! Je reviendrai dans la note suivante sur le problème général des relations.
Etre dans l'amour de Gaïa signifie accepter tout ce qu'elle est, sans jugement. Il n'y a pas d'espèces nuisibles dans la nature, ni de méchants microbes. De son point de vue à elle, tout a sa place, sa raison d'être, même si ce n'est pas toujours évident à saisir pour nous. Et cette incompréhension, du fait qu'elle vient de nous, doit d'abord être conçue comme renvoyant à des limites humaines, et pas comme une imperfection ou un dysfonctionnement de la nature. Manifester un tel amour exige de dépasser bien des peurs. Peur de la nature perçue comme dangereuse. Peur de la nature perçue comme imprévisible. De là aussi la peur de manquer qui a conduit à s'approprier la terre et à se comporter en prédateur insatiable.

Respecter la liberté de chacun est aussi important. L'homme n'a pas à jouer au 'seigneur des dévas' ; il n'a pas non plus à manipuler les formes physiques alors qu'il n'en a pas le savoir-faire, pas encore en tout cas. Sa place dans un partenariat équilibré est d'exercer son imagination créatrice pour projeter la vision de ce qui pourrait être. Il lance l'intention, et, dans la mesure où c'est une idée qui manifeste l'amour, la beauté, et qui est pour le bien de toute vie et pas une demande mesquine reflétant ses peurs et ses égoïsmes, Gaïa y répondra. A son tour alors d'exercer son pouvoir, sa liberté, et sa créativité pour propulser cette idée dans la réalité physique.

Pour résumer, le vrai problème de l'agriculture, car c'est de là je le rappelle qu'on est parti, n'a rien à voir avec l'agriculture ! Il est d'établir une relation nouvelle avec Gaïa, une relation de coopération. Le reste, en particulier la nourriture, s'en suivra naturellement.
De même qu'un bébé ne se préoccupe pas de savoir ce qu'il mangera une fois sorti du ventre de sa mère : il sait qu'elle aura du lait, cela fait partie du processus de la procréation.
De même que :

L'insecte danse sa danse au vent sans savoir qu'il va trouver la fleur.
La fleur danse sa danse au Soleil sans savoir que l'insecte va venir s'y poser.
Quelque chose pourtant sait, puisque de la rencontre jaillit l'éternité.

Ce n'est pas autrement que tous nos besoins physiques seront pourvus.




co-science


La science classique s'est bâtie sur l'hypothèse d'une existence séparée entre un observateur conscient et passif, et des objets matériels indépendants et inanimés (au sens originel 'dépourvu d'âme' et pas au sens dérivé 'qui ne bouge pas'). Cela a très bien fonctionné jusqu'à ce que l'on bute sur quelques paradoxes dans le monde de l'infiniment petit. De là est sortie la physique quantique.
Dans ce nouveau modèle, observateur et objets ne sont plus indépendants, même s'ils conservent des fonctions distinctes. Ils existent simultanément le temps d'une observation, et, en-dehors de cet acte, deviennent on ne sait quoi ! Même si on ne comprend pas du tout comment, sur de telles bases, l'univers physique peut exister à grande échelle, les résultats impressionnants obtenus à petite échelle emportent l'adhésion.
Reste tout de même une branche de la science où les paradoxes sont légions, bien que peu osent en avouer l'existence. Il s'agit de la biologie, et des sciences dérivées telles que la médecine, la psychologie, l'éthologie, etc. L'effet placebo et la complexité de la relation médecin-malade révèlent l'essentiel du problème. On y voit des interactions subtiles entre croyances et états physiques, compliquées par des phénomènes de communication entre esprits ! Les mêmes difficultés apparaissent dans les relations entre êtres humains et plantes (cf. l'expérience de De La Warr relatée plus haut) ainsi qu'entre êtres humains et animaux. Tout ça pour dire que les règles de la science classique, pas plus que celles de la physique quantique, ne sont applicables au vivant. Une nouvelle épistémologie est à construire. Ce que j'appelle la co-science en est l'amorce. Co-science pour science avec, pour science coopérative, pour communication, pour conscience...

Dans la co-science, la notion d'objet n'existe pas, et l'on n'a plus affaire qu'à des 'sujets' susceptibles de communiquer. Le premier postulat est donc l'existence de sujets conscients. Ce ne peut être qu'un postulat vu qu'il n'y a pas d'issue à l'aporie du solipsisme.
Le second postulat stipule la possibilité d'une communication entre ces consciences. Plus précisément, il ne s'agit pas tant de la possibilité d'échanger des informations que du fait que ces informations fassent sens pour l'une et pour l'autre. Il s'agit en quelque sorte de 'parler le même langage' pour que les expériences ne soient pas seulement échangeables mais aussi interprétables. Je pense qu'une distance du même ordre nous sépare de Gaïa ou des âmes multidimensionnelles que celle qui sépare une de nos cellules de l'organisme entier. Si la possibilité d'un échange direct entre la conscience de cette cellule et la conscience globale est tout à fait concevable, il me semble difficile en revanche d'imaginer que les notions de TVA ou d'agriculture fassent sens pour elle.
De même, la vie de l'homme et celle de Gaïa s'organisent autour de systèmes de croyances qui me semblent trop éloignés pour que leurs expériences puissent être communicables (en revanche Gaïa et la âmes multidimensionnelles, étant sur le même plan, doivent pouvoir échanger). C'est pourquoi concrètement, pour nous, la co-science avec la nature ne passe pas directement par Gaïa mais par l'intermédiaire des consciences de chaque espèce qui en sont l'émanation, exactement comme nous sommes l'émanation des âmes multidimensionnelles : esprit de la plante ou esprit de l'animal comme on dit dans le chamanisme, ou dévas comme disent ceux qui se réfèrent à la tradition hindoue. Pour ma part, je préfère parler d'esprit, ce qui ne m'empêchera pas d'employer à l'occasion le terme 'dévas' pour des raisons stylistiques ou de commodité.
Pour revenir au second postulat, je précise qu'il s'agit bien là encore d'un postulat dans la mesure où l'on ne peut jamais être assuré qu'une pensée que l'on tient dans sa conscience vient ou non de soi. Ce problème se retrouve dans la télépathie, ou le channelling, ou encore les régressions... Il est la principale source des difficultés de ces pratiques, notamment le fait que les résultats sont aléatoires et les phénomènes non répétables. Je dirai que ces incertitudes font aussi partie de l'expérience. Elles nous révèlent le chemin à parcourir pour rendre la communication claire. J'ai parlé déjà dans la note 2 de la 'communication directe' et de ses corollaires l'authenticité et l'empathie. J'y reviendrai dans la note suivante.

Cette difficulté qu'il y a à faire la part entre une information qui provient d'une autre conscience et une information qui provient de soi, cette difficulté à voir que nos intuitions et autres perceptions intérieures sont biaisées par nos projections, c'est dans le domaine du 'sentiment' que l'on peut s'en rendre compte le plus facilement. Que ressentent les plantes ? Souffrent-elles lorsqu'on les coupe ou lorsqu'on les brûle ? Qu'elles aient une sensibilité, cela ne fait aucun doute : cf. les expériences de Baxter avec le polygraphe (vulgairement appelé 'détecteur de mensonges'), cf. l'émission de substances chimiques par certains arbres (des acacias si mes souvenirs sont bons) lorsque leurs feuilles sont dévorées en trop grand nombre par des antilopes…
Pour autant peut-on parler de souffrance, au sens précis que l'on donne à ce mot ? Les deux exemples suivants, parmi d'autres, incitent à penser qu'il y a une bonne part de projection dans la réponse positive que donnent les personnes 'sensibles'. Le premier concerne certaines herbes qui sont d'autant plus vigoureuses qu'elles sont coupées souvent. Il s'agit en fait d'espèces qui se sont adaptées au passage régulier de grands ruminants. J'ajouterai que si vraiment de la souffrance se dégageait chaque fois qu'une plante est coupée, Gaïa serait semblable à une énorme plaie !
Attention tout de même : ne prenons pas cela comme une excuse à certains débordements humains comme l'écobuage ou le bucheronnage. L'avidité, la prédation, le non respect de la vie sont derrière de tels actes, et en cela ne sont pas compatibles avec une coopération avec la nature.

L'autre exemple concerne certains arbres qui se sont adaptés au feu dans des régions d'Australie où les incendies spontanés sont extrêmement fréquents. Ils portent plusieurs écorces, de sorte que seule la plus extérieure brûle au cours de l'incendie, et le plus étonnant est que leurs graines ne germent que si elles sont passées par le feu !
J'ai du mal à imaginer que ces plantes 'souffrent' d'être, respectivement, coupées et brûlées.

Ces réflexions tendent à renforcer ma conviction quant à l'importance des hallucinogènes. Je suis persuadé que, sauf exception, des 'voyages' bien préparés nous apportent des informations des univers déviques d'une manière telle qu'il est plus difficile de tricher et de se fabriquer des histoires.

J'aimerais signaler enfin que, dans ce domaine comme dans bien d'autres, le consensus n'est nullement preuve de vérité. Un consensus, cela se fabrique ! Cf. les phénomènes de foule et les mécanismes de fabrication d'égrégores… A Findhorn, ce qu'ils appellent 'l'ange du paysage' n'est probablement pas une conscience indépendante mais un égrégore.


Récapitulons :
1. Une co-science de la nature commence par poser l'existence d'une conscience de chaque espèce. La question évidemment se pose de savoir s'il s'agit vraiment d'une conscience indépendante, ou si l'on ne fait pas qu'explorer une partie de soi. Réponses possibles : a. cela tient des deux ; b. que ce soit l'un ou que ce soit l'autre, cela ne change pas grand chose ; c. la réponse à cette question est l'enjeu même de la co-science, et elle ne peut en être que l'aboutissement...

2. Une communication est possible entre ces esprits et notre esprit. Cela peut survenir de manière spontanée, comme dans le cas d'Eileen Caddy ou de Machaelle Small Wright, ou bien elle peut être obtenue dans des états de conscience modifiés, provoqués notamment par l'ingestion de substances hallucinogènes.

3. Cette communication n'est pas tant un échange, un dialogue, que ce que j'ai appelé une communication directe, c'est-à-dire un partage d'expérience. En quelque sorte, deux esprits fusionnent, partagent une expérience, puis se séparent, chacun redevant lui-même mais enrichi de l'expérience de l'autre. Pour être utilisable, cette expérience doit devenir communicable, à soi-même pour commencer. C'est pourquoi elle doit être traduite par le sujet pour se conformer à sa vision du monde, à l'instar de ce qui se passe pour nos rêves. Ce faisant elle se retrouve forcément déformée par son système de croyances. A ce stade, il n'est plus possible de dire d'où provient vraiment le message qui est communiqué.
Remarquons que ces différents stades sont souvent présents dans les expériences chamaniques. On y trouve en effet d'un côté des phases d'identification, le chamane devenant un animal ou une plante, et d'un autre des dialogues avec l'esprit de l'animal ou de la plante contenant souvent des informations pratiques formulées dans un langage compréhensible, quoique parfois spécifique, empreint de poésie ou usant de mots particuliers.
Chez les channels, l'expérience est rarement aussi riche, et ils sont généralement peu conscients de l'énorme part d'eux-mêmes dont ils investissent leurs messages. Certains croient même que tout ce qui arrive par ce biais est forcément indépendant d'eux et plus vrai !

4. Cette information doit au bout du compte être mise à l'épreuve de la matière. Car il ne faut pas perdre de vue que cette science n'est pas spéculative mais expérimentale. Mais là où elle devient vraiment bizarre, c'est que les résultats ne garantissent pas forcément la véracité de l'information, et inversement !
Au fond la véracité n'est pas vraiment le problème, car, contrairement à la science classique, c'est ici au jeu entre croyances et expériences que l'on s'intéresse, pas à des enchaînements mécaniques.
Par exemple, on peut être sûr d'avoir 'reçu' le message que pour empêcher les taupes de saccager le potager, il faut s'adresser au déva des taupes. Mais si l'on entreprend la démarche avec une part de soi qui pense que " ça ne marchera jamais ", ou bien si l'on se contente de leur dire de déguerpir sans leur proposer un lieu satisfaisant où aller, les résultats risquent de n'être pas ceux attendus.
Inversement, ce qui a marché une fois peut ne pas marcher une autre fois. Inconsciemment, pour aller plus vite ou bien pour éviter d'affronter certains problèmes personnels, on peut être amené à reprendre des messages passés en croyant qu'ils résultent d'une nouvelle communication. Là encore les résultats risquent de ne pas être conformes aux attentes exprimées.
J'en profite pour souligner le danger des dérives ritualistes. La tentation peut être grande, surtout lorsqu'on traverse des moments difficiles où l'on a tendance à se replier sur soi et à ne plus se sentir 'branché'. Ces dérives s'observent dans le chamanisme, certains peuples ne pratiquant plus que des formes ritualisées coupées de l'expérience intérieure directe ; cela s'observe aussi à Findhorn, où les pratiques 'd'harmonisation' ont remplacé les contacts directs qu'avait Eileen. Je pense que, au moins pour quelques temps encore, les hallucinogènes tels que l'ayahuasca, la psylocybine, et quelques autres ont un grand rôle à jouer. Ils doivent même être considérés comme l'instrument principal de la co-science avec la nature. Cela a un sens très fort puisque cela signifie que la nature elle-même nous procure les instruments pour communiquer avec elle. Cela laisse entendre qu'elle aussi est en demande de cette communication...

Pour revenir au problème des résultats, il y a en fait une raison profonde qui rend impossible le démêlage des causes et des effets qui conduisent à ce que ça marche ou non. C'est qu'on n'est plus dans un schéma de causalité linéaire où un objet est ce qu'il est parce qu'il était ce qu'il était l'instant d'avant. On est dans une vision holistique et synchronique selon laquelle ce-qui-est est ce qu'il est parce que tout-ce-qui-est est ce qu'il est, maintenant. En ce sens l'expérience est toujours vraie puisqu'elle reflète ce que nous sommes, y compris nos contradictions. Donc que ce soit prétexte à regarder en nous-mêmes pour voir de mieux en mieux ce que nous sommes et ce que nous projetons, et parvenir au bout du compte à lancer des intentions toujours plus claires.
Autrement dit, la co-science étant une science du sujet conscient, elle invite forcément à l'exploration et à la compréhension de soi. C'est tout le contraire de la science classique qui ne vise qu'à la manipulation des objets. J'aimerais terminer cette esquisse de la co-science par un petit exemple. Pour qu'il soit moins entaché de projections, je ne vais pas le prendre entre l'homme et la nature mais entre la nature et la nature. Il s'agit des co-évolutions entre plantes et insectes. J'ai donné dans divers livres et articles des descriptions de ces étonnantes associations, notamment entre orchidées et guêpes (cf. en particulier nos pensées créent le monde, p 68-71). Je n'imagine pas que ces réalisations aient pu naître autrement que par co-science, le déva de l'orchidée 'dialoguant' avec le déva de la guêpe, et revenant riche d'informations sur la forme de l'insecte, la composition des phéromones de la femelle, etc. Le résultat est une orchidée qui ressemble tellement à la guêpe qu'il arrive que le mâle copule carrément avec la fleur !
On comprend que la naissance de nouvelles espèces n'ait rien à voir avec des manipulations génétiques, celles-ci n'étant que la conséquence de changements impulsés sur un autre plan , et pas la cause. On imagine les formidables perspectives que cela ouvre de collaborer avec la nature avec amour, dans le respect de la liberté, dans un esprit ludique, et en gardant quoiqu'il arrive le sens de l'humour, parce que des surprises, il y a aura toujours, comme des taupes désobéissantes qui ne veulent rien entendre de ce qu'on leur dit !




Oasis


Concernant les aspects pratiques de cette néo-agriculture, cette no-agriculture pour être précis, l'essentiel a été dit dans la première partie. Je vais me contenter ici de souligner quelques points.

les arbres
Il est clair pour moi que l'ère des céréales et des légumes touche à sa fin. Voici venu le temps des arbres. Les raisons en sont multiples :
- lien ciel-terre : avec leurs racines qui s'enfoncent dans le sol et leurs branchent qui s'élèvent dans le ciel, ils constituent un symbole fort du lien ciel-terre, le défi actuel de l'homme justement. Autre symbole, alors que les céréales ont forcé l'homme pendant des millénaires à baisser la tête et à courber l'échine, les arbres le conduise à se redresser : les pieds dans la terre, la tête dans les étoiles. Plus prosaïquement, les arbres sont les grands maîtres de la fluxion de l'eau et de la fluxion de l'air, et ils participent activement à la régulation du climat, tant à petite qu'à grande échelle.
- pérennité : certes il leur faut prendre leur temps pour pousser et parvenir à maturité (ce qui est l'occasion d'une autre bonne leçon pour l'homme : apprendre à travailler sur le long terme, sur des projets qui recouvrent plusieurs générations), mais ensuite ils peuvent vivre des siècles en restant productifs.
- générosité : les arbres produisent quasiment tout ce dont l'homme a besoin. Ils le font longtemps, et avec une générosité qui n'a pas d'égal (cf. les fruits). De plus, le micro climat qu'ils créent est très favorable à toutes sortes de plantes ainsi qu'à la faune.
- variété : il existe un nombre incroyable d'espèces, sans compter toutes celles à inventer, qui produisent toutes sortes de fruits tout au long de l'année et qui sont adaptées à quasiment tous les milieux.

le travail
On l'a compris, ma philosophie générale est celle du non travail. Malheureusement, la terre est souvent tellement abîmée par des décennies de pratiques néfastes (agriculture, arboriculture, pâturage, écobuage…) qu'il ne suffit pas de lancer quelques graines au hasard pour faire surgir en quelques années un nouveau jardin d'Eden. Même si beaucoup d'herbes et d'arbustes poussent sur ces terres, il est juste de considérer la plupart d'entre elles comme des quasi déserts. Encore quelques décennies de telles pratiques, et ce seront de véritables déserts, à l'image des dust-bowls aux Etats-Unis, ou de ces collines du midi dénudées à la suite d'incendies. Si travail il y a, il doit porter sur les conditions propres à transformer ces quasi déserts en oasis, en particulier sur le sol et sur l'eau. Au fil des ans, les forêts ont fabriqué un énorme matelas d'humus. Enlevez les arbres, et les eaux se chargent vite de tout emporter. Impossible de replanter des arbres sans au préalable régénérer le sol : plantes pionnières, plantes fabricant de la biomasse, compost, mulch, broyats minéraux, etc.
Attention : il ne s'agit pas de s'épuiser à reconstituer le matelas d'humus : ça, c'est le travail des arbres eux-mêmes ! Il s'agit juste de créer quelques endroits favorables à leur pousse. En choisissant bien ces premiers points d'implantation pour assurer une protection face aux intempéries, en gérant efficacement l'eau, la suite doit se faire toute seule, même s'il y faut le temps. L'autre travail important concerne donc la circulation de l'eau. Il me semble que les permaculteurs maîtrisent bien la question. Je n'ai rien à ajouter.
Pour le reste, pas de travail ! En particulier pour les céréales (qui ne peuvent plus constituer la part principale de l'alimentation et ne jouent plus qu'un rôle accessoire, sous forme germée notamment, façon la plus simple de trouver des vitamines en hiver… : voir note 3) et les légumes, je suis partisan du jardinage sauvage : ensemencer le terrain avec un cocktail de graines, laisser venir ce qui vient, consommer ce qu'il y a à consommer, et laisser quelques plants à eux-mêmes pour qu'ils se resèment.
On ne manquera pas de remarquer que tout ceci demande du temps. Il faut des années, voire des dizaines d'années si la terre est trop abîmée, pour qu'une oasis parvienne à maturité, c'est-à-dire soit apte à procurer des conditions de vie satisfaisantes à tous ses habitants. C'est donc un projet à long terme qui ne peut être entrepris qu'à condition que soient garantis pendant les années de développement des influx de graines, de nourriture, etc. Par conséquent l'agriculture traditionnelle a encore un rôle à jouer pendant ces années de transition. Mais dès qu'une oasis sera opérationnelle, elle deviendra capable d'essaimer.

l'art
Je rappelle que le rôle principal de l'homme est de lancer la vision de ce qui pourrait être en fonction de ce que lui et des espèces qui sont Gaïa souhaitent vivre sur Terre. Cela inclut la création de nouvelles espèces, de son habitat-cocon, une action sur le climat, etc. Il me semble important de préciser que cette coopération n'a pas à être purement utilitaire. D'autres formes sont envisageables, dans la mesure où l'amour et la liberté en sont les moteurs. Je pense en particulier à l'art et au jeu :
- création de 'jardins d'ambiance' qui, selon les cas, dynamisent, calment (cf. les jardin de mousse taoistes/zen), relient à la terre, relient au ciel, etc. ;
- arborisculpture, qui consiste à donner forme à des arbres vivants (voir par exemple http://www.wizards.net/arbostu/)...



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Notes


1. La plupart des informations sont tirées du livre de Masanobu Fukuoka, l'agriculture naturelle, Guy Trédaniel éditeur.

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2. D'après longevity and health in ancient paleolothic versus neolithic peoples, http://www.beyondveg.com.

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3. Pour information, le mot labourer vient du latin laborare qui signifie 'se donner de la peine' !

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4. Peter Tompkins et Christopher Bird, la vie secrète des plantes, Laffont, p 314-317.

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5. sauf indication contraire, les citations sont tirées de les jardins de Findhorn, éditions nature et progrès

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6. extraits de la vie secrète du sol de Bird et Tompkins (Laffont), et du site internet http://www.perelandra-ltd.com

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7. Il est intéressant de remarquer que l'on peut être révolutionnaire d'un côté et conservateur de l'autre ! Les gens de Findhorn ont cassé la croyance qui posait l'homme à l'extérieur d'une nature inaminée. Ils ont renoué le dialogue avec elle, mais ils n'ont pas dépassé la croyance selon laquelle " des légumes, ça doit se cultiver dans un jardin et ça demande beaucoup de travail ". Remarquons que les dévas ne leur ont jamais rien dit à ce propos (du moins dans tous les messages que j'ai lus) alors que ça se passait au même moment où Fukuoka menait ses expériences de l'autre côté de la planète. Idem pour Machaelle qui reçoit des messages nombreux et précis sur ce qu'est un jardin, mais rien sur la nature dans sa sauvage splendeur qui occupe tout de même encore une bonne partie de la planète. Que ce soit dans le visible ou dans l'invisible, il semble que l'on n'entende que ce que l'on est prêt à entendre...

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8. Ce mot américain est généralement traduit par 'durable' que je ne trouve pas très satisfaisant. C'est pourquoi je préfère conserver pour le moment l'original.

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9. Mes informations proviennent surtout d'internet, en particulier du site de the permaculture magazine information service, http://www.permaculture.co.uk

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10. Par exemple la formation des déserts n'est pas due à l'absence de pluie ; c'est plutôt que la pluie cesse de tomber parce que la végétation a disparu.

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11. C'est une règle générale du Jeu de la Création de travailler surtout avec l'intention, et de ne pas trop se préoccuper de la manière dont elle va se réaliser : c'est à l'univers de se débrouiller, exactement de la même manière que notre corps se débrouille pour transformer notre intention de lever le bras en le fait que le bras se lève.

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12. Je parle d'elle comme si son existence était avérée ; je ne me lancerai pas ici dans un étalage d'arguments en faveur de cette hypothèse ; de toute manière, sachant qu'il est impossible de prouver définitivement quoi que ce soit sur un tel sujet, pas plus de l'intérieur (voie qui procure facilement des certitudes mais elles sont toujours entachées d'innombrables vices) que de l'extérieur (voie qui ne procure qu'un faisceau de présomptions), le mieux est de faire 'comme si' !

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13. Il est intéressant de remarquer que toutes les nourritures primordiales sont extrêmement polluées :
- bruit, considéré par beaucoup comme le fléau du siècle, à cause notamment des divers moyens de transport modernes (voiture, train, avion), de musiques déstructurantes pour le corps et le cerveau, ainsi que des bruits mécaniques de toutes sortes qui empoisonnent la vie (frigos, tondeuses à gazon...) ;
- pollutions électromagnétiques : radio, TV, câbles électriques, téléphones portables, ordinateurs, etc. ;
- pollution massive de l'eau et de l'air à cause de l'agriculture, de l'industrie, de l'automobile...

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